Août 17, 2022
Par Le Numéro Zéro
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Pratiquer le sport collectif, ça peut ĂȘtre galĂšre du fait du coĂ»t des licences et de l’ambiance pas toujours inclusive qui rĂšgne dans les clubs « classiques Â». Une solution : s’auto-organiser tous.tes ensemble. Petit rĂ©cit dans le Couac n°13 d’un tournoi de basket auto-gĂ©rĂ© qui s’est dĂ©roulĂ© le 23 octobre 2021 cĂŽtĂ© quartier Tardy.

Quand on veut pratiquer le sport collectif et qu’on dĂ©barque dans une ville ou qu’on connaĂźt pas grand-monde, c’est la solitude ou l’ambiance macho et « gagne-Ă -tout-prix Â» qui rĂšgne trop souvent dans les clubs « classiques Â» (en plus du coĂ»t des licences). J’en avais marre de traĂźner mes baskets trouĂ©es seul tous les dimanches aprem, et c’est lĂ  que je tombe sur cette aïŹƒche : « Street Basket – 23 octobre 2021 Â».

Un petit coup de fil pour s’inscrire, et le tour est jouĂ© ; j’me pointe le jour J, la mĂ©tĂ©o est au rendez-vous avec un grand soleil (rien Ă  voir avec le projet de gentrification du quartier du Soleil de la Team Perdriau), et c’est parti pour un mĂ©morable tournoi. Non pas que les dunks aient Ă©tĂ© particuliĂšrement spectaculaires, ou le niveau de jeu digne des play-oïŹ€s NBA, mais plutĂŽt parce que pour une fois, tout le monde avait sa place. Pas de bip-bip Ă  l’entrĂ©e, pas de remarques sur le talent des un.es et des autres. Des pizzas Ă  prix libre, des matchs endiablĂ©s, des rĂ©compenses pour le moins suggestives – des ballons et des bombes de peinture. Chacun.e joue Ă  son rythme, et une pause repas a mĂȘme Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e en plein match suite Ă  la concertation des opposant.es.

Ce genre d’évĂ©nements, c’est l’occasion de se rappeler que nous n’avons pas besoin de la logique des fĂ©dĂ©rations « dĂ©lĂ©gataires Â» [1], promptes Ă  appliquer les consignes des gouvernements autoritaires. C’est l’occasion de se rappeler que l’ambiance sur les terrains partagĂ©s par tous.tes n’est pas obligĂ©e de rester excluante ou oppressante, et que pour cela, il nous faut continuer Ă  multiplier ces moments de sport, d’accueil et d’auto-Ă©ducation. Restez attentifs aux aïŹƒches dans la rue : le moindre rayon de soleil peut-ĂȘtre l’occasion de remettre le couvert.


DerriÚre cet événement, un collectif qui taira son nom et son nombre et préférera se définir comme un ensemble de personnes diversement genrées, racialisées et socialisées, issues du quartier mais pas que, politisées en tout vas et désireuses de faire bouger les lignes des discriminations et de la gentrification rampante.

Pourquoi jouer au basket Ă  l’amĂ©ricaine ?

Tout d’abord, parce que nous aimons le basket et que le sport est une maniĂšre diïŹ€Ă©rente de se rĂ©unir, d’occuper l’espace public, de sortir de notre environnement politique et de proposer des activitĂ©s plus inclusives avec les habitant·es du quartier oĂč nous vivons. Proposer des activitĂ©s sans restrictions sanitaires. Proposer une activitĂ© revendiquĂ©e sans pass, anti-sexiste (mixitĂ© totale des groupes, de genre mais aussi d’ñge, de capacitĂ©s, etc.) et anti-raciste, c’est remplir l’activitĂ© d’un sens politique clair, c’est-Ă -dire dire « ce sont nos combats, ce sont nos drapeaux Â». Et c’est avec eux que nous voulons fonctionner, nous ne sommes pas l’élite politique, nous sommes des gens du quartier qui voient la gentrification qui avance et l’état qui ferme de plus en plus la porte aux jeunes, les exclut et les criminalise, surtout dans ce parc.

Pourquoi le Street basket ?

Le street basketball est nĂ© dans les annĂ©es 70/80 dans les ghettos de New York et ceux qui le pratiquent sont des jeunes qui survivent aussi Ă  la dĂ©gradation de leurs quartiers, aux mains des promoteurs et des dealers immobiliers. Ils jouent mais ils luttent aussi contre le racisme et la stigmatisation. Dans les tribunes des terrains de basket, la culture hip-hop commence Ă  naĂźtre. Ils sont jeunes, nous sommes jeunes, plein d’idĂ©es et de rĂȘves qui survivent Ă  un monde qui tente de les enfermer. D’autre part, le basket-ball professionnel est le sport qui a le plus pris position contre le racisme et les violences policiĂšres ces derniĂšres annĂ©es.

Nous croyons à la construction sociale de la communauté avec tous ses acteurs·trices.

Nous croyons qu’il faut Ă©largir nos possibilitĂ©s et non les limiter.

Nous savons que les endorphines que le sport gĂ©nĂšre en nous sont les meilleures !

Nous savons que nous devons occuper les espaces publics pour mener une vie digne et saine.

Nous savons que nous devons gagner de l’espace Ă  la droite raciste, car nous savons que le fascisme avance si nous ne le combattons pas !

Rendez-vous dans les rues !




Source: Lenumerozero.info