Quelques heures après une nuit de sortie en masse des salamandres sur les routes et chemins de la zad, l’Amelaza et la FNSEA sont venus ce samedi avec divers engins agricoles en convoi pour broyer une prairie humide près de la NoĂ« Bernard. Celle-ci avait Ă©tĂ© identifiĂ©e conjointement par les naturalistes en lutte et le conseil dĂ©partemental comme faisant partie d’une zone “Ă  très haute valeur environnementale”. Elle est bordĂ©e par 3 mares et un ruisseau. A moins de vouloir faire repousser davantage de jonc, ce broyage n’a absolument aucun sens agronomiquement en cette saison sur une parcelle de prairie humide qui ne peut ĂŞtre utilisĂ©e que pour du pâturage ou du foin. Renseignements pris et puisque le ridicule ne tue pas encore, il s’agit en fait d’une parcelle sur laquelle le prĂ©sident de l’Amelaza a un bail et qu’il a lui mĂŞme laissĂ© hors d’activitĂ© agricole, tout en continuant probablement Ă  toucher la pac dessus. Rappelons qu’il s’agissait initialement pour l’Amelaza d’agir pour dĂ©noncer la manière dont les zadistes laisseraient “partir des parcelles en friche”(1). Cette “action” se rĂ©vèle donc ĂŞtre une pure mise en scène au sens le plus vain du terme, et une nouvelle dĂ©monstration de toute l’attention que la FNSEA porte Ă  la biodiversitĂ© en pleine prise de conscience gĂ©nĂ©ralisĂ©e sur la crise Ă©cologique.

La FNSEA et l’Amelaza avaient annoncĂ© initialement par voie de presse (1) vouloir aller faire un peu de broyage pour soutenir une jeune agricultrice qui aurait fait des demandes d’autorisation d’exploiter sur deux autres parcelles de la zad. Selon eux, ils auraient ainsi soutenu – pour une fois – une “installation”, plutĂ´t qu’un des aggrandissements d’exploitations dĂ©jĂ  grassouillettes dont ils sont coutumiers. Sauf qu’il apparaĂ®t que les deux parcelles sur lesquelles portaient les demandes d’autorisation sont dĂ©jĂ  liĂ©es Ă  des projets paysans et naturalistes en construction. L’une est la parcelle oĂą se situe le projet d’élevage d’escargot “la cagouille”, l’autre est la parcelle sur laquelle se construit un projet de verger conservatoire regroupant des naturalistes, paysan.es et habitant.es de la zad. Sur la première parcelle, il apparaĂ®t que l’agricultrice aurait dĂ©jĂ  renoncĂ© Ă  son autorisation d’exploiter. Quant Ă  la seconde, il s’agit d’une zone suivie depuis des annĂ©es par des naturalistes et oĂą un plan de gestion qui concilie agriculture et prĂ©servation des espèces menacĂ©es est en cours d’élaboration entre le conseil dĂ©partemental et l’association “Les Noues qui Poussent”. Il se rĂ©vèle donc qu’il s’agissait en rĂ©alitĂ© pour l’amelaza de tenter d’installer quelqu’une en force en en mettant dehors d’autres. Des habitant.es et paysan.nes de la zad les attendant sur place, l’Amelaza et la FNSEA on prĂ©fĂ©rĂ© prudemment se rabattre sur un “plan B” moins engageant pour eux et ont prĂ©fĂ©rĂ© ratiboiser ce matin une de leur prairie humide plus isolĂ©e.

En dehors du piètre broyage de ce matin, revenons maintenant sur l’argumentaire que déploie l’Amelaza avec le soutien affiché de la FNSEA pour accompagner leurs petites mises en scène.

En ce qui concerne le soin du bocage, le rapport au travail paysan et aux installations :

Rappelons tout d’abord que les exploitants de l’amelaza ont obtenu pendant des annĂ©es des compensations foncières et financières pour les terres qu’ils louaient sur la zad et avaient dĂ©cidĂ© de laisser au projet d’aĂ©roport. Cela ne les a pas empĂŞchĂ© de chercher goĂ»lument et opportunĂ©ment Ă  aggrandir leurs exploitations sur certaines parcelles après l’abandon. Ils se font passer depuis dans la presse pour des agriculteurs “historiques” alors qu’il conviendrait bien mieux de les qualifier d’agriculteurs dĂ©serteurs et in fine profiteurs, face aux vrais “historiques” qui se sont engagĂ©s aux cĂ´tĂ©s du mouvement anti-aĂ©roport et ont tout risquĂ© jusqu’au bout pour dĂ©fendre leurs terres. Les aggrandissements de l’Amelaza post-abandon se sont fait aux dĂ©pends de la possible installation de jeunes agricuteurs, ceci alors qu’il pourrait y avoir un quart de moins de paysans dans ce pays dans les 5 ans Ă  venir et une agriculture encore plus toxique si on n’inverse pas la tendance. De notre cĂ´tĂ©, après avoir luttĂ© victorieusement pour prĂ©server le bocage du bĂ©ton, nous continuons Ă  soutenir l’installation sur ces terres de paysans issus ou non du mouvement anti-aĂ©roport. Nous dĂ©fendons chemin faisant une vision de l’agriculture qui accorde un soin très particulier Ă  notre relation au bocage. Cela n’est de toute Ă©vidence pas le cas de certains membres de l’amelaza qui, il y a quelques mois encore, ont arrachĂ© des haies et rĂ©pandu du glyphosate sur leurs parcelles. De ce point de vue, Ă  l’heure d’une crise Ă©cologique planĂ©taire et face Ă  de telles pratiques qu’on espĂ©rait d’un autre âge, les baux environnementaux ne sont pas des “concessions” – comme l’avance le porte-parole de l’Amelaza (1)- mais une avancĂ©e parmi d’autres pour la protection de la biodiversitĂ© sur le long terme dans cette zone humide. La qualitĂ© de l’eau tant demandĂ©e par les habitantes du dĂ©partement, le plus polluĂ© de France, passe par la protection forte des zones humides et du bocage et non par le dĂ©versement d’intrants et de pesticides ou par la destruction des haies.

En ce qui concerne la chasse :

Les projets paysans ou environnementaux dans lesquels nous sommes engagĂ©s souffrent tout autant des dommages du fait de la trop forte prolifĂ©ration de sangliers. Il n’y a pas de blocages Ă  prori sur le fait d’intervenir intelligemment Ă  ce niveau et des discussions sont en cours avec les sociĂ©tĂ©s de chasse. Cela ne signifie pas pour autant donner carte blanche Ă  toute forme de chasse et ne pas se donner la possibilitĂ© de questionner les formes plus nuisibles de cette pratique sur des espèces qu’il convient de protĂ©ger. Il est sans doute Ă©galement utile de rappeler qu’au-delĂ  de la zad et de quelconques “friches”, la prolifĂ©ration des sangliers est imputable en grande partie Ă  une certaine pratique de la chasse (apport de sanglier d’élevage, utilisation de souches prolifiques, agrainages et friches dans les rĂ©serves, refus de tuer les laies) ainsi qu’aux modifications des pratiques agricoles comme la maĂŻsiculture qui offrent Ă©galement au sanglier des espaces de nourriture et de refuge.

En ce qui concerne les friches :

Les membres de l’amelaza qui s’offusquent de voir certaines parcelles enfrichées sur la zad, semblent avoir plus de compassion pour les 4 hectares en friche de l’un de leurs membres à la Boissière, obtenues pour l’agrandissement de sa ferme dans le cadre du projet d’aéroport. Ce n’est qu’un exemple. Pour notre part, nous défendons un bocage cultivé mais aussi certains espaces précieux de balades et de protection naturaliste ainsi que des usages spécifiques des prairies humides et oligotrophes à haute valeur environnementale.

Pour notre part nous serons prĂ©sents lundi dès 13h devant la prĂ©fecture, lors du prochain COPIL, pour :

- sauvegarder l’entremĂŞlement des usages – agricoles, sociaux, artisanaux, culturels – et leur caractère collectif sur ce territoire.

- dĂ©fendre les expĂ©riences d’habitats auto-construits et Ă©cologiques sur la zad ainsi que la reconstruction de lieux de vie et d’activitĂ©s Ă  l’emplacement des bâtis historiques dĂ©truits par le projet d’aĂ©roport.

- soutenir un modèle de prise en charge pĂ©renne de la forĂŞt de Rohanne en tant que « commun Â» par ses usager.es et avec le collectif Abrakadabois

- rappeler notre lien au fourmillement du vivant dans ce bocage et notre volontĂ© de dĂ©velopper une paysannerie qui permette de s’émanciper du caractère toxique des pratiques agro-productivistes.

(1) https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/notre-dame-des-landes-44130/notre-dame-des-landes-le-coup-de-gueule-des-agriculteurs-historiques-de-l-ex-zad-cd1bd0de-048a-11eb-a7ed-96a005cb5c0d + interview de Mickaël Mary porte-parole de l’Amelaza dans le journal local de la FNSEA, capture d’écran disponible sur zad.nadir.org et sur le facebook zad nddl info




Article publié le 04 Oct 2020 sur Zad.nadir.org