Octobre 4, 2020
Par Zone À Défendre
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Quelques heures après une nuit de sortie en masse des salamandres sur les routes et chemins de la zad, l’Amelaza et la FNSEA sont venus ce samedi avec divers engins agricoles en convoi pour broyer une prairie humide près de la Noë Bernard. Celle-ci avait été identifiée conjointement par les naturalistes en lutte et le conseil départemental comme faisant partie d’une zone “à très haute valeur environnementale”. Elle est bordée par 3 mares et un ruisseau. A moins de vouloir faire repousser davantage de jonc, ce broyage n’a absolument aucun sens agronomiquement en cette saison sur une parcelle de prairie humide qui ne peut être utilisée que pour du pâturage ou du foin. Renseignements pris et puisque le ridicule ne tue pas encore, il s’agit en fait d’une parcelle sur laquelle le président de l’Amelaza a un bail et qu’il a lui même laissé hors d’activité agricole, tout en continuant probablement à toucher la pac dessus. Rappelons qu’il s’agissait initialement pour l’Amelaza d’agir pour dénoncer la manière dont les zadistes laisseraient “partir des parcelles en friche”(1). Cette “action” se révèle donc être une pure mise en scène au sens le plus vain du terme, et une nouvelle démonstration de toute l’attention que la FNSEA porte à la biodiversité en pleine prise de conscience généralisée sur la crise écologique.

La FNSEA et l’Amelaza avaient annoncé initialement par voie de presse (1) vouloir aller faire un peu de broyage pour soutenir une jeune agricultrice qui aurait fait des demandes d’autorisation d’exploiter sur deux autres parcelles de la zad. Selon eux, ils auraient ainsi soutenu – pour une fois – une “installation”, plutôt qu’un des aggrandissements d’exploitations déjà grassouillettes dont ils sont coutumiers. Sauf qu’il apparaît que les deux parcelles sur lesquelles portaient les demandes d’autorisation sont déjà liées à des projets paysans et naturalistes en construction. L’une est la parcelle où se situe le projet d’élevage d’escargot “la cagouille”, l’autre est la parcelle sur laquelle se construit un projet de verger conservatoire regroupant des naturalistes, paysan.es et habitant.es de la zad. Sur la première parcelle, il apparaît que l’agricultrice aurait déjà renoncé à son autorisation d’exploiter. Quant à la seconde, il s’agit d’une zone suivie depuis des années par des naturalistes et où un plan de gestion qui concilie agriculture et préservation des espèces menacées est en cours d’élaboration entre le conseil départemental et l’association “Les Noues qui Poussent”. Il se révèle donc qu’il s’agissait en réalité pour l’amelaza de tenter d’installer quelqu’une en force en en mettant dehors d’autres. Des habitant.es et paysan.nes de la zad les attendant sur place, l’Amelaza et la FNSEA on préféré prudemment se rabattre sur un “plan B” moins engageant pour eux et ont préféré ratiboiser ce matin une de leur prairie humide plus isolée.

En dehors du piètre broyage de ce matin, revenons maintenant sur l’argumentaire que déploie l’Amelaza avec le soutien affiché de la FNSEA pour accompagner leurs petites mises en scène.

En ce qui concerne le soin du bocage, le rapport au travail paysan et aux installations :

Rappelons tout d’abord que les exploitants de l’amelaza ont obtenu pendant des années des compensations foncières et financières pour les terres qu’ils louaient sur la zad et avaient décidé de laisser au projet d’aéroport. Cela ne les a pas empêché de chercher goûlument et opportunément à aggrandir leurs exploitations sur certaines parcelles après l’abandon. Ils se font passer depuis dans la presse pour des agriculteurs “historiques” alors qu’il conviendrait bien mieux de les qualifier d’agriculteurs déserteurs et in fine profiteurs, face aux vrais “historiques” qui se sont engagés aux côtés du mouvement anti-aéroport et ont tout risqué jusqu’au bout pour défendre leurs terres. Les aggrandissements de l’Amelaza post-abandon se sont fait aux dépends de la possible installation de jeunes agricuteurs, ceci alors qu’il pourrait y avoir un quart de moins de paysans dans ce pays dans les 5 ans à venir et une agriculture encore plus toxique si on n’inverse pas la tendance. De notre côté, après avoir lutté victorieusement pour préserver le bocage du béton, nous continuons à soutenir l’installation sur ces terres de paysans issus ou non du mouvement anti-aéroport. Nous défendons chemin faisant une vision de l’agriculture qui accorde un soin très particulier à notre relation au bocage. Cela n’est de toute évidence pas le cas de certains membres de l’amelaza qui, il y a quelques mois encore, ont arraché des haies et répandu du glyphosate sur leurs parcelles. De ce point de vue, à l’heure d’une crise écologique planétaire et face à de telles pratiques qu’on espérait d’un autre âge, les baux environnementaux ne sont pas des “concessions” – comme l’avance le porte-parole de l’Amelaza (1)- mais une avancée parmi d’autres pour la protection de la biodiversité sur le long terme dans cette zone humide. La qualité de l’eau tant demandée par les habitantes du département, le plus pollué de France, passe par la protection forte des zones humides et du bocage et non par le déversement d’intrants et de pesticides ou par la destruction des haies.

En ce qui concerne la chasse :

Les projets paysans ou environnementaux dans lesquels nous sommes engagés souffrent tout autant des dommages du fait de la trop forte prolifération de sangliers. Il n’y a pas de blocages à prori sur le fait d’intervenir intelligemment à ce niveau et des discussions sont en cours avec les sociétés de chasse. Cela ne signifie pas pour autant donner carte blanche à toute forme de chasse et ne pas se donner la possibilité de questionner les formes plus nuisibles de cette pratique sur des espèces qu’il convient de protéger. Il est sans doute également utile de rappeler qu’au-delà de la zad et de quelconques “friches”, la prolifération des sangliers est imputable en grande partie à une certaine pratique de la chasse (apport de sanglier d’élevage, utilisation de souches prolifiques, agrainages et friches dans les réserves, refus de tuer les laies) ainsi qu’aux modifications des pratiques agricoles comme la maïsiculture qui offrent également au sanglier des espaces de nourriture et de refuge.

En ce qui concerne les friches :

Les membres de l’amelaza qui s’offusquent de voir certaines parcelles enfrichées sur la zad, semblent avoir plus de compassion pour les 4 hectares en friche de l’un de leurs membres à la Boissière, obtenues pour l’agrandissement de sa ferme dans le cadre du projet d’aéroport. Ce n’est qu’un exemple. Pour notre part, nous défendons un bocage cultivé mais aussi certains espaces précieux de balades et de protection naturaliste ainsi que des usages spécifiques des prairies humides et oligotrophes à haute valeur environnementale.

Pour notre part nous serons présents lundi dès 13h devant la préfecture, lors du prochain COPIL, pour :

- sauvegarder l’entremêlement des usages – agricoles, sociaux, artisanaux, culturels – et leur caractère collectif sur ce territoire.

- défendre les expériences d’habitats auto-construits et écologiques sur la zad ainsi que la reconstruction de lieux de vie et d’activités à l’emplacement des bâtis historiques détruits par le projet d’aéroport.

- soutenir un modèle de prise en charge pérenne de la forêt de Rohanne en tant que « commun » par ses usager.es et avec le collectif Abrakadabois

- rappeler notre lien au fourmillement du vivant dans ce bocage et notre volonté de développer une paysannerie qui permette de s’émanciper du caractère toxique des pratiques agro-productivistes.

(1) https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/notre-dame-des-landes-44130/notre-dame-des-landes-le-coup-de-gueule-des-agriculteurs-historiques-de-l-ex-zad-cd1bd0de-048a-11eb-a7ed-96a005cb5c0d + interview de Mickaël Mary porte-parole de l’Amelaza dans le journal local de la FNSEA, capture d’écran disponible sur zad.nadir.org et sur le facebook zad nddl info






Source: Zad.nadir.org