Mars 31, 2022
Par La Barricade Journal
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Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des rassemblements pour la fin de la guerre fleurissent un peu partout en France.

Si ces rassemblements sont essentiels et permettent aux ukrainiens et ukrainiennes de se soutenir et de crĂ©er des rĂ©seaux d’entraide et d’information pour suivre l’évolution du conflit depuis la France. Il est cependant clair que ces rassemblements manquent cruellement de revendications internationalistes, de paix, ou tout simplement antimilitaristes. De plus, il a Ă©tĂ© aperçu de drĂŽle de pratique ou organisation durant certains de ces rassemblements.

Le cĂŽtĂ© humanitaire de ces rassemblements est indĂ©niable. Des cagnottes de soutien ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es, des associations Ă©galement, des groupes de discussion afin de permettre aux ukrainiens et ukrainiennes rĂ©sidant en France de suivre l’évolution du conflit ou de contacter leur proche. Cet Ă©lan de solidaritĂ© est essentiel aujourd’hui et nous le saluons.

Cependant, il est vite apparu évident que la portée revendicative de ces rassemblements était trÚs limitée.

Ces rassemblements semblent porter un message davantage humanitaire que revendicatif. Il manque une rĂ©elle critique de l’impĂ©rialisme, notamment celui de l’Occident, lorsqu’une critique anti-impĂ©rialiste Ă©merge elle semble ne se concentrer que contre la Russie oubliant donc notre impĂ©rialisme Ă  nous aussi, celui venant de l’Occident, des États-Unis


Il ne faut pas oublier que dans cette guerre, ce ne sont que deux impĂ©rialismes qui s’affrontent, deux blocs portants chacun des idĂ©ologies dĂ©vastatrices, autoritaires, libĂ©rales et militaristes. Ce manque de critique envers l’impĂ©rialisme est au mĂȘme niveau que le manque de critique militariste. TrĂšs peu de revendications ont Ă©tĂ© entendues portant un message clair contre les armĂ©es, contre la guerre, contre les États. Dans un rassemblement pour la paix c’est un beau paradoxe.

Il semblerait mĂȘme qu’au final les voix portĂ©es soit des fois pro-militariste comme certains soutiens clairs Ă  l’Otan affichĂ©s durant ces rassemblements. Prendre parti pour l’un des deux camps durant une guerre et non pour les peuples qui subiront les effets de cette dite guerre va Ă  l’encontre mĂȘme d’un message de paix. Prendre parti pour un camp revient Ă  le soutenir, Ă  soutenir la logique guerriĂšre d’expansions de territoire. Soutenir un camp durant une guerre c’est espĂ©rer que son camp l’emporte sur l’autre. Au prix de la destruction, des traumatismes, des morts.

Lorsque le message portĂ© ne soutient pas un camp en particulier, au mieux rejette les deux et soutient rĂ©ellement le peuple subissant la guerre, malheureusement il va souvent de pair avec un certain patriotisme, frĂŽlant par occasion, le nationalisme. Il a Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement entendu l’hymne Ukrainienne ou Française durant ces rassemblements. Il a Ă©galement Ă©tĂ© aperçu des drapeaux rouge et noir durant ces rassemblements. Sauf que malheureusement ce ne sont pas des drapeaux anarco-communiste mais des drapeaux d’ultra-nationaliste de l’UPA. L’UPA, l’armĂ©e insurrectionnelle Ukrainienne est une armĂ©e qui a opĂ©rĂ© durant la Seconde Guerre mondiale combattant tour Ă  tour la Wehrmacht, l’Armia Krajowa et l’ArmĂ©e rouge. Sauf que cette armĂ©e Ă  commis le massacre des Polonais en Volhynie entre 1942 et 1944. Elle est donc trĂšs controversĂ©e Ă  cause de son antisĂ©mitisme et de son ultra-nationalisme. Pourtant des drapeaux de l’UPA ont Ă©tĂ© aperçus durant ces rassemblements, ne dĂ©rangeant personne.

Il n’est pas possible d’appeler Ă  la paix, tout en laissant des soutiens ultra-nationalistes dans les rangs d’un rassemblement.

MĂȘme si durant ces rassemblements souvent le nationalisme ne s’exprime pas de maniĂšre aussi exacerbĂ©e qu’avec les drapeaux de l’UPA, un fort sentiment de patriotisme est prĂ©sent. Des drapeaux ukrainiens flottent au vent, l’hymne Ukrainienne se fait entendre, ces signes-lĂ  vont fondamentalement contre l’internationalisme, une revendication pourtant essentielle lors d’un rassemblement pour la paix. Effectivement, l’internationalisme prĂŽnant l’union des peuples malgrĂ© les frontiĂšres doit ĂȘtre une revendication phare pour la paix. Ce sont les peuples qui vont pĂątir de cette guerre, le peuple ukrainien Ă  cause de la destruction matĂ©rielle, de la perte de leur proche des traumatismes, de l’exil
 Mais le peuple russe aussi en souffrira notamment par les sanctions Ă©conomiques appliquĂ©es par les pays occidentaux Ă  la Russie, risquant de pousser le peuple russe dans la prĂ©caritĂ©. Ils en souffriront Ă©galement par la rĂ©pression que le Kremlin met en place. Lors des manifestations pour la paix en Russie plusieurs milliers de manifestants et manifestantes se sont fait arrĂȘter, les mĂ©dias indĂ©pendants se font museler, l’autoritarisme augmente. Nous pouvons donc bien voir que ce sont les peuples qui souffrent en premier lieu dans une guerre, que ce sont eux les principales victimes.

Finalement, ces rassemblements sont bien plus proches de rassemblements humanitaires et solidaires que de rassemblements revendicatifs. Des revendications qui sont pourtant essentielles comme l’internationalisme, l’anti-militarisme ou encore l’anti-impĂ©rialisme dans un rassemblement se voulant pour la paix. De plus, la prĂ©sence de soutiens Ă  l’Otan, Ă  l’UPA ou tout simplement le patriotisme questionnent rĂ©ellement, sommes-nous dans un rassemblement pour la paix ? Pour la fin de la guerre ? Ou sommes-nous Ă  un rassemblement pour qu’un camp l’emporte sur l’autre ?

Les grands mouvements pacifistes des années 60-70 contre la guerre du Vietnam ou encore contre la TroisiÚme guerre du golfe en Irak en 2003 semblent bien lointains.

Dans cette guerre, comme dans les autres, les peuples souffriront pour le profit des Ă©lites qui eux, ne souffriront pas, n’auront pas les fusils Ă  la main, ne perdront pas leurs proches, ne vivront pas la guerre. Nous devons aujourd’hui, plus que n’importe quand, nous unir entre les peuples afin de se battre contre les classes dominantes, l’État, la capitalisme, pour rĂ©ussir la rĂ©volution et enfin rĂ©duire Ă  nĂ©ant l’existence des guerres.

“La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas.” Paul ValĂ©ry




Source: Labarricadejournal.wixsite.com