Rassemblement contre les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche

En décembre dernier, le journal Médiapart affirmait que loin d’être des lieux préservés, « nos établissements sont des espaces où les circonstances aggravantes, d’abus d’autorité et de dépendance, sont au cœur même des fonctionnements institutionnels ». Quelques semaines plus tard, le journal révélait que Fethi Benslama, président de l’Institut Humanités, Sciences et Sociétés [1] de l’Université Paris Diderot, membre du conseil scientifique sur les processus de radicalisation, rattaché à Matignon, est accusé par plusieurs personnes de harcèlement sexuel.

Nous dénonçons l’invisibilisation de cette affaire ainsi que le traitement qu’elle suscite en interne, notamment dans le département d’études psychanalytiques de Paris 7. En effet, les plaignant-e-s sont silencé-e-s et isolé-e-s par un acharnement universitaire qui inclut notamment la rédaction d’un mail de soutien à Benslama, signé par de nombreu-se-s enseignant-e-s tel-le-s que Laurie Laufer et Thamy Ayouch, pourtant représentant-e-s d’une psychanalyse féministe et décoloniale. Nous sommes en effet face à une véritable mafia institutionnalisée au sein de laquelle Fethi Benslama, activement soutenu par plusieurs enseignant-e-s chercheur-e-s du département de psychologie, certains également cités comme étant témoins voire auteurs des mêmes faits, contribue à discréditer les plaignantes. Tandis que les personnes ayant témoigné ont subi des pressions et des menaces, certain-e-s se sont vu retirer des heures de cours pour le simple motif qu’iels avaient été reconnu-e-s comme des plaignant-e-s. Les boîtes mail de certain-e-s ont été piratées et des spams intimidants de « Fethi Benslama » ou de noms apparentés ont été reçus. Les plaignant-e-s ont fait l’objet d’insultes, menaces à leurs familles, renvois et pressions pour démissionner.

Les paroles des plaignant-e-s ont été accueillies à coups de qualifications de « contre-vérité », « calomnie » et renvoyées à des stéréotypes de femmes jalouses et frustrées, Laurie Laufer explicitant que « le fait de ne pas obtenir de poste génère nécessairement des ressentiments » [2]. Dans sa majorité, le corps professoral a pris parti et perpétue activement cette omerta. Au sein de l’Université, les jugements sont effectués par les pair-e-s des accusés. Ces derniers sont autorisés à se défendre, accompagnés de collègues ou avocat-e-s, tandis que les plaignant-e-s n’ont pas accès à ce droit. Certain-e-s professeur-e-s, de manière informelle, ont affirmé ne pas pouvoir tenir de position publique, par peur des représailles. Les arguments évoqués sont ceux d’une obligation de réserve tant que l’enquête est en cours. Pour autant, nous constatons un parti-pris contre les paroles des plaignant-e-s bien loin de tout devoir de réserve.

On voit récemment apparaître de nombreux collectifs visant à lutter contre le sexisme dans l’enseignement supérieur, tels que Fracas.se à l’E.H.E.S.S., Glitter Guerilla à Paris Diderot, Fraap E.N.S., Paye ta fac, Les salopettes de l’E.N.S. Lyon, etc. Ces initiatives témoignent de la nécessité de s’organiser contre le sexisme activement perpétué par les institutions de l’enseignement supérieur. En effet, l’affaire Benslama n’est que le symptôme d’un système patriarcal qui n’exclut évidemment pas l’enseignement supérieur ni la recherche. Des affaires similaires sont récurrentes, notamment à Paris Descartes, Jussieu, Paris Vincennes-Saint-Denis, etc. Nous remarquons pourtant une dangereuse invisibilisation et minorisation des témoignages de personnes victimes de violences sexuelles et sexistes. Les représailles auxquelles sont soumises les victimes incluent un harcèlement institutionnel et de potentielles impossibilités d’étudier, de poursuivre ses recherches ou bien même d’enseigner.

L’affaire de la « Ligue du LOL » rappelle que le sexisme et les violences qu’il induit n’épargnent aucun milieu. Nous constatons que plusieurs journalistes liés à l’affaire de la « Ligue du LOL » ont été suspendus à titre conservatoire par leur direction alors que les enquêtes internes n’ont pas encore démarré. Bizarrement, Paris Diderot n’a prononcé aucune suspension alors que l’enquête a démarré en novembre et que les témoins et plaignant-e-s sont nombreux-euses. À Paris Vincennes-Saint-Denis, un appel à témoignages a été lancé par des étudiant-e-s concerné-e-s. Les témoignages ont afflué sans que, pour autant, aucune mesure n’ait été à ce jour prise par la présidence.

L’enseignement supérieur est un milieu propice aux violences sexistes et sexuelles avec de vraies situations à risque que l’on doit urgemment mettre en lumière. Il est grand temps de manifester notre soutien total aux plaignant-e-s, et ce, dans toutes les institutions où règnent domination masculine, harcèlement et intimidation des personnes qui prennent la parole.

Nous appelons donc à un rassemblement massif en soutien à toutes les personnes victimes de harcèlement et autres violences sexistes et sexuelles dans le cadre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Luttons contre l’invisibilisation et la discréditation des personnes qui prennent la parole. Manifestons notre soutien à toustes les plaignant-e-s.

Rendez-vous sur l’esplanade Pierre Vidal-Naquet (75013) le jeudi 28 mars 2019 à 14h.


[1] L’I.H.S.S. regroupe les départements d’études psychanalytiques, de sociologie et d’histoire et philosophe des sciences de Paris 7.

[2] Article Médiapart « Un ponte de la psychanalyse visé par une enquête pour violences sexuelles » du 13 décembre 2018, par Lénaïg Bredoux.