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Depuis une trentaine d’années les scientifiques analysent nos capacités d’adaptation à la crise climatique et à ses conséquences. Leur constat est clair : les catastrophes renforcent toutes les inégalités et en particulier les inégalités de genre. Justice sociale et justice climatique sont étroitement liées.

Depuis le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) en 1995, notre compréhension globale des liens entre inégalités sociales et crise climatique s’est considérablement affinée. Le Giec a pour mission d’évaluer de manière neutre la littérature scientifique publiée à un instant T sur le changement climatique. Le second volet d’analyses concerne ses conséquences, la vulnérabilité des populations et leurs moyens d’adaptation.

Il y a trente ans déjà, il était clair pour les scientifiques que la vulnérabilité aux risques était liée au contexte social. Depuis lors, la recherche n’a fait que confirmer que les capacités d’adaptation de nos sociétés et des individus qui les composent sont conditionnées par « des facteurs tels que la richesse, les moyens techniques, l’éducation, l’information, les compétences, l’infrastructure, l’accès aux ressources et le potentiel de gestion »  [1] qui sont, comme nous le savons, très inégalement répartis.

Des milliards de femmes concernées

Les dernières conclusions des expertes et experts du Giec sont sans appel. Elles sont d’autant plus préoccupantes que les conséquences du réchauffement provoqué par les activités humaines se conjuguent au présent : sécheresses, inondations, canicules, incendies, insécurité alimentaire, pénuries d’eau, maladies, montée des eaux… De 3,3 à 3,6 milliards de personnes – sur 7,9 milliards de population mondiale – sont déjà « très vulnérables » au réchauffement climatique. ­Parmi elles se trouve une grande majorité de femmes.

Ainsi, les pays les plus pauvres mais également les groupes les plus précarisés au sein de chaque société subissent de manière disproportionnée les conséquences des phénomènes climatiques extrêmes dont ils ne sont pourtant que très peu responsables. C’est dans le 4e rapport du Giec, en 2007, que l’on trouve la première mention d’une distinction de genre face à ces risques. En 2012, l’intersectionnalité est explicitement présentée comme un outil d’analyse central pour comprendre comment les inégalités de statut socio-économique accroissent la vulnérabilité des personnes qui en sont victimes.

Les femmes représentent 70 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, privées des ressources nécessaires à l’adaptation. Victimes du patriarcat, elles subissent aussi la charge familiale et, parfois la domination du mari, qui restreignent les possibilités de travail et donc d’accès à un revenu.

Ayant moins accès à l’éducation, femmes et enfants ont 14 fois plus de chances de mourir lors d’une catastrophe climatique.

Photo : DR

Les hommes et les enfants d’abord

Les inégalités socio-économiques sont davantage marquées dans les pays dits « en développement » où 43 % des travailleurs agricoles sont des femmes assurant les trois-quart de la production alimentaire. Elles n’ont accès qu’aux moins bonnes zones agricoles (zones inondables, terrains escarpés ou sujets à la désertification, etc.), sont privées du droit à la propriété des sols qu’elles exploitent et n’ont pas accès aux outils de prêts, aux assurances ou formations aux nouvelles technologies agricoles. Pourtant, ces derniers points sont centraux pour réagir face au changement climatique. En cas de famine, ou d’insécurité alimentaire, ce sont ces femmes qui sont touchées les premières, devant nourrir prioritairement les enfants, les aîné·es et les hommes.

Ces femmes sont aussi bien souvent chargées de la collecte de l’eau dont la raréfaction les oblige à aller en chercher plus loin, augmentant le risque d’agressions et de violences sexuelles sur la route. En Ouganda, le taux de violences conjugales, d’abus sexuels et de mutilations génitales féminines a augmenté sur les longues périodes de sécheresse. Après les inondations au Pakistan, les cyclones au Bangladesh et les typhons en Asie-Pacifique, les violences faites aux femmes se sont accrues, la traite et l’exploitation sexuelle ont augmenté.

Ayant moins accès à l’éducation, femmes et enfants ont 14 fois plus de chances de mourir lors d’une catastrophe climatique. Elles sont moins nombreuses à savoir nager et grimper aux arbres et ont le devoir d’aider les enfants et les personnes âgées avant de s’enfuir. Ainsi, on estime que 70 % des personnes décédées lors du tsunami de 2004 étaient des femmes. Pour autant, suite aux catastrophes, ce sont encore les femmes et les filles qui prennent en charge le soin aux blessé·es.

La raréfaction de l’eau potable augmente les risques de maladie gynécologique, les chaleurs extrêmes entraînent des grossesses plus difficiles avec une augmentation des fausses-couches et de la mortinatalité. De façon générale, les catastrophes climatiques dégradent l’accès des femmes à une sexualité choisie et à la contraception. Elles provoquent également une augmentation des mariages forcés.

Une injustice climatique criante

Selon l’Unicef, chaque année, quelque 15 millions de jeunes filles mineures sont mariées de force. Un nombre qui pourrait doubler d’ici 2050 si la tendance actuelle se poursuit. En effet, les événements extrêmes liés au changement climatique poussent de plus en plus de familles à sacrifier une ou plusieurs filles, car elles ne parviennent plus à subvenir à leurs besoins. On estime que cela concerne 30 à 40 % des mariages forcés de mineur·es au Malawi.

Le changement climatique et ses conséquences aggravent et accentuent les inégalités entre les groupes sociaux. Notre vulnérabilité au risque est avant tout une question sociale. L’injustice climatique est criante : les catégories sociales les plus aisées sont les plus émettrices de gaz à effet de serre, tandis que les plus défavorisées sont les plus vulnérables aux impacts climatiques. En temps de crise, les femmes se retrouvent en première ligne, en particulier les femmes non-blanches. Les luttes écologistes ne peuvent être pensées et menées par une approche techniciste et en dehors d’une lecture sociale.

Lorsque nous réfléchissons aux conséquences du réchauffement climatique, notre solidarité doit aller aux femmes du monde entier. C’est en soutenant leurs luttes pour l’émancipation, l’éducation ou encore le droit à la propriété que nous pouvons améliorer leur situation.

Rapha (UCL Toulouse) et Mélissa (UCL Orléans)




Source: Unioncommunistelibertaire.org