Mathilde LarrĂšre, Rage Against the Machisme, Paris, Editions du DĂ©tour, 2020.

Présentation

Les femmes ont une histoire, une histoire de luttes pour leurs droits, conquis, arrachĂ©s, dĂ©fendus, une histoire de colĂšre contre les discriminations, les inĂ©galitĂ©s, une « Rage against the machisme ».

L’historienne Mathilde LarrĂšre retrace les combats fĂ©ministes de la RĂ©volution française jusqu’au mouvement #MeToo d’aujourd’hui, sur les pas de Louise Michel, de GisĂšle Halimi, mais aussi de tant d’autres invisibilisĂ©es, comme Pauline LĂ©on, Malika El Fassi, les colleuses contre les fĂ©minicides


À l’histoire, le livre mĂȘle des rĂ©cits, des documents d’époque, des chansons et des slogans, reflĂ©tant l’ardeur et la dĂ©termination de celles qui n’acceptent pas l’inĂ©galitĂ© des sexes, montrant combien elles se tiennent la main au-delĂ  des siĂšcles.

Luttes pour l’égalitĂ© pour les droits de voter, s’instruire, se dĂ©fendre, gouverner leurs propres corps, mais aussi pour l’émancipation des femmes des colonies : autant de domaines oĂč la libertĂ© des femmes a Ă©tĂ© bafouĂ©e, autant de droits Ă  conquĂ©rir et Ă  dĂ©fendre, encore, aujourd’hui et demain.

Mathilde LarrÚre est historienne, spécialiste des révolutions du XIXe siÚcle.

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Introduction

7 mars 2020. Des associations fĂ©ministes se sont donnĂ© rendez-vous place des FĂȘtes, Ă  Paris, pour une manifestation nocturne jusqu’à RĂ©publique, la veille de la JournĂ©e internationale des droits des femmes — que d’aucuns persistent Ă  appeler la « JournĂ©e de la fùùùùùme» (et des robots mĂ©nagers). Joyeuse, revendicatrice, massive, la manifestation se dĂ©ploie aux chants de « Nous sommes fortes, nous sommes fiĂšres, et fĂ©ministes et radicales et en colĂšre ! ». Slogans, pancartes, graffitis et collages laissĂ©s sur le trajet donnent Ă  lire tous les enjeux fĂ©ministes du moment. Les allusions au CĂ©sar attribuĂ© quelques jours auparavant Ă  Roman Polanski (« J’accuse l’homme, j’emmerde l’artiste » graffitĂ© Ă  RĂ©publique), au dĂ©part d’AdĂšle Haenel de la cĂ©rĂ©monie, Ă  la prise de parole d’AĂŻssa MaĂŻga, au film de CĂ©line Sciamma, sont nombreuses : « Nous sommes l’ArmĂ©e d’AdĂšle », « Vous n’éteindrez pas les jeunes filles en feu ». Le « On se lĂšve. On se casse. On gueule. On vous emmerde. » du texte claque de Virginie Despentes est souvent repris, parfois radicalisĂ© en « On se casse plus, on casse tout ! » ou « On se lĂšve et on se soulĂšve ! ». Les colleuses de Stop fĂ©minicides sont Ă  l’action. L’appel Ă  la radicalitĂ©, Ă  l’action directe est assumĂ© : « J’ai hĂ©sitĂ© entre une pancarte et un lance-flammes », « Prends garde, sous nos seins, la grenade », « La cup est pleine, et ça va saigner ». « Ni la terre, ni les femmes ne sont des territoires de conquĂȘte », peut-on lire sur la banderole de tĂȘte des Ă©co-fĂ©ministes. « Rage fĂ©ministe » est taguĂ© Ă  la sortie du mĂ©tro. Les fĂ©ministes s’affichent anticapitalistes, antiracistes, internationalistes. Les associations LGBTQIA+ sont trĂšs prĂ©sentes : « God Save the Gouines » sur les murs.

Mais les forces de l’ordre gazent ces milliers de femmes qui crient « Siamo tutti antifascisti » en claquant dans leurs mains. Puis les matraquent, les traĂźnent, les poussent dans le mĂ©tro, en arrĂȘtent une demi-dizaine qui passeront plus de vingt-quatre heures en garde Ă  vue. Une amie, place de la RĂ©publique, garde le moral et nous dit : « C’est bon, ils nous prennent enfin au sĂ©rieux ! »

Il faut avouer que dans une histoire du fĂ©minisme faite de flux et de reflux, nous vivons depuis quelques annĂ©es un flux magnifique — « dĂ©ter », comme on dit ! Pour moi qui ai connu les 8 mars maigrichons oĂč nous ne parvenions qu’à peine Ă  arrĂȘter la circulation
 Quel changement, quel souffle !

Il est d’usage de parler de « troisiĂšme vague » pour qualifier ce moment fĂ©ministe, qui ne saurait se limiter Ă  la France mais concerne le monde entier. 2018 fut l’annĂ©e oĂč le plus de femmes se sont mobilisĂ©es dans le monde, entre les Women’s March massives aux États-Unis, la mobilisation des Irlandaises, des Argentines, puis des Polonaises pour le droit Ă  l’interruption volontaire de grossesse (IVG). 2019 a Ă©tĂ© marquĂ©e par d’intenses mobilisations contre les violences faites aux femmes : « El violador eres tĂș » (« Le violeur, c’est toi ») des Chiliennes est devenu l’hymne international contre l’oppression, les violences sexuelles et leur impunitĂ© aux quatre coins de la planĂšte. Mais ce sont aussi des annĂ©es de recul, ce que l’on appelle le backlash (retour de bĂąton) : si l’IVG a Ă©tĂ© arrachĂ©e par les Irlandaises, les Argentines ont perdu ce combat et le gouvernement polonais tente rĂ©guliĂšrement de revenir sur ce droit. Viktor OrbĂĄn, en Hongrie, dĂ©nonce l’égalitĂ© femme-homme ; Jair Bolsonaro, au BrĂ©sil, a placĂ© son mandat sous le signe de l’antifĂ©minisme ; et Polanski, sous le feu d’accusations de violences sexuelles, a donc reçu en France un CĂ©sar du meilleur rĂ©alisateur, avec les applaudissements de la salle
 Le confinement que nous avons vĂ©cu en 2020 a partout accentuĂ© les discriminations, violences, inĂ©galitĂ©s de genre, menacĂ© le droit Ă  l’IVG, aggravĂ© la charge mentale ; ce alors que les professions fĂ©minines, sous-payĂ©es, Ă©taient en premiĂšre ligne, face au Covid-19.

« TroisiĂšme vague », donc
 La « seconde » Ă©tant celle des annĂ©es 1970, et la « premiĂšre », celle des suffragettes de la fin du XIXe siĂšcle et du dĂ©but du XXe. Mais avant ? Il n’y aurait rien ? Pas de vague ? Calme plat ? Toutes ces femmes qui ont luttĂ© pour leurs droits avant la fin du xixe siĂšcle, on les oublie ? VoilĂ  bien ce qui me gĂȘne dans cette terminologie : l’effacement de dĂ©cennies de combats et de bataillons de combattantes. Alors certes, le mot « fĂ©minisme » est tardif et date bien de la « premiĂšre vague ». On le doit Ă  Hubertine Auclert, qui s’approprie en 1882 un mot d’abord utilisĂ© dans un sens pĂ©joratif par Alexandre Dumas fils, dans L’Homme-Femme (1872) — un pamphlet misogyne, lequel l’empruntait lui-mĂȘme au vocabulaire mĂ©dical oĂč il dĂ©signait une fĂ©minisation des hommes atteints par un certain type de tuberculose. Pour autant, Ă  partir du moment oĂč l’on nomme « fĂ©ministes » celles ou ceux qui dĂ©fendent l’égalitĂ© femme-homme (et dĂ©noncent les inĂ©galitĂ©s, violences et discriminations), on ne saurait dire qu’il n’y avait pas de « fĂ©ministes » avant la « premiĂšre vague » de la fin du XIXe siĂšcle ! On pourra toutefois considĂ©rer la RĂ©volution comme point de dĂ©part, non pas des luttes « de » femmes, mais des luttes « des » femmes. S’il y a eu avant des femmes qui, par leurs textes, leurs prises de position, leurs actions, ont portĂ© des combats que l’on peut dire fĂ©ministes, c’est surtout Ă  partir de la RĂ©volution que ceux-ci se dĂ©ploient. Parce que la RĂ©volution accouche de la citoyennetĂ©, de l’espace public, des libertĂ©s publiques, parce que des femmes commencent, en tant que femmes, entre femmes, un processus d’organisation, d’association dans leur lutte, et, ce faisant, deviennent un mouvement.

L’autre dĂ©faut de cette image des vagues est de tendre Ă  associer une vague Ă  une lutte — le droit de vote pour la premiĂšre, l’IVG pour la seconde, et la bataille du corps et de l’intime pour la troisiĂšme. Une lecture qui, dĂ©jĂ , ne laisse pas de place aux combats fĂ©ministes pour le travail, pour le droit au travail, pour les droits des travailleuses ; lesquels s’inscrivent pleinement sur la longue durĂ©e et suivant un calendrier qui leur est propre. Donc une lecture qui Ă©vacue le prisme de la classe et de la lutte des classes, pourtant menĂ©e aussi au fĂ©minin, et parfois mĂȘme contre le mouvement ouvrier. Les ouvriĂšres ne sont pas les seules invisibilisĂ©es par cette lecture : les femmes racisĂ©es, les homosexuelles peinent aussi Ă  trouver place dans le roman national fĂ©ministe.

Qui plus est, Ă  trop associer une « vague » Ă  une lutte, on en oublierait que tout au long de l’histoire des luttes des femmes, presque toutes les revendications ont Ă©tĂ© portĂ©es ensemble. Les femmes de 1848 (Jeanne Deroin, EugĂ©nie Niboyet, DĂ©sirĂ©e Gay) rĂ©clamaient les droits sociaux et le droit de vote. Les suffragettes de la fin du XIXe siĂšcle (Marguerite Durand, Hubertine Auclert) dĂ©fendaient aussi le « À travail Ă©gal, salaire Ă©gal ». Madeleine Pelletier a Ă©tĂ© jugĂ©e et condamnĂ©e en 1939 pour avoir dĂ©fendu le droit Ă  l’IVG. Les femmes du Mouvement de libĂ©ration des femmes (MLF) sont allĂ©es soutenir dans les annĂ©es 1970 de nombreuses grĂšves. L’on pourrait croire que certaines revendications sont trĂšs rĂ©centes, comme la non-mixitĂ©, ou l’écriture inclusive. Il n’en est rien. Les femmes protestent depuis le XVIIe siĂšcle contre la masculinisation de la grammaire ; les femmes de 1848 avaient inventĂ© des formes graphiques pour inclure les femmes dans l’universel du peuple souverain ; Hubertine Auclert imposait la fĂ©minisation de nombreux mots
 Et les clubs rĂ©volutionnaires de 1792, ceux de 1848 ou de la Commune de 1871, ou le MLF Ă©taient dĂ©jĂ  non mixtes. Les luttes se croisent, se rĂ©pondent, se tendent donc la main dans le temps. Finalement, la discontinuitĂ© de l’histoire des luttes fĂ©ministes est plus Ă  chercher dans l’écoute sĂ©lective des revendications des femmes, et la mĂ©moire plus sĂ©lective encore qu’on en a, que dans le contenu de leurs revendications. socialeet militante

Pour autant, on ne saurait nier la progression du combat fĂ©ministe. Nous avons aujourd’hui plus de droits et de reconnaissance que nos mĂšres, qui en avaient elles-mĂȘmes plus que leurs propres mĂšres. À chaque charge, des digues cĂšdent et les femmes gagnent du terrain. Les femmes du xixe siĂšcle doivent batailler sur les fronts essentiels de la capacitĂ© civile — elles qui, dans le Code napolĂ©onien de 1804, Ă©taient traitĂ©es comme des mineures ; mais aussi sur le front de l’instruction quand on leur ferme les portes des Ă©coles ; et sur le front du travail oĂč elles ne touchent que la moitiĂ© du salaire d’un homme — et encore, quand on veut bien leur reconnaĂźtre le droit au travail. La question du vote n’en est pas moins importante, mais pour nombre d’entre elles, il passe aprĂšs. Les premiĂšres victoires permettent de se focaliser, Ă  la fin du xixe siĂšcle, sur le droit de vote qui semble alors l’outil nĂ©cessaire pour emporter les autres combats. Le vote acquis, tardivement (1944 !), le fĂ©minisme peut se tourner vers de nouvelles batailles jusqu’alors minorĂ©es sans ĂȘtre absentes : la maĂźtrise de son corps, de la maternitĂ©, la lutte contre les violences faites aux femmes, le refus d’ĂȘtre rĂ©duites Ă  n’ĂȘtre que des objets de dĂ©sir Ă©valuĂ©s par le regard masculin.

Les vagues ne correspondent donc finalement pas Ă  des moments oĂč des femmes « prennent la parole » (ce qu’elles tentent toujours de faire), mais plutĂŽt aux rares moments oĂč l’on daigne les Ă©couter, les entendre — pour assez vite tenter de les faire taire et de les renvoyer aux fourneaux. Les femmes profitent souvent des sĂ©quences rĂ©volutionnaires qui, gĂ©nĂ©ralement, permettent Ă  d’autres voix que celles des dominants de s’exprimer. C’est vrai tout au long du XIXe siĂšcle, mais aussi aprĂšs 1968.

Je voudrais ici prĂ©senter l’histoire des luttes des femmes, en France, sur plus de deux siĂšcles. « Qu’en France ? », regretterez-vous sans doute. Moi aussi, notez. Mais ce serait l’objet d’un autre livre, d’une ou de plusieurs autres historiennes spĂ©cialistes de ces espaces et de ces mouvements. Ce qui ne m’interdit pas de rĂ©flĂ©chir aux apports d’un fĂ©minisme qui a toujours Ă©tĂ© international, transnational, comme aux distances, aux aveuglements parfois aussi, face aux combats de nos sƓurs lointaines.

J’ai bien conscience aussi que les femmes ne sont pas, n’ont jamais Ă©tĂ© Ă©gales entre elles, que leurs chances d’ĂȘtre Ă©gales aux hommes sont bien inĂ©galement distribuĂ©es. Entre une femme Ă©narque Ă  la tĂȘte d’une administration publique et une ouvriĂšre Ă  l’usine, entre une prof d’universitĂ© et une Ă©tudiante obligĂ©e de bosser le week-end, entre une Blanche et une femme racisĂ©e, il y a toute la distance des classes sociales, des discriminations raciales. Si, comme femmes, il y a des situations dans les relations avec les hommes qu’elles pourront toutes partager, le risque est bien plus grand pour une femme d’ĂȘtre discriminĂ©e, stigmatisĂ©e, violentĂ©e, maltraitĂ©e par la justice, invisibilisĂ©e et silenciĂ©e si, en plus d’ĂȘtre femme, elle n’est ni riche, ni blanche, ni de nationalitĂ© française, ni hĂ©tĂ©rosexuelle.

Malheureusement, certaines fĂ©ministes semblent aveugles Ă  cette rĂ©alitĂ©. Pire, certaines reprennent aujourd’hui Ă  leur compte le concept d’« universel » pour justifier cet aveuglement, semblant oublier combien ce mĂȘme concept a Ă©tĂ© instrumentalisĂ© des siĂšcles durant pour justement exclure les femmes. Tristesse donc de voir ce mot, « universel », qui devrait ĂȘtre inclusif, utilisĂ© pour exclure.

Pourtant les femmes des classes populaires, les femmes racisĂ©es et les lesbiennes ont considĂ©rablement apportĂ© aux luttes fĂ©ministes françaises. De la RĂ©volution française Ă  la fin du XIXe siĂšcle, ce sont trĂšs majoritairement des ouvriĂšres qui ont menĂ© la lutte pour les droits des femmes ; elles aussi qui ont portĂ© Ă  bout de bras la lutte pour les droits des travailleuses. La premiĂšre femme Ă  avoir osĂ© poser la question de son viol de façon publique, dans un prĂ©toire, est la combattante algĂ©rienne Djamila Boupacha, en 1960, suivie en 1978 de deux lesbiennes, Anne Tonglet et Araceli Castellano, violĂ©es dans les calanques de Cassis ; toutes trois dĂ©fendues par l’avocate et fĂ©ministe franco-tunisienne, GisĂšle Halimi. Deux procĂšs essentiels pour que la lutte des femmes dĂ©bouche sur la trĂšs tardive dĂ©finition juridique du viol (1980).

Dans l’histoire du fĂ©minisme, on a occultĂ© l’importance des homosexuelles. S’il est difficile de le mesurer tout au long du XIXe siĂšcle et une partie du XXe siĂšcle, dans un contexte d’homophobie et donc de silence des femmes sur leurs orientations sexuelles, tout change autour des annĂ©es 1960-1970, quand l’identitĂ© lesbienne devient une identitĂ© collective, portĂ©e politiquement — brandie mĂȘme. On leur doit alors une grande partie de la production thĂ©orique et pratique. Les lesbiennes ne s’en sont pas moins retrouvĂ©es doublement marginalisĂ©es, Ă  l’intĂ©rieur du mouvement LGBT qui reproduisait la domination masculine des gays, et Ă  l’intĂ©rieur du mouvement fĂ©ministe (comme l’ont montrĂ© les travaux de Judith Butler, de Christine Bard, et plus rĂ©cemment la thĂšse d’Ilana Eloit), les obligeant Ă  construire des espaces d’autonomie entre les deux. C’est ainsi que naĂźt, en avril 1971, le mouvement des Gouines rouges autour, notamment, de Marie-Jo Bonnet, Christine Delphy et Monique Wittig. Ce sont elles qui ont permis de comprendre Ă  quel point la domination masculine repose sur l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© obligatoire et sur les contraintes qui pĂšsent sur le corps et la sexualitĂ© des femmes (on pourra citer « La PensĂ©e straight » et « On ne naĂźt pas femme », deux articles de Monique Wittig parus en 1980). Par leurs analyses politiques parfois plus radicales que celles de leurs sƓurs hĂ©tĂ©rosexuelles, les lesbiennes ont puissamment contribuĂ© Ă  dĂ©noncer l’oppression subie par toutes les femmes, apportant arguments et armes thĂ©oriques, et appelant Ă  des rĂ©pertoires d’action plus subversifs. De nos jours, les mouvements queer, transgenre et intersexe jouent aussi un rĂŽle essentiel pour dynamiser le fĂ©minisme, mais plus encore pour l’obliger Ă  se questionner sur ses manques, ses angles morts, ses impasses et la façon dont il peut perpĂ©tuer des « invisibilisations » d’autres femmes, des discriminations.

Ce que font aussi les afro-fĂ©ministes. Depuis les mouvements fĂ©ministes des femmes colonisĂ©es puis dĂ©colonisĂ©es, depuis le black feminism Ă©tats-unien des annĂ©es 1970, l’afro-fĂ©minisme percute (pour son bien, mais non sans friction) le fĂ©minisme français. Awa Thiam, chercheuse en anthropologie, sĂ©nĂ©galaise, qui a fondĂ© en 1976 la Coordination des femmes noires et Ă©crit en 1978 La Parole aux nĂ©gresses, reste injustement mĂ©connue parmi les fĂ©ministes des annĂ©es 1970. Il reste pourtant encore beaucoup Ă  faire face Ă  l’occultation, parfois au dĂ©ni, des problĂ©matiques du racisme dans le fĂ©minisme français.

Le fĂ©minisme ne peut se raconter au singulier. Il a toujours Ă©tĂ© constituĂ© d’une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de groupes de femmes, traversĂ© de diffĂ©rents courants et visĂ©es politiques, animĂ© de conflits internes souvent violents, ouvert mais dans le mĂȘme temps parfois fermĂ© aux combats des femmes des autres pays, parfois mĂȘme aux combats de femmes invisibilisĂ©es, discriminĂ©es dans notre pays.

Pour celles et ceux qui luttent aujourd’hui encore pour l’égalitĂ© femme-homme, il est important de pouvoir se saisir de cette histoire longue, complexe des combats. Nous avons un passĂ©, nous avons une histoire ! Essayons de la raconter.

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Article publié le 28 AoĂ»t 2020 sur Contretemps.eu