Mai 4, 2021
Par Paris Luttes
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Lors du 1er confinement, en mars 2020, nous réalisions des interviews avec Yasmina et Camille, toutes deux infirmières. La conclusion était simple : la crise sanitaire ne fait qu’accentuer les défaillances déjà existantes dans les services publics. Cela nous coûte des vies, seulement là, ce n’est plus possible de le cacher.

En octobre 2020, Yasmina Kettal, membre du Collectif Inter-hôpitaux, écrivait : « Je crois que ça y est, je n’ai même plus la force d’être en colère (…). Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital. Je me rappelle avoir dit juste avant la première vague : “On sera là, on fera le boulot” ». La gestion de cette première vague a été telle que, nous avons développé des trésors d’imagination et d’inventivité pour parfaire aux défaillances de l’État. Les soignant.e.s avait fait de même.

« La situation a changé depuis ! (…) Ce ne sont plus les respirateurs qu’il faut compter, mais les soignants. ». À la sortie du premier confinement, la manifestation des soignant.e.s du 16 juin 2020 contre la réforme Ségur était violemment réprimée. Dans l’été, la réforme était adoptée et les fameux héros méprisés.

« Ces fameux gens, toujours là, toujours prêts (…). Tous ces gens ne vont pas de nouveau se donner autant, une fois encore. Car ils ont eu des crachats en retour. (…) C’est de notre faute, on a pas assez déconstruit notre côté héroïnes, mais en même temps il ne nous reste plus que ça. Là est toute la perversion. Ce qui devrait être la contrepartie gratifiante est devenu notre poison. (…) ».

(Lire le texte entier ici)

Quand nous rencontrons Camille avec un collègue, en novembre 2020 lors d’une manifestation contre la loi « Sécurité globale », nous lui proposons de réaliser un entretien. Quelques semaines plus tard, nous nous retrouvons avec deux autres de ses collègues, et nous décidons de réaliser un podcast radio sur leur expérience de cette dernière année. Elles ont toutes lu la lettre de Yasmina, partagent son analyse, sa colère, et son épuisement.

Les enregistrements que vous entendrez dans ces deux podcasts ont été réalisés entre janvier et mars et diffusés en avril 2021.

Dans cette série de témoignages intimes, elles racontent leurs conditions de travail à l’hôpital public, et décident d’interroger les paradoxes inévitables d’un service public qui organise sa propre destruction. Une parole qui met à nu la réalité des soignant.e.s aujourd’hui, obligé.e .s d’assumer dans leur propre intimité des degrés de contradiction de plus en plus mortifères.

« C’est la guerre ! » déclarait Macron le 31 mars 2020. Ce n’est pas la Covid qui impose une médecine de guerre, c’est bien la soumission de l’organisation hospitalière aux logiques de rentabilité. L’abnégation, l’engagement guerrier qu’on exige des soignant.e.s, anéantit les sujets soignants comme les soignés. Leur volontarisme se heurte à une machine hospitalière qui fonctionne dans une double logique de coercition et de dévotion. Ce n’est plus se battre pour gagner, c’est se battre pour espérer ne pas perdre. L’inverse d’une lutte collective qui vise à construire un bien commun, de la solidarité et du soin. 

Ces témoignages débarrassés de toute complaisance, exposent les raisons qui amènent les soignant.e.s à vouloir quitter l’hôpital public, et nous imposent un constat : ce ne sont pas les infirmières qui abandonnent la lutte en quittant l’hôpital. Ce sont les mouvements sociaux qui ont abandonné la lutte pour la défense d’une structure de soins débarrassée des contingences économiques et du pouvoir.

Paroles de soignant.e.s : Partie 1

Cette dernière année, les soignant.e.s ont fait l’actualité. Au mois de février ils étaient mobilisés depuis plus d’un an  ; au mois de mars ils étaient des héros en 1re ligne  ; au mois de juin ils étaient des manifestants violents, au mois de septembre nous n’entendions plus parler d’eux.

Pourtant, c’est en novembre que s’est déclarée la deuxième vague  ; alors que nous sommes en pleine troisième vague, les hôpitaux n’ont cessé d’être surchargés. Qu’en est-il de nos héros  ? Où ont-ils disparu  ? Finalement Macron est « en guerre », et il a sacrifié la 1re ligne.

Paroles de soignant.e.s : Partie 2

Dans cette deuxième émission, nous poursuivons avec le récit de soignants et soignantes. Un bilan de la seconde vague. L’expression de leurs volontarismes qui se heurte à la machine hospitalière, comment articuler un mouvement de gréve à l’hôpital à ce moment-là ? Le manque de matériel, la dévotion qu’induit ce métier, imaginer une structure de soin débarrassée des contingences économiques et du pouvoir.




Source: Paris-luttes.info