En France, l’école n’a jamais Ă©tĂ© obligatoire, seule l’instruction l’est. Des enfants peuvent donc grandir en dehors des murs de l’école et vivre une vie de libertĂ©. Pour l’instant. Car E. Macron a annoncĂ© le 2 octobre dernier sa volontĂ© d’obliger tous les enfants de France Ă  aller Ă  l’école, dĂšs 3 ans. En rĂ©gime capitaliste, la scolarisation forcĂ©e est un colonialisme de l’enfance.

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Anticapitalistes, nous sommes forcĂ©ment contre l’obligation de scolariser les enfants.

L’école de la RĂ©publique prend ses racines dans les rĂȘves trahis de la RĂ©volution mais s’est construite avec l’impĂ©rialisme et le capitalisme. Ce dernier a besoin d’elle et elle repose sur lui pour justifier ce qu’elle est devenue. Si l’on veut la fin du capitalisme, il faut prĂ©voir la fin de l’école.

Dans la volontĂ© de faire table rase de ce qui nous encombre de l’ancien monde, on remet en question le rĂ©gime reprĂ©sentatif ; on remet en question la police, le consumĂ©risme, le capitalisme. Parce qu’on ne vit pas dans l’idĂ©al de ces fondements, mais avec la rĂ©alitĂ© de ce qu’ils sont. Parce qu’on est lĂ  pour penser et construire le monde que l’on souhaite. De mĂȘme, il est temps de remettre en question l’école.

Si le combat des “non-sco” (famille qui ne scolarisent pas les enfants, par choix) semble anecdotique, il s’inscrit en rĂ©alitĂ© pleinement dans ce changement de paradigme que nous sommes en train de construire, de vivre. Nous sommes en 2020, le monde entier s’élĂšve contre les injustices qui ont Ă©laborĂ© nos sociĂ©tĂ©s modernes : racisme, colonialisme, autoritarisme, totalitarisme reprĂ©sentatif, patriarcat, formatage citoyen, exploitation, Ă©puisement des ressources, monopole des richesses…

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Anticapitaliste ne veut pas dire contre le travail. Ainsi, envisager une enfance sans Ă©cole n’est pas refuser les apprentissages, les valeurs humaines (avant d’ĂȘtre des valeurs rĂ©publicaines) et la rencontre de l’autre. Anticapitaliste signifie ĂȘtre pour un quotidien affranchi du systĂšme capitaliste et de la vision impĂ©rialiste qui ont besoin qu’on envoie les enfants Ă  l’école pour ĂȘtre tous formĂ©s – formatĂ©s – et les parents alimenter la sociĂ©tĂ© de consommation.

L’école est nĂ©cessaire au projet d’une sociĂ©tĂ© capitaliste qui contraint les parents Ă  confier aveuglĂ©ment leurs enfants Ă  une garderie institutionnelle dont l’utilitĂ© tient plus de l’ordre du postulat indiscutable, que d’une sincĂšre prĂ©occupation des besoins de l’enfant. Si les enfants n’appartiennent pas Ă  leurs parents, ils appartiennent encore moins Ă  la RĂ©publique.

Ce droit de choisir le mode d’instruction des enfants est rognĂ© peu Ă  peu depuis trente ans et aujourd’hui le prĂ©sident en annonce la fin. Sous couvert d’une loi contre les sĂ©paratismes, il brandit son “Ă©colisme” qui pense l’école comme le lieu exclusif et privilĂ©giĂ© pour apprendre et dĂ©couvrir.

Sur le plan individuel, l’école est aussi le moyen de se sĂ©parer de son enfant afin de vivre sa vie d’adulte telle que la sociĂ©tĂ© nous l’a prescrite, Ă  coups d’injonctions, dans une opposition totale Ă  une saine Ă©cologie des relations humaines : pour pouvoir travailler, ĂȘtre entre adultes, avoir des activitĂ©s, on ne doit pas ĂȘtre esclave de son enfant qui serait une entrave Ă  notre Ă©panouissement. N’est-ce pas lĂ  une forme Ă©vidente de sĂ©paratisme ? Un sĂ©paratisme qui a rendu notre sociĂ©tĂ© malade, avec des parents qui ne connaissent plus leurs enfants, des enfants qui dĂ©fient leurs parents, des grands-parents dont on doit se sĂ©parer au profit d’une Ehpad, des gĂ©nĂ©rations qui ne se comprennent pas et qui avancent Ă  deux vitesses.

Nous pourrions nous amuser Ă  Ă©voquer tout un tas d’autres sĂ©paratismes soutenus par le pouvoir, comme celui qui a cours dans les beaux quartiers parisiens, s’il n’y avait pas, derriĂšre, de profondes injustices allant jusqu’à tuer les enfants de la nation par son bras armĂ© et impuni qu’est la police.

De toutes les formes de domination, celle que les adultes exercent sur les enfants est sans aucun doute la plus rĂ©pandue, et paradoxalement, la moins questionnĂ©e. On a dĂ©clarĂ© les droits de l’homme, le droit des peuples l’autodĂ©termination. Puis les femmes se sont battues pour leurs droits Ă©galement. Il est temps de nous pencher dĂ©sormais sur le droit des enfants, de faire en sorte que la DĂ©claration des droits de l’enfant atteigne ses objectifs par une rĂ©elle Ă©volution des consciences permettant avant tout d’identifier clairement toutes formes de domination.

Si nous parvenons Ă  nous reprĂ©senter aisĂ©ment les violences physiques et les sĂ©vices sexuels sur les enfants, contre lesquels l’État ne se mobilise pourtant pas, nous sommes en revanche aveugles Ă  la violence produite par l’école. La souffrance d’un grand nombre d’enfants est inaudible pour nous, leurs paroles sont niĂ©es, leurs rĂ©els besoins enterrĂ©s sous des concepts rĂ©publicains qui ont du mal Ă  se renouveler, qui ne suivent pas le cours de l’histoire et des innovations d’ordre pĂ©dagogique, social ou politique. PrĂ©tendre que l’école arrache les enfants au travail et Ă  leur exploitation par des crapules, en leur inculquant des bases afin d’en faire des citoyens est une affirmation qui s’adresse Ă  un autre temps ! Et si nous ne pouvons que souhaiter la fin de leur esclavagisme partout dans le monde, nous ne leur souhaitons ni notre sociĂ©tĂ© de consommation, ni notre Ă©cole.

Il est communĂ©ment admis de contraindre les enfants et de dĂ©cider Ă  leur place : aprĂšs tout, “c’est pour leur bien”. Le modĂšle scolaire n’aide en rien Ă  faire progresser ce concept si cher Ă  l’occident qu’est l’émancipation, c’est mĂȘme tout le contraire ! L’école en 2020 est un anachronisme. Les outils pĂ©dagogiques Ă  disposition, les technologies de communication, les initiatives de la sociĂ©tĂ© civile se multiplient pour faciliter l’accĂšs, pour tout un chacun, Ă  une formation adaptĂ©e Ă  ses propres contraintes. Au mĂȘme titre que le travail obligatoire, l’idĂ©e d’école obligatoire fait office de vestige d’un vieux monde autoritariste. Quelle est donc cette idĂ©e qu’il relĂšverait de l’État de contraindre les enfants Ă  acquĂ©rir des savoirs identiques pour tous afin de devenir des citoyens responsables, Ă  la fois libres et intĂ©grĂ©s dans la sociĂ©tĂ© au sein de laquelle ils naissent ?

Les enfants non-scolarisĂ©s sont en rĂ©alitĂ© ceux qui intĂšgrent le plus tĂŽt la sociĂ©tĂ© dans son fonctionnement. Ils ne vivent pas enfermĂ©s entre les quatre murs d’une Ă©cole qui sont, du reste, l’horizon quotidien et unique des Ă©lĂšves, isolĂ©s d’absolument tout ce qui fait le monde, ne goĂ»tant Ă  celui-ci qu’au travers d’un tableau noir ou blanc, au travers d’abstractions, de schĂ©mas inutilement simplifiĂ©s, ou Ă  travers la parole d’une ridicule poignĂ©e d’enseignants qui ne sont, somme toute, que des points de vue subjectifs, des visions influencĂ©es par le ministĂšre dĂ©diĂ© Ă  l’éducation. MĂȘme bourrĂ©s de bonnes intentions et avec un amour rĂ©el pour la transmission, ils sont limitĂ©s et contrĂŽlĂ©s par l’administration d’État. Quand les enfants grandissent hors Ă©cole, ils ont bien plus conscience de la rĂ©alitĂ© de leur environnement, ils sont entourĂ©s d’autres enfants et adultes de tous Ăąges, Ă  n’importe quel moment de la journĂ©e, cĂŽtoyant leurs rĂ©flexions et tĂ©moin de leurs activitĂ©s. Ils ont le choix de participer ou de s’isoler, d’ĂȘtre en lien de bien des façons, de partager des dĂ©couvertes et expĂ©rimentations de maniĂšre organisĂ©e ou spontanĂ©ment. Ils sont au plus proche de la rĂ©alitĂ©. Dire le contraire n’est qu’un mensonge digne des propagandes les plus manipulatoires et obscurantistes. Il suffit pour s’en convaincre de simplement Ă©couter les tĂ©moignages des premiers intĂ©ressĂ©s et de leurs parents. Si des familles musulmanes font le choix de l’instruction en famille, c’est avec tout autant de soin que les familles non musulmanes. Ce choix marginal est jusqu’ici lĂ©gal et de toute Ă©vidence issu d’une profonde rĂ©flexion, fait en conscience par chacune des familles, dans l’intĂ©rĂȘt supĂ©rieur de l’enfant. Les dĂ©rives y sont certainement moins nombreuses que celles qui existent partout ailleurs dans notre systĂšme complĂštement dĂ©naturĂ©.

George Orwell et Aldous Huxley avaient anticipĂ© les dĂ©rives autoritaires rendues rĂ©elles par de plus en plus de lois. On traque les petits tricheurs de la CAF, on compte les heures des travailleurs, on recoupe les fichiers personnels. On oblige les jeunes dont on a dĂ©truit tous les repĂšres Ă  suivre une formation dĂšs 16 ans : pas une annĂ©e de rĂ©pit. On pousse l’ultra-surveillance jusqu’à fliquer la moindre petite personne dĂšs l’ñge de 3 ans. On ne peut mettre toute une humanitĂ© disparate, riche de diffĂ©rences, dans un seul et unique moule, aussi joli serait-il. Ce genre d’impĂ©rialisme a dĂ©jĂ  produit le gĂ©nocide d’à peu prĂšs tout ce qui Ă©tait diffĂ©rent, et voilĂ  oĂč nous en sommes aujourd’hui, appauvri de tout ce qui aurait pu nous rendre plus riches. L’autoritarisme s’est imposĂ© au nom de la sĂ©curitĂ© et, pire, au nom de l’égalitĂ© et des droits des enfants.

Jusqu’ici, nous estimions que nous n’avions pas vocation Ă  abattre l’école. Et revendiquions a minima le respect de la diffĂ©rence, qui doit ĂȘtre mutuel. Ceux qui vont Ă  l’école pourront sans doute s’enrichir de ceux qui n’y sont pas allĂ©s, et rĂ©ciproquement. Nous pourrions continuer d’accepter ce statut quo. Mais si l’État aujourd’hui nous dĂ©fie en proclamant son monopole d’éducation, si l’État dĂ©nigre toutes les Ă©tudes prouvant l’échec de l’école en France, si l’État ne respecte pas la dignitĂ© des parents, si l’État ne donne pas la parole aux enfants, alors nous rejoignons avec force et conviction les voix qui s’élĂšvent de toutes parts, de toutes les minoritĂ©s opprimĂ©es, avec ce refus grandissant de l’ancien monde. Et parce que nous reconnaissons avec honnĂȘtetĂ© que nous pouvons compter sur la jeunesse car elle est l’avenir, nous ne voyons pas d’autres solutions que de dĂ©truire l’école. DĂ©truisons-lĂ  et inventons toute autre chose, mais qui cette fois-ci ferait partie d’un projet de sociĂ©tĂ© bien diffĂ©rent.

FrĂ©quenter les lieux de dĂ©couvertes et de ressources multi-Ăąges, assister Ă  des prĂ©sentations thĂ©matiques prĂ©parĂ©es par des personnes enthousiastes, expĂ©rimenter autant que nĂ©cessaire, choisir les programmes que nous voulons suivre, changer d’avis ou aller plus loin, jouer ensemble et relever des dĂ©fis, construire des projets en groupe ou seul, explorer l’environnement dans lequel nous habitons pour en connaĂźtre ses secrets et ses ressources, mais aussi ses failles et ses axes d’amĂ©lioration potentiels, se mĂ©nager de vrais temps de libertĂ© oĂč l’esprit s’évade et les mains tĂątonnent, gagner quelque argent de poche et le dĂ©penser ou le donner, exprimer nos doutes et nos difficultĂ©s, goĂ»ter la libertĂ© et chercher ses limites, plonger des jours entiers dans des livres, courir sous la pluie attraper les feuilles mortes qui tombent des arbres, voyager vers d’autres horizons gĂ©ographiques et imaginaires, apprendre en faisant, apprendre parce qu’on en est libre et qu’on veut comprendre. Vivre chaque jour.

L’État croit encore, naĂŻvement ou hypocritement, ĂȘtre capable de remonter la qualitĂ© de son enseignement alors qu’il n’est constituĂ© que de forces minoritaires rĂ©actionnaires, incapables d’aucune crĂ©ativitĂ©, d’aucune rĂ©invention. Il se permet, sur la base d’arguments fallacieux et mensongers, de jeter le discrĂ©dit sur la sociĂ©tĂ© civile qui expĂ©rimente de partout de nouvelles formes d’éducation et, plus largement, d’organisation sociale. Et il ose brandir le bien-ĂȘtre de l’enfant ?

Si aujourd’hui l’État veut rĂ©ellement protĂ©ger nos enfants, le flĂ©au n’est sĂ»rement pas celui de l’extrĂ©misme religieux. Quelques chiffres, estimĂ©s ou constatĂ©s : 17.000 enfants enlevĂ©s chaque annĂ©e, 73.000 cas de maltraitances infantiles identifiĂ©s par la police, tous les 5 jours un enfant meurt pour cause de sĂ©vices, 155.000 enfants victimes de viol ou tentative de viol et 6% de la population française victimes d’inceste, soit 4 MILLIONS ! La liste est morbide et affligeante. LĂ , il y a un combat Ă  mener, des moyens Ă  libĂ©rer, des dĂ©cisions radicales et sans prĂ©cĂ©dent Ă  prendre. Sauvez ces enfants-lĂ , rĂ©glez les problĂšmes d’inĂ©galitĂ©s sociales de notre pays, Ă©coutez les acteurs de terrain et dotez-les de moyens, rĂ©gulez les richesses, et alors peut-ĂȘtre nos enfants aimeront leur pays et croiront en les valeurs de la RĂ©publique.

Bataillon International de Libération des Enfants

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Source: Iaata.info