Juin 4, 2021
Par CQFD
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Il faut se souvenir que le mec a été Garde des Sceaux de Jacques Chirac, de 1995 à 1997. Et qu’il a fait partie de ceux qui ont un jour voté contre la dépénalisation de l’homosexualité. À la base, il n’est donc pas vraiment ce qu’on peut appeler un camarade… Mais voilà, on l’a quand même trouvé bonnard, le Jacques Toubon, quand il était Défenseur des droits. De 2014 à 2020, il n’a pas lésiné sur la critique, étrillant les expulsions répétées des camps de migrants, le manque de prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés, les contrôles au faciès, l’utilisation des LBD contre les Gilets jaunes… Bref, pour défendre les libertés publiques, c’était tout bon (vous l’avez ?).

Et c’est justement ce qui a mis la puce à l’oreille de notre bouledogue rouge. Qu’un mec de droite soit obligé de ferrailler autant pour faire valoir la loi – et rien que la loi –, c’est étrange. Plus encore : ça sent pas bon. Comme un fumet de coq tricolore faisandant sur son tas de fumier, les ailes attaquées par la pourriture brune.

C’est qu’ils mettent le paquet, en ce moment les gars en place. Un exemple ? Récemment, le gouvernement a tenté de pénaliser, avec la loi « Sécurité globale », la « diffusion malveillante » d’images de bas du front en uniforme et en opération à travers son article 52, ex-24, lequel punit la « provocation à l’identification » des forces de l’ordre. Un nouveau chef d’accusation qui a heureusement été retoqué par le Conseil constitutionnel le jeudi 20 mai – hasard du calendrier, jour d’une importante manifestation policière devant l’Assemblée nationale lors de laquelle Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a estimé qu’il serait de bon ton que la police ait « un droit de regard » sur la justice…

Cette dérive fascisante, on la retrouve sur quasi tout l’échiquier politique : triste signe du temps, l’écolo Yannick Jadot et le communiste Fabien Roussel manifestaient eux aussi aux côtés des pandores excités. Mais si presque tous suivent le mouvement, c’est bien l’extrême droite qui est au diapason.

La veille, le multirécidiviste Éric Zemmour affirmait ainsi sur une chaîne qui sera interdite à la Libération : « Est-ce qu’on choisit la protection des Français ou ce qu’on appelle pompeusement l’État de droit, c’est-à-dire que le juge a le droit, au nom de l’indépendance et au nom de l’État de droit, de fouler aux pieds, au nom de son idéologie victimaire, la protection des victimes ? » Ce que l’on retient de cette syntaxe approximative, c’est que certains étaient déjà chauds.

Alors, après la « censure » de la loi « Sécurité globale », ça s’est lâché. Éric Ciotti, député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes, a posté ceci sur Twitter : « Toutes les décisions récentes du Conseil constitutionnel s’opposent à une plus grande protection des Français. Il faut aujourd’hui une réforme constitutionnelle décidée par référendum pour faire de la sécurité une valeur essentielle. Arrêtons avec la naïveté ! » Et toi, arrête de nous prendre pour des crétins des Alpes, Éric. Tu étais beaucoup plus convaincant fin avril, quand tu déclarais à un torchon d’extrême droite qui sera interdit à la Libération : « Ce qui nous différencie globalement du Rassemblement national, c’est notre capacité à gouverner. » Ben on s’en serait douté, tu vois.

La preuve ? Ton pote Guillaume Peltier, vice-président de LR et député du Loir-et-Cher, vient de déclarer sur une (autre) chaîne qui sera interdite à la Libération : « Aujourd’hui, rien que sur la question des étrangers, il y a le tribunal, la cour d’appel, le Conseil d’État… L’idée, c’est de créer une justice exceptionnelle sans appel possible : la cour de sûreté de la République. » Dans ses rêves, cette juridiction de cauchemar permettrait d’enfermer de manière préventive des individus suspectés de vouloir commettre des actes terroristes, avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit.

On n’a pas le cul sorti des ronces.



- Ce texte est l’édito du numéro 199 de CQFD, en kiosque du 4 juin au 2 juillet.

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Source: Cqfd-journal.org