Avril 19, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Et nous n’en finirons pas de nous dire « Qui se cache derrière son masque ? » Un tel ou telle qui m’insupporte, je fais semblant de ne pas le ou la reconnaitre ? Il ou elle aussi n’ont plus besoin de me reconnaitre. Au panier l’hypocrisie, les salutations, les embrassades, nous avons enfin la possibilité de nous retrancher dans notre ile déserte, notre moi peureux, sourcilleux voire méchant, dans tous les cas indécrottable.

A croire que ce covid19 est un grand farceur qui prend un malin plaisir à se moquer de l’humain. Même Brassens disait qu’il n’avait pas la prétention de refaire le monde, alors refaire l’humain… Tout se cultive, aussi bien la peur, la générosité, l’amour ou la haine mais ça ne se commande pas. Alors le grand coup de massue du covid19 peut fort bien manquer sa cible. Beaucoup seront assommés mais ils se relèveront sans avoir rien compris. Nous avions peur les uns des autres, aujourd’hui nous pourrons afficher cette peur ! Faudra-t-il nous borner à lever les yeux au ciel en nous étonnant seulement que le soleil soit parfois masqué par les nuages, que la nuit continue à recouvrir le jour et inversement et à envier chien, chat, oiseau qui ne portent encore de masques.

Las d’être une bête de somme
Dont on se moque à demi-mots
Au Carnaval des Animaux
L’âne s’est mis un bonnet d’homme !

Francis Blanche

Aujourd’hui masqués, demain démasqués, où irons-nous jeter notre masque ? Croyez-vous que notre visage en gardera l’empreinte jusqu’à inspirer un nouveau prophète ?

Demain, ils feront une exposition de nos masques passés et à venir. Mais certains masques se révolteront, criant qu’ils n’ont rien à faire dans des vitrines de musée. Ce seront les masques colorés d’Afrique et d’Asie, les plus inventifs, les plus expressifs.
Comment s’empêcher de penser que beaucoup d’entre nous mourront sans avoir pu ou voulu retirer son masque et c’est triste.
Masque funéraire, masque endiablé, masque de bal, masque vivant, masque de protection, oui il faudra conjuguer le mot masque à toutes les températures, avec pour seule visière notre regard sur le monde et sur les autres, nos yeux devenus oiseaux en quête d’âme à deux mètres.

Eze, le 19 Avril 2020
Evelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr