Lyon, le 16 mars 2020 + addendum le 17 mars 2020

La dangerosité du SRAS-CoV-2 (nom du virus) et sa maladie associée (CoviD19) n’est plus à prouver : le ratio nombre de morts / nombre de personnes contaminées démontre bien, partout dans le monde, et ce depuis fin décembre 2019, qu’il est bien plus élevé que pour la grippe saisonnière (le ratio pour la grippe étant de 0.35 % en moyenne là où il tournerait autour de 2 à 3 % pour le SRAS-CoV-2).


Avant le 11 mars 2020, nous n’étions pas en phase pandémique (c’est-à-dire une épidémie mondiale mal maitrisée). Les États, comme prévu par les simulations menées par des scientifiques et des officiels très régulièrement, devaient mettre en place des mesures pour protéger et empêcher le virus de se propager. Pour le dire franchement : cela n’a pas été fait correctement, pas pour nous faire peur, mais pour ne pas gripper la machine à cash de la consommation mondialisée. Les décisions prises ont une fois de plus privilégié l’argent à l’humain. Je n’en suis pas surpris, le capitalisme n’ayant aucune once d’humanité.


Ces mesures demandées, comme de moins sortir, de garder une distance de sécurité (appelé distanciation sociale) avec les gens, de se laver les mains, de ne plus se faire la bise, sont pourtant de pur bon sens. Elles ont permis d’éviter la propagation du virus Ebola par exemple ! Depuis des décennies les virologues et épidémiologiste le répètent : les virus ne circulent pas dans une population d’eux même, ce sont les humains qui sont les vecteurs ! C’est bien l’interaction entre humains qui facilite la propagation.

Nous sommes bien face à un virus à la mortalité de 2 % en moyenne (info du 15 mars 2020), donc très grave (20000 morts tous les millions de contaminés). Je ne peux que conseiller la lecture du travail excellent fait par la CNT-AIT pour (1) comprendre en quoi il convient de ne pas s’affoler, mais aussi de ne pas être dans le déni !

Souvent, la question se pose de comment un tel virus a pu passer de la Chine au reste du monde. La réponse est simple : la propagation est facilitée par les voyages, déplacements professionnels et migrations (fuites). Plusieurs études ont démontré que 3% de l’humanité est en mouvement sur la planète, constamment, soit 250 millions de personnes, ce qui fait statistiquement une proportion assez élevée qu’une personne croise le virus et le ramène avec lui sur son lieu d’habitation, surtout quand l’incubation prend plusieurs jours comme avec le SRAS-CoV-2. Mais cela ne peut pas forcément justifier de fermer les frontières non plus. Les mesures d’hygiène, de sécurité et de confinement au besoin suffisant à éviter la propagation.

Pour mémoire, le suivi international des nouvelles épidémies et nouveaux virus est né de deux épidémies mal évaluées : celle du SIDA dans les années 1980 et celle d’Ebola dans les années 1990. Ces deux épidémies ont mis en lumière que sans coopération internationale, un virus se propage très rapidement. Ce que nous vivons aujourd’hui est enfin une vision internationale de gestion des risques et l’application de mesures pour (tenter d’) éviter une pandémie. Doit-on tout jeter avec l’eau du bain sous prétexte que l’arrivée de ce virus heurte nos modes de vie ?

Des discours naissent pour comparer cette épidémie à celle de la grippe, expliquer que la faim dans le monde tue plus que le virus, etc… C’est comparer des carottes avec des choux ! Ce n’est pas parce que d’autres horreurs existent qu’il faut considérer que quelques milliers de morts de plus seraient acceptables. Le relativisme a toujours servi avant tout les riches, qui, saupoudrant de miettes les plus pauvres leurs rappellent quelle chance ils ont d’avoir des miettes de brioche plutôt que de pain noir…

Un virus de type aérien se propage toujours plus vite que n’importe quel autre. Surtout celui-ci qui a une petite particularité : la période où une personne peut transmettre le virus semble être de 5 jours, contrairement à pleins d’autres virus où elle n’est que de 1 ou 2 jours. Cela laisse bien plus de temps pour qu’il passe d’une personne à l’autre, et explique que le nombre de cas augmentent très rapidement. De façon exponentiel. Une excellente vulgarisation de ce phénomène est expliquée dans l’article de David Louarpe (2) sur son blog.

Depuis le mois de décembre 2019, des scientifiques ont pu rapidement décrypter le génome du SRAS-CoV-2 et remonter à sa source originelle. C’est un virus venu de l’animal vers l’humain (comme la plupart des virus d’ailleurs) dans une logique expliquée par la zoonose depuis des années. A noter : les tests ADN ont été faits plusieurs dizaines de fois dans plusieurs endroits du globe et arrivent tous à la même conclusion. Malgré cela, les théories complotistes les plus tordues apparaissent : virus piloté par la 5G, création d’un labo chinois, arme secrète, arme du capitalisme pour nous asservir. Sur les premiers points, nous sommes dans le même délire que la croyance en dieu ou autre, mais pour le dernier, c’est juste un déni de réalité : le capitalisme vit justement une de ses pires crises économiques parce que l’on doit ralentir tout, y compris la consommation. Il n’y a aucun gain pour les capitalistes à une épidémie, encore moins qu’en temps de guerre vu qu’il n’y a aucun canon à vendre ! C’est même pour nous anarchistes une belle démonstration de la faiblesse de la mondialisation capitaliste.

Partout dans le monde les tactiques pour lutter contre cette nouvelle souche de coronavirus diffèrent. De la Chine qui impose un confinement radical militarisé (en même temps c’est une dictature militaro-communiste), à la Corée du Sud et Taiwan qui appliquent des mesures strictes mais suivies par la population et à la France qui refuse de voir l’économie s’arrêter et prend cela par-dessus la jambe depuis des semaines, on voit qu’il y a de la marge. Mais une chose m’interroge : si, comme beaucoup l’affirment, la simple éducation devait suffire, pourquoi doit-on en passer par la coercition ? Tout simplement, et je ne peux que le déplorer, parce que dans les pays qui ont perdu toute culture des épidémies et tout sens de l’autre, elles sont prises à la légère et les choix (comme de continuer à se voir en espaces confinés) profite à la dissémination du virus. Qu’on soit clair je ne justifie pas là le recours à la police, simplement je pense que nous avons une culture du risque à remettre en place.

Il ne s’agit pas de nier qu’un opportunisme politique peut naitre de la situation, mais cela n’est pas neuf : les États et le capitalisme ont toujours œuvré ainsi.

La situation actuelle n’est pas rassurante, mais par les savoirs et les connaissances, par nos choix, nous pourrons la dépasser. Et nous, anarchistes ou en devenir, nous devrions nous souvenir que l’un des piliers de l’anarchisme c’est l’entraide. Qui en son cœur à la protection des plus fragiles. Sortons du nombrilisme, révolutionnons les rapports humains ! Protégeons-nous, protégeons les autres, pensons-nous comme solidaire.

Addendum : le passage au confinement total ou presque au 17 mars 12h00 n’est pas une mauvaise idée, bien au contraire. Si le gouvernement n’avait pas passé des semaines à minimiser les choses pour ne pas entraver l’économie, nous aurions pu éviter cette phase de confinement. Et je rejette l’utilisation de la police comme outil de contrôle : l’éducation à la dangerosité n’ayant pas été faite correctement il est un peu facile maintenant de dire qu’on doit en passer par là. De même, il est inadmissible que l’activité de production ne soit pas plus réduite et que l’on continue à faire travailler des gens sur des postes non essentiels. État et patronat complices de la mise en danger !

En tout cas, protégeons-nous et prenons soin de tout le monde.

(1) http://blog.cnt-ait.info/
(2) https://sciencetonnante.wordpress.com/2020/03/12/epidemie-nuage-radioactif-et-distanciation-sociale/

Fab – Graine d’anar – Lyon


Article publié le 17 Mar 2020 sur Grainedanar.org