Le préfet de Paris, Michel Delpuech vient de se faire limoger lundi 18 Mars. Dites bonjour à son remplaçant, Didier Lallement. Nous relayons ici le texte du Seminaire Autogéré (SAG), qui retrace le parcour de celui-ci dans les sphères du pouvoir.

Limogé de ses fonctions après l’insurrection des gilets jaunes du 16 mars et la défaite de la police sur la « plus belle avenue du monde », Michel Delpuech s’est empressé de quitter son bureau à la Préfecture de Police de Paris. Après le fiasco de l’Acte XVIII, il fallait bien que quelqu’un fasse le ménage à la Préfecture. Le gouvernement n’a pas hésité à virer Delpuech, et Pierre Gaudin, directeur de son cabinet, et Frédéric Dupuch, directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), se sont retrouvés à accompagner leur patron vers la porte de sortie.

Pour remettre la capitale en ordre, Macron et Castaner ont trouvé leur candidat parfait : un homme rigide, autoritaire, et qui n’hésitera pas à organiser une répression hors-norme contre un mouvement qui ne faiblit pas. C’est homme, c’est Didier Lallement. Haut-fonctionnaire bien acclimaté aux us et coutumes des préfectures et ministères, son parcours dépeint un homme dont les ambitions rivalisent avec l’exécrabilité.

Entre 2001 et 2004, Lallement est directeur de l’Administration pénitentiaire, où il impose une gestion répressive et sécuritaire des détenu.e.s. Il crée notamment le Bureau de renseignement pénitentiaire au sein de l’état-major de sécurité EMS3, qui vise le grand banditisme et l’extrémisme islamiste. Ce Bureau de renseignement pénitentiaire a fait courir la rumeur qu’une menace islamiste incontrôlable et massive existerait derrière les barreaux, afin de justifier les pratiques islamophobes de l’Administration pénitentiaire alors même qu’environ 60% des détenu.e.s sont de confession musulmane. En 2003, Lallement impulse également la création des Equipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS), les unités de type GIGN prêtes à intervenir en détention de façon agressive et sur-armée, où ils tirent au flashball à bout portant au sein des cellules. Lallement aura réussi à faire durcir la répression même au sein de la pénitentiaire.

Lallement continuera à faire le tour des préfectures et de ministères, et se fera remarquer notamment en tant que Secrétaire général du ministère de l’Intérieur entre 2012 et 2014, sous notre bien aimé Manuel Valls. Le ministère de l’Intérieur, sous le duo Valls-Lallement, s’engagera dans une politique stricte de déportation des migrant.e.s, et on n’oublie pas les propos de Valls de l’époque sur le fait que « les Rroms n’ont pas vocation à rester en France ».

Quelques années plus tard, en 2017, on retrouve Lallement au cœur d’un scandale de corruption, lié à l’attribution des mégas-marchés du Grand Paris, pour une somme totale de 38 milliards d’euros. Lallement était alors président de la Commission d’examen des offres, où il aurait attribué des énormes marchés selon son bon vouloir. Il pourrait bientôt être entendu dans le cadre de l’enquête ouverte par le Parquet national financier sur des soupçons de favoritisme. Heureusement pour Monsieur Lallement, la brigade de répression de la délinquance économique, en charge de l’enquête, répond à la Préfecture de Paris… et donc à Lallement lui-même.

Préfet de la Gironde depuis 2017, Lallement impose une répression féroce des mouvements sociaux, notamment à Bordeaux où des camarades décrivent une violence sanglante depuis le début des gilets jaunes, avec des mains arrachées et plusieurs personnes défigurées.

Finalement, c’est Castaner lui-même qui donnera le ton pour que Lallement prenne son poste en toute confiance. Lors de sa prise de fonction, Castaner lui explique que « protéger les manifestations, c’est briser l’émeute. » Castaner lui demande une « impunité zéro », en exigeant de lui de devenir un Clémenceau contemporain. Clémenceau, on le rappelle, avait brisé des grèves en faisant tirer sur la foule, et en faisant arrêter les leaders des mouvements sociaux. Lallement compte faire tout autant, avec l’appui des militaires Sentinelle dès ce samedi.
Il nous revient d’accueillir ce monsieur Lallement avec toute la courtoisie des luttes parisiennes. L’autoritarisme rampant de l’époque Macron se fait de plus en plus visible, le bruit des bottes toujours plus assourdissant. Face à la répression, nos seules armes sont la solidarité, la détermination et la lutte.
Lallement, on vous souhaite la bienvenue en enfer