Juin 28, 2021
Par Lundi matin
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Je définirai d’abord ce que j’entends par « stratagème » pour ensuite décrire ceux qui s’immiscent au sein des songes.

I

Le stratagème, je crois qu’il se distingue du poème et du théorème comme la sève de l’écorce et du tronc. Si le théorème décrit l’enchaînement rationnel des vérités du monde objectif ; si le poème articule le sujet dans le langage et fait appel au commun des affects ; le stratagème, lui, emprunte tant au poème qu’au théorème : il en est la rencontre et le dépassement dialectique. Car si le poème doit pouvoir nous mouvoir en nous émouvant et le théorème nous faire voir le spectacle structurant des choses en nous y soustrayant ; si le poème est à la vigueur ce que le théorème doit à sa rigueur ; le stratagème, lui, nous apparait comme l’ingénieuse composition d’une rigoureuse vigueur pouvant réconcilier l’aspect subjectif du poème avec l’aspect objectif du théorème. Car s’il sait, le stratagème, partir de la situation quasi-lyrique, quasi-élégiaque, d’un sujet aux prises avec l’adversité qui lui pèse ; il sait aussi s’amarrer aux mécanismes objectivables du monde, pour y faire effraction. Si le poème est l’ex voto par lequel le cœur exauce le désir d’en sortir (René Char disait « le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir  ») ; si le théorème est l’abrégé des nécessités qui enchaînent le possible au réel par voie de démonstration ; si le poème dit je veux et le théorème affirme je vois ; si le premier s’énonce à l’optatif comme le second à l’ostensif ; le stratagème, lui, réplique par un performatif : je peux. Ni ex voto du cœur ni abaque du monde ; ni seulement rime et ni seulement raison ; ni logorrhée de l’âme ni syntaxe des choses : le stratagème est la géométrie fine de nos obstinations.

Il a souvent été question, dans la philosophie, d’opposer l’événement impermanent, d’un côté, à la structure perpétuelle, de l’autre ; le poème en sa rareté d’hapax côtoie encore maintenant les contrées du surgissement et du miracle ; le théorème, quant à lui, ne laisse pas de prétendre restituer, fragment après fragment, le planisphère de la raison humaine. Mais à l’événement, le stratagème oppose et propose l’éventuel ; et à la structure, le stratagème répond par la puissance. Certes, du côté du poème, le stratagème tend, lui aussi, à faire événement, à faire hapax, à faire miracle : comme le dit si bien Everett L. Wheeler, dans un livre consacré au vocabulaire grec et latin de la ruse militaire : (je cite) « Les stratagèmes peuvent réaliser des miracles, fournir des boulevards de sortie à des situations désespérées et réussir ce qui était apparemment impossible.  » Et il ajoute : « Il n’est pas étonnant que les stratagèmes puissent avoir été associés à la magie.  » [1] S’il cherche donc le miracle comme le cherchaient la prière, l’ex voto ou le poème ; si comme eux, il a une aura de magie ; le stratagème, lui, pourtant, se donne les moyens pragmatiques de son exaucement réel : il n’intercède auprès ni d’une sainte, ni d’une muse, ni des pures potentialités jouissives du langage. S’il est magique, c’est parce qu’il est d’abord technique. Parce qu’il est, encore selon Wheeler, « un dispositif artificiel arrangé dans un moment difficile pour produire un effet d’une certaine façon adverse à une situation donnée ». Autrement dit, en tant que « dispositif artificiel » ou « artefact », ses arcanes et ses mystères rejoignent moins la sorcellerie des anciens mages que les objectivités patientes et mécaniques du théorème comme la connaissance que les sciences nous donnent de la structure circonstanciée du monde. Si le stratagème est de l’ordre de l’éventuel, et non de l’événement, c’est parce qu’il sait que s’il lui faut pouvoir en produire un, d’événement, ce n’est que par la voie de l’anticipation et de l’adéquation à ce que Machiavel appelait dans Le Prince : la « verità effetuale della cosa  » alliée à « la qualité des temps ». En ce sens, donc, le stratagème s’attelle à compulser aussi, comme le théorème, la structure du dehors ; mais celle-ci ne lui apparait pas comme l’étalement transcendant d’une chaîne infinie de vérités indifférentes, elle lui apparaît comme le plan de la prison qui sert au prisonnier à en déceler les failles.

Car le stratagème renvoie à une mentalité sophistiquée ; non celle qui contemple librement pour assumer l’état des choses (vie théorique) ; non celle qui assène en tout lieu et tout temps des sagesses universelles (vie pratique)  ; non celle, encore, qui fait acte de perpétuelle création depuis la seule nécessité de son essence (vie poétique). La mentalité du stratagème, c’est la forme de la vita tactica, de la vie tactique ; c’est celle que l’on range sous la figure de la déesse Métis, déesse enchevêtrée du flair, de la sagesse, de la réflexion, de la finesse, de la dissimulation, de l’ingéniosité, de la vigilance, de l’opportunisme ainsi que du foisonnement des aptitudes, des trucs, des astuces et des expériences indéfinies. Everett L. Wheeler insiste sur ce que le stratagème doit au « talent créatif et imaginatif  » du général qui le met en œuvre. La mentalité du stratagème est la mentalité des tropes et des figures, la mentalité sophistique, celle du rhéteur, et celle, parfois, du poète. Ainsi, pourrait-on dire que derrière tout stratagème, se cache un art poétique. Le stratagème est le produit d’une poétique belligérante, le produit de ce que j’appelle, dans d’autres textes, une poétique tactique.

Il serait peut-être temps d’en passer aux rêves. Un auteur nous permet de faire une transition sans accrocs. Cet auteur, c’est Henri Michaux.

C’est Henri Michaux qui, dans sa préface à Épreuves, Exorcismes (1940-1944), a peut-être le mieux compris la nature profonde du stratagème et sa participation commune tant au poème qu’au théorème, tant à la poésie qu’à la philosophie. Dans le texte que je vais lire, le stratagème est un « exorcisme par ruse » qui git au fondement latent de la poésie et de la philosophie. Or ces « exorcismes par ruse » apparaissent à Michaux, vous allez voir, justement, comme des processus oniriques :

« Nombre de poèmes contemporains, poèmes de délivrance, sont aussi un effet de l’exorcisme, mais d’un exorcisme par ruse. Par ruse de la nature subconsciente qui se défend au moyen d’une élaboration imaginative appropriée : les rêves. Par ruse concertée ou tâtonnante, cherchant son point d’application optimus : les rêves éveillés.

Pas seulement les rêves mais une infinité de pensées sont « pour en sortir », et même des systèmes de philosophie furent surtout exorcisants qui se croyaient tout autre chose.

Effet libérateur pareil, mais nature parfaitement différente. »

Si selon Michaux, il existe un « exorcisme » en général, par le martèlement des mots introduisant dans la souffrance une exaltation telle que le mal en est dissous, il existe aussi, à côté de cela, des « exorcismes par ruse » : exorcismes obvies et torsadés qui en passent, sans s’avouer leur fonction véritable, par l’articulation scripturale et chantée du poème, par la systématicité logique du philosophème. Mais si l’exorcisme se subdivise en exorcisme immédiat et exorcisme par ruse, l’exorcisme par ruse se subdivise lui-même en ruse subconsciente et en ruse concertée. Ces deux formes de ruse sont alors ramenées à deux formes de processus oniriques : le rêve à proprement parler d’un côté ; le rêve éveillé, de l’autre. Le stratagème est, par le poète, ramené à la puissance de l’activité onirique, activité, « cherchant », comme dit Michaux, « son point d’application optimus ».

II

Qu’est-ce donc, maintenant, qu’un stratagème onirique ?

Je ne répondrais pas entièrement à cette question. Un stratagème du rêve, à faire varier l’orientation du génitif, peut tout autant désigner un stratagème ayant lieu dans les rêves, qu’un stratagème impliquant de faire usage d’un rêve (par exemple pour justifier une conquête dont on aurait eu l’inspiration dans le sommeil). On pourrait imaginer tout un Traité oniro-tactique où seraient compilés les multiples niveaux de sens de ce syntagme. Ce soir, je me limiterai à un seul aspect du premier sens : les stratagèmes oniriques ne seront que les stratagèmes du rêve lui-même pour l’expression de son sens latent, autrement dit, je ne parlerai que des stratagèmes oniriques freudiens.

Le rêve dont nous nous souvenons au réveil, aussi limpide et sans lacune que sa paix romaine fasse paraître, aussi cristalline et bleue que soit sa transparence ; ce rêve – dont la diaphane élévation semble conjurer l’obscène préhistoire – ce rêve, il n’est jamais que le vestige d’un vigoureux rapport de force. Freud nous dit que ce calme apparent est très exactement le calme d’un « champ couvert de morts après la bataille » ; et dont « on ne perçoit plus rien de la fureur du combat. » (508) Aussi, avec Freud, et ce depuis 1900, c’est-à-dire depuis L’Interprétation des rêves, la dimension onirique est-elle devenue, de simple dépotoir insignifiant des facultés imaginaires exténuées, la scène sur laquelle le désir se fraye un chemin de belligérances. Et, plus précisément, le rêve sera le lieu, pour longtemps encore, d’une insurrection votive et sans trêve : l’insurrection surréelle de l’inconscient contre la citadelle de la conscience. Mais si nous sommes sur un « champ de bataille » et s’il y a eu « combat » ; alors y va-t-il eu des manœuvres et des opérations tactiques et, en général, tout un faisceau de stratagèmes subconscients. Ce que nous appelons les stratagèmes oniriques, en un premier sens, ce ne sera d’abord rien d’autre que l’ensemble des manœuvres et des opérations de l’oniromachie – les petites tactiques de l’agôn nocturne. Ce sont ces manœuvres que Freud présente sous l’allure disciplinée d’un « travail » et d’un « processus » du rêve ; mais qui peut nous apparaître, à le lire parfois, sous l’aspect plus inquiétant et monstrueux d’un arsenal archaïque.

Nous savons que le rêve, le « champ de bataille », est, en fait, pour Freud, un « rébus ». Ce qu’on y voit, ce qu’on y sent, ce qu’on y vit est un « chiffre » qui ne se laisse d’abord pas lire. Il est, en réalité, le produit d’un « compromis », d’une sorte de cessez-le-feu ou d’armistice, entre des « pensées latentes », énoncées à l’optatif, et donc exprimant un souhait ou un désir (un Wunsch) et les exigences préconscientes de la « censure », ce « veilleur de garde », honorable « gardien de notre santé intellectuel », qui garantit dans la veille comme dans le sommeil, « la sécurité de la citadelle à garder » (611). Le rôle de l’instance de censure, gardien ou veilleur, est d’inspecter attentivement, en permanence, la région crépusculaire du préconscient où le désir manigance ses intrusions vers la lumière. On aperçoit, à partir de là, plus distinctement, la configuration du champ de bataille onirique : c’est une poliorcétique, c’est-à-dire une sorte de siège. Mais l’assiégeant (le désir) n’est pas exactement une horde venue du dehors. En réalité, l’assiégeant est constitué de tous les éléments de la réaction des anciens tyrans de la Citadelle : l’assiégeant a pour généraux les tenants d’une hégémonie vaincue. Le champ de bataille met en scène une insurrection contre-révolutionnaire. Car, en effet, le désir, jadis, dans la préhistoire du sujet, le désir dis-je, a régné. Il a été aux premières loges de la conscience. Il a été le maître. Il a été le noble, l’aristocrate que la révolte des parvenus a relégué aux marges de la nouvelle république. Et il est là, affleurant à la surface civilisée du monde ; on le voit confectionner ses armes, en attendant de faire retour.

Freud écrit à propos du « doute » que le rêveur peut émettre sur certains éléments manifestes de son rêve : « Les choses se passent un peu comme après une grande révolution dans l’une des républiques de l’Antiquité ou de la Renaissance. Les familles nobles et puissantes qui dominaient auparavant sont maintenant bannies, toutes les hautes positions sont occupées par des parvenus. On ne tolère plus dans la cité que les membres de ces familles tombés dans la misère et privés de pouvoir, ou des affiliés éloignés des personnes renversées. Mais même ceux-ci ne jouissent pas des pleins droits civiques, ils sont surveillés avec méfiance. » (558)

Le champ de bataille du rêve, est donc plutôt celui d’une guerre civile larvée entre les noblesses de l’aristocratie et les parvenus bourgeois du régime constitutionnel. Mais Freud va plus loin encore. Le désir latent, ce n’est pas seulement l’aristocrate sous surveillance ; c’est aussi, et plus profondément encore, le Titan martelant sous la dalle des dieux vainqueurs ; c’est aussi les indestructibles ombres de l’Hadès.

Écoutons encore Freud dans sa caractérisation des désirs inconscients :

« Ces désirs toujours en mouvement, et pour ainsi dire immortels, de notre inconscient, qui rappellent les Titans de la légende, sur lesquels pèsent depuis des temps immémoriaux les pesants massifs montagneux roulés sur eux par les dieux victorieux et que font parfois frémir, aujourd’hui encore, les tressaillements de leurs membres ; – ces désirs logés dans le refoulement, dis-je, sont cependant eux-mêmes d’origine infantile… » (596) Et puis, tout de suite, en note de bas de page : « Pour me servir d’une comparaison : il n’y a pas pour [ces désirs inconscients] d’autre espèce d’anéantissement que pour les ombres des Enfers de l’Odyssée qui renaissent à la vie dès qu’elles ont bu du sang. » (596)

Sous le règne du Bourgeois, de Zeus et des Vivants : l’Aristocrate, le Titan et les Ombres. Si la bourgeoisie de l’Olympe se caractérise principalement par une stratégie générale de répression et de refoulement ; le déploiement de stratagèmes obliques revient à l’aristocratie des Titans. Les stratagèmes oniriques sont, chez Freud, des stratagèmes de Titans. Ce sont eux qui doivent tromper la vigilance du veilleur, passer en contrebande du côté de l’adversaire ; non pas détruire la censure, mais lui passer outre.

Comment font-ils ?

Les stratagèmes oniriques freudiens sont au nombre de quatre ; mais le quatrième a déjà un pied au-delà de l’Hadès et renverra, pour nous, à une autre définition des « stratagèmes oniriques ». Le quatrième stratagème onirique freudien (à savoir « l’élaboration secondaire »), il faudra le considérer comme le fait d’un transfuge de classe, d’un bourgeois de la conscience ayant rallié le camp des Titans.

Le premier stratagème, c’est la condensation ; le second le déplacement, et le troisième la figuration. Ces trois opérations tactiques sont mises en œuvre par les Ombres, les Titans ou les Nobles afin de faire passer la pensée latente vers la conscience sans que la censure ne s’en aperçoive. Généralement, il s’agit d’opérations nocturnes, ce que les stratèges grecs appellent des nyktomachies. La condensation est une nyktomachie consistant à abréger le récit des pensées latentes en multipliant d’un côté les omissions, les élisions et les ellipses et, de l’autre, en jouant sur les polysémies, les syllepses et les ambivalences, par métaphores et mots-valise. Le tout donnant à un élément du rêve une apparence de brachylogie ou de laconisme. D’un point de vue tactique, la condensation est analogue à l’embuscade dans l’espace de l’oniromachie.

Le second stratagème freudien est le déplacement : ici les Titans transposent les représentations inconscientes sur d’autres représentations ; ce n’est plus tant de la métaphore (condensation de signifiants) que de la métonymie (prendre signifiant pour un autre) : on survalorise un détail excentrique, une partie de la pensée latente, pour en refouler toute la pertinence, pour se voiler la face sur l’éléphant au milieu de la pièce. Ce sont ces pseudophodos, ces assauts simulés, ces fausses sorties de troupe, pour cacher le lieu du véritable assaut ; ce sont des pseudangelos ; les faux messagers venant répandre de fausses nouvelles ; ou encore, des pseudopyra : des faux feux de camp pour tromper l’adversaire sur sa position et son nombre véritable. Le déplacement produit, pourrait-on dire, des pseudoprodotes : des faux traitres, des faux transfuges que la censure laisse entrer dans la Citadelle parce qu’elle croit les avoir vaincus.

Le troisième stratagème, enfin, c’est la figuration : la traduction des pensées latentes, des désirs, bref des exigences titanesques, en mises en scènes et drames visibles, en images. Silberer, lorsqu’il était fatigué, concentrait ses pensées sur une question abstraite pour voir lentement lui apparaître des images qui, loin d’illustrer l’idée théorique, mettaient en scène l’état d’esprit du penseur vis-à-vis de la question. La figuration est alors une satisfaction imaginaire d’un énoncé à l’optatif, d’un souhait. Tout le problème de la figuration sera de traduire les articulations logiques des pensées latentes. La figuration peut correspondre, dans les termes de la tactique, à la disposition et à la formation des troupes lors des combats.

Ces opérations sont complexes mais elles peuvent être ramenées à une stratégie générale : la composition ou l’invention d’un idiome onirique ; l’invention d’un langage insurgé capable de passer sous la ligne d’horizon du tyran. La force d’où vient l’inventivité idiomatique, Freud l’évoque sous le terme de « Witz ». Le Witz définissant simultanément la puissance, valorisée par le romantisme allemand, de produire des traits d’esprits et ces mêmes traits d’esprits. Autrement dit : l’enjeu du conflit des forces pour les Titans et les Ombres, est la composition d’un idiome cryptique via les puissances du trait d’esprit dans le but premier de renverser les opérations répressives du veilleur-censeur. Les Titans et les Ombres ont donc, pour stratagème onirique général toute une « poétique tactique ». Comme si la répression par le Tyran pouvait, en quelque sorte, stimuler la subversivité poétique. Ce ne serait pas étonnant, quand on pense à Mallarmé affirmant que « …le tyran oblige à la seule chose intéressante, l’allusion et la périphrase.. » (OC, II, 660). Nous avons donc des stratagèmes de condensation, de déplacement et de figuration qu’enveloppent un stratagème idiomatique : voilà, en deux mots, le petit arsenal des Titans et des Ombres.

On peut en donner un exemple très rapide : Alexandre de Macédoine, embourbé lors du siège de Tyr, se mit à rêver d’un Satyre dansant sur son bouclier. Aristandre, qui se trouvait là, déchiffra pour Alexandre le désir confusément figuré : SA- TYR ne signifiant rien d’autre que : « Tyr est mienne » (en Grec ancien). Dans cet exemple, l’énoncé optatif « je désire la possession de Tyr », est d’abord la condensation de la pensée que Tyr échappe à Alexandre et, en même temps, qu’il veut la conquérir ; c’est ensuite, le déplacement de la charge affective, puisque la scène paraît à Alexandre totalement absurde, et la danse du Satyre transpose la libido dominandi d’Alexandre ; enfin, il y a un travail de figuration, puisqu’au lieu d’entendre mentalement l’énoncé de son désir, il le voit, comme codé et défiguré, à travers ce même Satyre dansant. Dans le rêve d’Alexandre, embusquée sous l’image du Satyre, l’énoncé SA- TYR et toutes les associations connexes ; l’inconscient fait paraître un faune, faux messager des bacchanales ; faux traitre à la situation d’Alexandre (car le Satyre vient prétendre aux voluptés quand ce qu’il exprime : c’est la guerre) ; toléré par la Censure préconsciente qui voudrait qu’Alexandre renonce à son désir conquérant, le voilà, ce désir, frayant à la surface et compris par Aristandre.

Ce dernier exemple nouerait les deux significations que l’on peut donner à la notion de stratagèmes oniriques ; ici le rêve du Satyre d’Alexandre est, en même temps, un stratagème presque freudien d’élaboration du désir et, en même temps, il semble faire partie de toute une tradition oniro-tactique où le rêve prend le relais de la volonté consciente des chefs de guerre, où c’est de lui que se justifie auprès des autres, la continuation peu rationnelle de la lutte.

III

The Suburbs of a Secret
A Strategist should keep ;
Better than on a Dream intrude
To scrutinize the Sleep.

Emily Dickinson

« Ses propres Secrets Souterrains
Devrait mieux garder le Stratège
Plutôt que disséquer le Sommeil d’un autre
En s’introduisant dans son Rêve » [2]

A suivre.

Ut Talpa




Source: Lundi.am