Septembre 15, 2020
Par Le Pressoir
73 views


Ce texte ne s’adresse pas aux personnes dont le scepticisme les fait d’ores et dĂ©jĂ  nous classer dans la catĂ©gorie des personnes infrĂ©quentables. En revanche, celleux de bonne foi qui dĂ©sirent mieux comprendre notre vision de l’antifascisme trouveront un intĂ©rĂȘt dans les lignes qui vont suivre. Les six points ci-dessous nous paraissent importants pour Ă©viter les prĂ©jugĂ©s, raccourcis ou rumeurs dont un collectif antifasciste comme le nĂŽtre peut parfois faire les frais.

1) La libertĂ© d’expression

S’il n’est pas essentiel (et de toute maniĂšre vain) de convaincre le plus grand nombre que nous dĂ©fendons une certaine libertĂ© d’expression, il est important de dire quelques mots sur cette notion galvaudĂ©e. Arriver Ă  penser un court instant que les fascistes seraient fondamentalement pour la libertĂ© d’expression et que les antifascistes qui souhaiteraient les empĂȘcher de s’exprimer seraient contre rĂ©vĂšle une grande naĂŻvetĂ©. En effet, le projet de sociĂ©tĂ© de l’extrĂȘme-droite porte en lui-mĂȘme des propositions liberticides. Et au sein de celui-ci, la place pour la contestation, ou le dĂ©bat d’idĂ©es, n’est sĂ»rement pas plus grande que dans une autre tendance politique. On pourrait alors penser que le problĂšme c’est qu’à force de les ostraciser, on leur offre la possibilitĂ© de se victimiser. C’est, de nouveau, une erreur. Les fascistes ne se victimisent pas parce qu’on ne les laisse pas assez parler. Illes se victimisent parce que c’est la stratĂ©gie qu’illes ont choisi pour susciter de l’empathie auprĂšs des gens qui n’étaient pas directement convaincus du bienfait de leurs propositions. Ainsi, les laisser s’exprimer c’est leur laisser des espaces de paroles oĂč illes pourront davantage se victimiser, convaincre un plus grand nombre de personnes et ainsi de suite.

Le discours des fascistes ne doit pas ĂȘtre compris comme autre chose qu’un venin qui se diffuse, petit Ă  petit, dans le corps social. A chaque fois qu’un.e d’entre elleux Ă©crit sur un rĂ©seau social un quelconque commentaire nĂ©gatif sur les syndicats, les immigrĂ©.e.s ou les fĂ©ministes, ille participe Ă  polluer l’air du temps. En fin de compte, au bout d’un certain temps, cet air est tellement polluĂ© qu’il finit par influencer plus ou moins les discours de tout Ă  chacun.e.

Dans ce contexte, gĂȘner, voire empĂȘcher la tenue, par exemple, d’une confĂ©rence d’extrĂȘme-droite est un acte qui relĂšve davantage de la salubritĂ© publique que de l’instauration d’une prĂ©tendue dictature de la pensĂ©e unique. Car au final, que ce soit pour remettre en cause l’existence des chambres Ă  gaz ou disserter sur la dĂ©mographie en France, on ne peut malheureusement que constater avec tristesse de l’usage que les fascistes font de leur libertĂ© d’expression.

Il restera cependant toujours quelques acharnĂ©.e.s qui, avec une certaine forme de fascination pour leurs adversaires, se battront pour que l’extrĂȘme-droite puisse conserver une parole publique. Nous en avons eu rĂ©cemment un exemple flagrant au niveau local : une militante d’un parti de gauche a annoncĂ© avec fracas sur les rĂ©seaux sociaux qu’elle quittait le mouvement pour pouvoir continuer Ă  frĂ©quenter des nationalistes, Ă  la fois dans sa vie personnelle mais Ă©galement en tant que militante, par goĂ»t du dĂ©bat. Il est inutile de tenter de convaincre ce genre de personnes qui, sous couvert d’ouverture d’esprit, peuvent faire preuve d’une mauvaise foi parfois abyssale. Mais il convient Ă©galement de dĂ©noncer les discours confusionnistes dont le principal danger est de gĂȘner la comprĂ©hension du rĂŽle de l’extrĂȘme-droite.

2) La violence et l’usage de la force

S’il est aujourd’hui aussi banal de dire que « les antifas se comportent exactement comme les gens qu’ils combattent Â» que de dire « qu’il pleut toujours en Bretagne Â», ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas essayer de dĂ©construire ce type de lieux communs.

En s’inscrivant dans une lutte telle que l’antifascisme, on accepte de facto de rentrer dans un rapport de force. Celui-ci peut nĂ©cessiter le recours Ă  une grande variĂ©tĂ© de techniques dont certaines peuvent ĂȘtre qualifiĂ©es de violentes dans le sens commun du terme. Nous ne devons pas d’emblĂ©e avoir peur de ces mĂ©thodes dans le sens oĂč elles font partie du passĂ© de cette lutte et probablement aussi de son futur proche. Pour autant, nous essayons de ne pas entretenir un fĂ©tichisme vis-Ă -vis de ces techniques. Et c’est prĂ©cisĂ©ment sur ce point que notre approche de la violence est radicalement diffĂ©rente de celles des fascistes. Pour ces derniers (en tout cas une partie), la violence est positive en soi et peut mĂȘme devenir un but recherchĂ©. Elle est souvent perçue comme libĂ©ratrice et cathartique. Les fascistes ne l’utilisent pas uniquement par rapport Ă  autrui mais aussi pour eux-mĂȘmes. Dans ce double mouvement, illes espĂšrent nuire Ă  leurs adversaires tout en essayant de se transformer elleux-mĂȘmes. De la violence des SS jusqu’à leur intĂ©rĂȘt pour certaines formes de hooliganisme, on voit bien que leur rapport Ă  la violence est liĂ© Ă  la domination et s’inscrit dans une tradition philosophique opposĂ©e Ă  la nĂŽtre. En ce qui nous concerne, la violence est surtout un outil dont l’efficacitĂ© sera jaugĂ©e en fonction des situations. Si pour empĂȘcher la confĂ©rence d’un.e raciste notoire, il est possible d’organiser un sit-in de 10000 personnes et que la police n’a pas les moyens de dĂ©placer cette foule, alors il faudra choisir cette technique. Si, en revanche, on ne peut compter que sur 100 camarades, alors il faudra peut-ĂȘtre opter pour des techniques nĂ©cessitant le recours Ă  la force si l’on souhaite arriver au mĂȘme rĂ©sultat.

Enfin, il va de soi que l’antifascisme implique de se mettre dans des situations oĂč l’on s’expose individuellement et collectivement Ă  la violence de l’extrĂȘme-droite. Mieux vaut s’y prĂ©parer et partir du principe que celle-ci peut toucher n’importe lequel ou laquelle d’entre nous, militant.e antifasciste ou non d’ailleurs. Dans ce cas de figure, il n’existe pas de rĂšgles Ă  suivre et chaque groupe envisagera la ou les techniques qu’il souhaite adopter en fonction des situations. Le fait que certaines d’entre elles impliquent une forme de violence ne doit pas ĂȘtre un problĂšme en soi car le plus grand nombre peut comprendre leur lĂ©gitimitĂ© dans des contextes d’auto-dĂ©fense.




Source: Lepressoir-info.org