DĂ©cembre 30, 2022
Par Le Poing
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Image mise en avant sur un des événements Facebook appelant au retour des gilets jaunes dans les rues de Paris le 7 janvier.

Un nouveau « retour des gilets jaunes Â» le samedi 7 janvier tourne en ce moment sur les rĂ©seaux sociaux, avec notamment un appel Ă  se rendre Ă  Paris pour y manifester alors que l’agenda social de ce dĂ©but d’annĂ©e 2023 s’annonce dĂ©jĂ  chargĂ©. Quelles perspectives derriĂšre cette Ă©niĂšme tentative ?

Un appel Ă  se rendre Ă  Paris le samedi 7 janvier pour y manifester tourne en ce moment dans les rĂ©seaux de ce qu’il reste du mouvement des gilets jaunes.  Sont mises en avant la hausse des prix, mais aussi la rĂ©forme des retraites, l’utilisation quasi-industrielle des 49-3 par la majoritĂ© macroniste et la crise de l’énergie.

RelayĂ© sur Facebook par plusieurs groupes importants de gilets jaunes, l’évĂ©nement ne se prĂ©sente pour le moment ni comme un raz de marĂ©e ni comme un flop intĂ©gral. ContactĂ© par le service CheckNews de LibĂ©ration, un des comptes anonymes actifs autour de cet appel, Lucas DĂ©ter, mise sur une mobilisation parisienne qui rassemblerait entre quelques centaines et deux mille personnes.

Pour les quatre ans du mouvement, le 19 novembre 2022, la manif parisienne avait fait se dĂ©placer des personnes de province pour rassembler quelques centaines de protestataires. Un appel national Ă  manifester contre la vie chĂšre le 10 dĂ©cembre Ă  Montpellier, relayĂ© par des rĂ©seaux de gilets jaunes et par l’assemblĂ©e montpelliĂ©raine contre la vie chĂšre, avait rĂ©uni un petit millier de participants.

Le fait est que les hashtag #GiletsJaunes7janvier et #GiletsJaunes sont en tendance en ce moment sur Twitter, signe d’un certain succùs.

Alors qu’attendre de cette nouvelle mobilisation ? Il paraĂźt Ă©vident qu’on ne parle pas ici d’un retour des gilets jaunes en tant que grand mouvement populaire, quasi-insurrectionnel (prĂ©cisons que l’insurrection peut avoir des aspects tout Ă  fait pacifiques, elle s’épanouie dans la diversitĂ© des stratĂ©gies), ayant impliquĂ© des millions de personnes, bien souvent fraĂźchement dĂ©barquĂ©es dans le mouvement social et issues de cette France d’en bas qui n’en peut plus.

Faut-il pour autant en conclure que l’appel du samedi 7 janvier est totalement vain ? Il est Ă©vident que la manifestation, qu’on se regroupe dans une seule ville ou que les appels soient dĂ©centralisĂ©s et multiples, ne peut faire office de stratĂ©gie pour un mouvement social. D’autant que de plus en plus de gens en prennent conscience : nos gouvernements successifs ne sont pas du tout dans une optique de nĂ©gociation, il ne s’agit pas pour nous de discuter mais d’imposer nos revendications.

Maintenant il nous faut analyser les positionnements de la Macronie ces derniĂšres annĂ©es. Le mantra gouvernemental type « nous ne cĂ©derons rien face Ă  la rue Â», et qui n’est pas propre Ă  la RĂ©publique en Marche mais Ă  tous les partis passĂ©s au pouvoir ces vingt derniĂšres annĂ©es, n’est pas si ferme et absolu que ce que l’on aimerais bien qu’on pense.

La rĂ©forme des retraites, prĂ©sentĂ©e dĂšs le premier quinquennat Macron comme LA mesure phare, n’est dans les faits toujours pas passĂ©e. Le mouvement social n’en est pas le seul responsable, mais il a eu son rĂŽle Ă  jouer lĂ  dedans. Si la Macronie Ă©tait prĂȘte Ă  adopter le texte malgrĂ© le mouvement des gilets jaunes encore tout frais et les grĂšves importantes, la perspective de devoir imposer des restrictions Ă  la population en lien avec la pandĂ©mie de Covid s’est cumulĂ©e Ă  des annĂ©es 2018-2019-2020 socialement trĂšs tendues, pour inciter le gouvernement Ă  mettre son projet entre parenthĂšses. Le prĂ©texte « dĂ©mocratique Â» (nous ne pouvons imposer une telle rĂ©forme dans ce contexte de crise sanitaire) n’était pour la Macronie qu’une bonne maniĂšre de ne pas perdre la face, de ne pas admettre sa peur d’une nouvelle explosion sociale, d’entretenir la croyance que les gouvernements ne cĂ©deront rien face Ă  la rue. Restons lucides : il ne s’agit que d’une croyance. Le fait est que l’augmentation de la prime d’activitĂ© arrachĂ©e Ă  l’hiver 2018 par les gilets jaunes, si elle paraĂźt bien ridicule en face de nos aspirations, peut aller jusqu’à cent euros par mois (soit 6 000 euros sur cinq ans), et concerne entre 3,8 et 5 millions de foyers en France.

Rappelons nous. Chaque manifestation dĂ©bordante, chaque mobilisation sociale qui touche de nouvelles personnes, aussi modeste soit elle, et bien que rien ne doive nous dispenser d’élaborer des stratĂ©gies gagnantes pour le mouvement social, envoie le message suivant Ă  nos gouvernements : « Votre cauchemar de l’hiver 2018 peut revenir, sous d’autres formes Ă©videmment, Ă  n’importe quel moment. FaĂźtes attention Ă  ce que vous faĂźtes. Â» Et le message passe, soyons-en certains. Depuis quelques annĂ©es, il ne se passe pas six mois sans que les renseignements territoriaux ne confessent des craintes quant Ă  une nouvelle explosion sociale de grande ampleur. A la sortie des confinements ils craignaient l’effet « premier de corvĂ©e Â». Quand le pass sanitaire a Ă©tĂ© mis en vigueur, ils craignaient une rebuffade spectaculaire. Pendant les grĂšves dans les raffineries, ils craignaient une vague de mouvements sociaux capables de paralyser le pays.

La presse bourgeoise s’inquiĂšte en parlant de l’appel du 7 janvier de certaines rĂ©actions sur les rĂ©seaux sociaux, du type « Ă§a ne sert plus Ă  rien, bientĂŽt les armes vont ĂȘtre de sortie. Â» (Faites attention Ă  ce que vous Ă©crivez sur les rĂ©seaux, c’est suffisant pour vous valoir un passage au tribunal en 2022.) Le mĂȘme type de rĂ©actions s’était fait entendre sur de nombreux points de blocages dans l’HĂ©rault dans la semaine entre le 1er et le 8 dĂ©cembre 2018, d’une maniĂšre pas si marginale que ça, et acceptĂ©e comme rentrant dans le spectre du lĂ©gitime malgrĂ© les dĂ©saccords parmi les autres GJ. Sans que la chose ne se concrĂ©tise. Voyons-y plutĂŽt le signe d’une trĂšs forte sensation de verrouillage de notre systĂšme Ă©conomique et politique, associĂ©e Ă  une dĂ©termination trĂšs marquĂ©e. Mais ce n’est peut ĂȘtre pas un hasard si les services de l’État ont tout rĂ©cemment lancĂ© une vaste campagne incitant la population Ă  rendre les armes Ă  feu non dĂ©clarĂ©es, avant des mesures plus coercitives. Une maniĂšre de s’assurer le fameux monopole de la violence lĂ©gitime. DiffĂ©rents sondages d’opinion menĂ©s ces derniĂšres annĂ©es ont fait Ă©tat de millions de personnes prĂȘtes Ă  descendre dans la rue.

En plus de la mobilisation parisienne des gilets jaunes de ce samedi 7 janvier (plus d’infos sur les points de rendez-vous dans la capitale dans les jours qui prĂ©cĂ©deront la manif, ici par exemple.), certains syndicats appellent aussi Ă  la mobilisation, comme Solidaires 21 qui organise un dĂ©filĂ© le 7 janvier Ă  Dijon « contre la rĂ©forme des retraites, la stagnation des revenus, l’inflation et la rĂ©forme de l’assurance-chĂŽmage Â». Ou la FSU qui Â«appelle l’ensemble des agent-es concourant au service public d’éducation Ă  une journĂ©e d’action le 17 janvier» pour Â«les salaires et la retraite». Dans un contexte oĂč les luttes entreprises par entreprises pour des augmentations de salaires n’ont pas Ă©tĂ© aussi nombreuses depuis des dĂ©cennies. Une grande marche contre la rĂ©forme des retraites aura lieu Ă  Paris le 21 janvier Ă  l’appel de la coalition de gauche NUPES, alors que l’intersyndicale se prĂ©pare de son cĂŽtĂ© Ă  mobiliser largement aprĂšs les annonces du gouvernement sur la rĂ©forme des retraites attendues courant janvier.

Bref, si personne ne sait pour quand sera le grand retour de la lutte des classes, le moment semble mal choisi pour se laisser aller au désespoir, à la blase ou au chacun pour soi.




Source: Lepoing.net