Août 23, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Nous avons choisi un monde meilleur pour les autres. Aux dĂ©pens de nos vies. Nous avons choisi de nourrir les gens mettant nos vies et nos corps entre parenthĂšse pour les autres . On ne nous voit jamais, parce nous n’avons pas, n’avons plus le temps. Le temps de sortir, de partir, de rencontrer l’ailleurs. Notre vie s’est figĂ©e quand et lĂ  oĂč nous avons dĂ©cidĂ© de nous installer comme paysan.e.s.

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Celles et ceux dont je vous parle c’est par choix. L’envie d’offrir Ă  nos congĂ©nĂšres des aliments et de qualitĂ©, lĂ©gumes, Ɠufs, cĂ©rĂ©ales, viandes


Hier j’ai vu mon pote pleurer, parce que sa rĂ©colte de lentilles Ă©tait dĂ©truite par les chevreuils qui viennent se coucher dans ses champs, les tiges couchĂ©es Ă  terre ne sont plus rĂ©coltables par la machine et la rĂ©colte manuelle est inimaginable

L’autre jour, une de mes amies, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e de voir dĂ©barquer la DDT qui la menace de sanctions si elle n’installe pas un bac d’équarrissage, hĂ©rĂ©sie et gouffre financier pour elle car les Ɠufs souillĂ©s ou cassĂ©s elle les donne. Mais ça n’est pas autorisĂ©…
Un autre camarade dévasté par la perte de tous ses oignons, aulx et échalotes pourris par les intempéries incessantes.
Ici une pompe cassée, là un tracteur, là une maladie, ailleurs autre chose


La liste n’est pas exhaustive Ă©videmment, sinon je pourrais en Ă©crire des tomes entiers. Tout ce poids sur si peu d’épaules…Et pourtant on les oublie toujours. Les corps dĂ©truits et les esprits Ă©puisĂ©s. Si on peut aujourd’hui se rĂ©unir, si on peut lutter, si on peut envisager d’autres futurs, c’est grĂące Ă  eux. Eux qui remplissent nos assiettes d’anarchistes invĂ©tĂ©rĂ©s, de penseurs de toutes formes. Des dĂ©bats on en a eu dans les champs, mais qui est lĂ  pour porter nos idĂ©es, nos voix quand les lĂ©gumes quĂ©mandent de l’eau sous le soleil, les vaches une nouvelle parcelle Ă  brouter, les poules Ă  sortir de leur poulailler, les Ɠufs Ă  ĂȘtre rĂ©coltĂ©s ?

Le dos courbĂ©, les mains caleuses, la peau brĂ»lĂ©e, la fatigue, le stress de l’échec, j’en passe…
Les trente-cinq heures… connaĂźt pas, les congĂ©s payĂ©s… connaĂźt pas, la retraite
 connaĂźt pas

Les dimanches
 connaüt pas..

Notre question, comment se fait-il qu’aujourd’hui la paysannerie ne soit pas un sujet majeur de rĂ©flexion au sein de la fĂ©dĂ©ration anarchiste ?

« Nous avons l’audace d’affirmer que chacun(e) peut et doit manger Ă  sa faim, que c’est par le
pain pour tous (et toutes) que la révolution vaincra
.» P. Kropotkine

Blandine, ouvriÚre agricole, groupe Gaston Couté




Source: Monde-libertaire.fr