Novembre 25, 2020
Par La Bogue
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Je me suis souvent demandĂ©e dans quel monde on vit. Maintenant je me demande sans arrĂȘt dans quel pays je vis.

AmÚrement je vois nos droits tomber en lambeaux, piétinés par une élite hors sol. Béatement je regarde se multiplier les atteintes aux droits des citoyen-ne-s. Il y a ces faits, qui nous agacent, nous révoltent, nous atteignent. Et puis il y a notre attitude face à cela.

Comment agir collectivement, solidement, efficacement ? Que faire quand on nous prive de nos espaces de rĂ©flexion, de nos espaces de mise en commun ? Loin, trĂšs loin, de taper sur le numĂ©rique grĂące auquel je suis prĂ©cisĂ©ment en train d’écrire ces quelques lignes, j’amorce une rĂ©flexion, tout sauf originale j’en conviens, sur notre mise en action dans ces conditions. Parce que le lien numĂ©rique ne permet pas de se sentir les un-e-s les autres, se ressentir. Le numĂ©rique rend nos interactions dĂ©pourvues de sens physique : il hache nos propos en direct, il refroidit nos mots, il freine nos Ă©lans. Sans parler de celleux qui n’y ont pas accĂšs. Or : comment nous parler, comment nous motiver, comment nous solidariser quand il n’y a que le numĂ©rique voire plus rien du tout ? En fait : comment se protĂ©ger tous-tes ensemble ?

Notre autoprotection passe selon eux par notre sĂ©paration. Nous isoler c’est nous protĂ©ger. C’est tout le contraire en vrai, dans la vraie vie : ils nous ont choquĂ©-e-s, les voici qui nous Ă©teignent. Pour mieux nous opprimer, dĂ©muni-e-s de nos moyens d’autoprotection. Nos espaces associatifs pour s’organiser, nos espaces interpersonnels pour s’aimer, nos bars pour dĂ©lier nos langues, nos UniversitĂ©s pour comprendre, nos lieux de culture pour s’éclairer,… sont fermĂ©s. Pour des raisons sanitaires, on l’entend, ou l’on s’efforce Ă  l’entendre.

Pourtant parallĂšlement : une loi de destruction de la recherche et de la vie Ă©tudiante, une entrave majeure au droit d’informer avec le pire que cela promet, des inĂ©galitĂ©s et une pauvretĂ© qui ne cessent de croĂźtre, une islamophobie au sommet (mais ils vont le dĂ©passer, le sommet) comprenant des arrestations d’enfants… oui d’enfants, l’expulsion d’un camp d’exilĂ©-e-s et les gazages et destruction de matĂ©riel qui l’accompagnent. À cĂŽtĂ© de ça, les premiĂšres (en rĂ©alitĂ© derniĂšres) causes du quinquennat : inexistantes. Je veux parler bien sĂ»r de l’action pour l’égalitĂ© Femmes-Hommes comprenant la lutte contre les violences faites aux femmes et l’écologie – si l’on voulait la sĂ©parer du reste. Je rĂ©sume : plus de lieux pendant un temps indĂ©fini mais dĂ©jĂ  trop long pour nos luttes, mais des droits et des vies humaines matraquĂ©s et reniĂ©s. Et sans cet ensemble, sans ces lieux oĂč se cĂŽtoyer, quelle pertinence peut-on donner Ă  nos Ă©lans furibonds individuels (mĂȘme si confortĂ©s par ceux des autres) ?

Puisqu’ils massacrent notre rĂ©alitĂ©, dĂ©fions puis dĂ©faisons leur autoritĂ©. À chaque jour suffit sa raison de faire bloc. Je sais pas forcĂ©ment comment, mais ne leur offrons pas l’instant qu’ils nous imposent pour les laisser rĂ©pandre leur idĂ©ologie nausĂ©abonde, raciste et autoritaire. Parlons, rencontrons-nous, rĂ©ouvrons nos lieux clandestinement, ramenons nos vies lĂ  oĂč ils ne les veulent plus : dans la rue, dans nos salles de projection, de spectacles (vivants les spectacles, est-il utile de le rappeler), dans nos locaux associatifs, dans nos amphithĂ©Ăątres… Nos agora Ă  tous-tes. MĂȘme pas pour parler d’eux, mais pour projeter mieux qu’eux : nous tous-tes.

Bon, le pire c’est que j’écris avec beaucoup d’envie mais si peu de moyens d’y parvenir sans risquer 135 balles au moins, son Ɠil pour certain-e-s, sa vie pour d’autres. N’est-il pas incroyable que le voeu de se revoir vite pour rĂ©flĂ©chir et/donc agir soit si utopique ? Franchement dans quel monde et dans quel pays on vit… !

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Source: Labogue.info