Juillet 12, 2021
Par Lundi matin
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J’ai vu les arbres tomber : poumons en cendre sous les semelles de la paix marchande.

J’ai vu les nĂ©gationnismes se massifier

et en Ă©change de l’immortalitĂ©, obtenir

de chaque individu

la destruction de toute mémoire.

J’ai vu les visages hantĂ©s par un futur absent

oĂč les mots ne pĂšsent plus rien.

HantĂ©s ? C’est encore un lieu, un sursis –

fine surface qui persiste dans les reflets qui la frĂŽlent.

Mais voilà que le confus s’installe, que l’on fait passer

les ordres pour des libertés acquises,

que la rĂ©silience n’est plus qu’un coaching de masses

qui affaisse les résistances.

VoilĂ  que le confus nous contrĂŽle !

Tout est fait pour mater le sensible et Ă  travers lui,

les rĂ©cits de silence que les anciens nous transmettaient. Aujourd’hui, celui qui a un langage est vu comme un danger…

Le souvenir enfoui du goût des cerises est vu comme un danger,

il contient trop de ramifications, de sensations portĂ©es Ă  maturitĂ© – brĂ»lot de mĂ©moire-vive et son image plantĂ©e en nous !

Quelque chose reste, une saveur, un dépÎt de pré-langage.

La perte, l’absence, creusent encore la terre d’une image

oĂč un autre nous attend dans la mĂ©tamorphose de nous-mĂȘme. C’est aussi Ă  travers l’oubliĂ© que l’on devient libre,

l’oubliĂ© d’un soi plus grand que soi, mais dont on porte

tout le possible comme responsabilité intacte.

SURVIVANCE

Dans l’ossature des jours la ligne de tĂȘte se fend.

Ici, une Ă©criture court Ă  sa perte, ou se cherche… Grammaire des nappes phrĂ©atiques, c’est lĂ  que je m’avance dans un silence qui tremble.

Ma conscience tombe dans le regard des mots :

broussailles d’enfance aux mille visages,

fibres lentes du monde vĂ©cu – refuge

au toucher de papier…

Sur la page, à contrepoids de l’inerte, la voix

déchire la linéarité du sens.

Je n’ai pas oubliĂ© l’infini dans le langage, ni la terre dans mes membres,

ni l’errance pour sortir dans la vie !

La ligne de cƓur se fend…

Glacis d’époque en transparence – c’est lĂ  que je m’avance, sans lendemains qui chantent.

LivrĂ©e Ă  moi-mĂȘme, excessive et frugale,

je me mets à penser – la vie

en Ă©quilibre sur une fleur d’abĂźme.




Source: Lundi.am