Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

JdB

Alors, Marine, des regrets ? Préparée dans la plus grande discrétion, la visite de Marine Le Pen au Québec est en effet pour le moment un véritable fiasco. Depuis son arrivée vendredi, aucun des partis contactés par le FN n’a souhaité lui faire rencontrer l’un de ses représentants, la plupart disant n’être même pas au courant de sa visite : une seule rencontre, informelle, a eu lieu avec quatre « jeunes » militants du Parti québécois (PQ); mais Sébastien Chenu, le Monsieur « culture » du FN, emporté dans les bagages de Marine Le Pen, s’est un peu vite réjoui sur les réseaux sociaux d’avoir pu enfin parler à quelqu’un. Le dirigeant du PQ, Pierre Karl Péladeau, a en effet condamné vivement la rencontre :  » je tiens à dissocier formellement notre formation politique et ses instances de toute activité ou rencontre, issue d’initiative personnelle, avec des représentants de ce parti dont l’histoire, la doctrine et les propositions sont aux antipodes des valeurs du Parti Québécois. » Même son de cloche au Bloc québécois, à la Coalition avenir Québec, etc. Même Bernard Drainville, le promoteur de la Charte des Valeurs, a dit qu’elle « pouvait renter chez elle« … Quant à Sophie Stanké, du Mouvement Montréal Français, qui défend la pratique du français au Québec, elle a précisé « ne pas parler la langue du Front national » et a refusé de rencontrer la présidente du FN, qui avait pourtant fait de la francophonie l’un des principaux thèmes de sa visite.

Visuel de Pegida Québec, emprunté à la page FB "Loi 101".

Visuel de Pegida Québec, emprunté à la page FB « Loi 101 ».

Pour quelqu’un qui prétend prendre la tête d’un pays, ça la fout mal. Finalement, les seuls à avoir accepté de rencontrer Marine Le Pen ont été jusqu’à présent : le député de Mercier Amir Khadir, qui, bien que ses idées soient à l’opposé de celle du FN, a proposé « par humanisme » de rencontrer la présidente du Front, pour lui montrer « que le Québec n’est pas un terrain xénophobe » ; la poignée de militants racistes de Pegida Québec qui se sont fendus d’une lettre ouverte assez pathétique dans laquelle il la remercient de lutter contre « l’envahissement de cette pauvre France qui est entrain de succomber aux mains de la trahison » (sic) ; et bien sûr, les antifascistes québécois.

FN_Québec_032016-2bSi en France, Marine Le Pen joue la diva et fait mine de bouder les journalistes, elle avait quand même organisée une conférence de presse dimanche dernier à la salle de conférence de l’hôtel Marriot de place d’Youville, histoire d’essayer d’empêcher que sa venue reste un non-événement. Mais avant même qu’elle ait pu ouvrir la bouche, un groupes d’antifascistes a fait irruption, derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire « Ici, terre d’accueil, on préfère l’arrivée de milliers d’immigrant-e-s que la venue d’une seule raciste« , et en criant les slogans « Le Pen, facho, tolérance zéro« et « Québec emmerde le Front national« .

Marine Le Pen toute constipée, avec son toutou Légier derrière ; à droite, une antifa agressée par un sympathisant FN.

Marine Le Pen toute constipée, avec son toutou Légier derrière ; à droite, une antifa agressée par un sympathisant FN.

On ne se refait pas, et les réflexes violents de l’extrême droite ont été les plus forts : un sympathisant FN a commencé à agresser physiquement une jeune antifa, tandis que Marine Le Pen, se rappelant probablement le vocabulaire appris dans ses jeunes années auprès du gudard Châtillon, a tenté de cacher son agacement en ironisant sur les « cinq ou six bolchos crasseux » venus gâcher la fête, leur conseillant d’aller « prendre une douche » (Jean-Marie, sors de ce corps !). Son garde du corps, Thierry Légier, jouant les fins limiers, croit quant à lui reconnaitre un antifasciste parisien…

FN_Québec_032016-4Mais n’en déplaise à la mère Le Pen, les antifascistes québécois n’ont pas l’intention de s’arrêter là : un « Comité d’accueil » montréalais pour Marine Le Pen s’est d’ailleurs monté pour aller l’emmerder jusque sous les fenêtres de son hôtel de luxe, le Marriott Château Champlain Hôtel. L’Observatoire de la Richesse, qui est à l’initiative de l’événement, précise avec humour que « des groupes militants de France nous implorent de la garder chez nous ou, au pire, de la convaincre de retourner chez elle en bateau, lentement, à partir de Saint-Pierre et Miquelon. » On ne serait mieux dire !

Marine Le Pen est encore au Canada jusqu’à la fin de la semaine : son agenda a été bien étudié par les antifas locaux, qui lui réservent encore peut-être quelques surprises…

La Horde

En savoir plus : Action Antifasciste Montréal