QUE SE PASSE-T-IL SUR L’ÎLE DU COVID ? –

UN RAPPORT BRITANNIQUE – JUIN 2020

Le groupe Angry workers of the world a dressĂ© un Ă©tat des lieux de la situation dans le Royaume-Unis depuis que sĂ©vit l’épidĂ©mie de Covid-19. Nous vous en proposons une traduction. Vous pouvez retrouver le texte original sur le lien suivant : https://angryworkersworld.wordpress…

Ce rapport sur la situation au Royaume-Uni est principalement destiné au débat avec les camarades à l’étranger et à notre propre compréhension de la direction que prennent les choses.

Nous pensons qu’une situation sociale a besoin d’au moins deux caractĂ©ristiques pour devenir rĂ©volutionnaire : les dirigeants doivent avoir perdu les ressources et la capacitĂ© de gouverner et les gouvernĂ©s doivent en avoir assez, ĂŞtre suffisamment organisĂ©s et politiquement informĂ©s pour remettre en question le statu quo. Si l’on considère la situation dans son ensemble de cette manière, il faut dĂ©composer davantage les choses.

Nous pouvons analyser la crise de la classe dirigeante comme l’incapacité à imposer politiquement certains changements, soit parce que la classe politique elle-même n’est pas assez unie, soit parce qu’elle s’attend à ce que les changements ne se fassent pas bien. Les changements eux-mêmes sont motivés et limités par la quantité de ressources (financières) dont dispose l’État pour gouverner. Cela dépend à son tour de la rentabilité générale sous-jacente du système, des investissements productifs dans des entreprises rentables.

Les gouvernĂ©s eux-mĂŞmes ne sont pas un bloc monolithique. La classe ouvrière est stratifiĂ©e, entre autres, par un dĂ©veloppement rĂ©gional inĂ©gal, la propriĂ©tĂ© et le statut de citoyen. Il existe diverses institutions, tout d’abord les syndicats officiels, qui prĂ©tendent reprĂ©senter la classe ouvrière, mais qui reproduisent le plus souvent des divisions sectorielles, professionnelles et nationales. La reprĂ©sentation politique autoproclamĂ©e des travailleurs au Royaume-Uni, le parti travailliste, constitue un autre tampon. Il faut analyser les luttes rĂ©elles qui remettent en cause la stratification de la classe. Nous ne pensons pas que l’unification se fasse par des revendications bien intentionnĂ©es ou par l’adhĂ©sion individuelle Ă  telle ou telle organisation – mais par des luttes qui brisent les divisions quotidiennes imposĂ©es.

Dans ce qui suit, nous passons en revue quelques éléments empiriques des deux derniers mois, en essayant de détecter les tendances concernant les contraintes structurelles de l’État et du capital et les possibilités d’unification de la classe ouvrière. Ce matériel provient en grande partie des médias grand public, ce qui limite en soi ce rapport. Nous prévoyons donc une série d’entretiens avec des collègues et des amis sur leurs expériences au travail sous le régime Covid-19, afin d’avoir une idée de ce qui se passe réellement sur le terrain.

1. La situation de Covid-19

Jusqu’à présent, le gouvernement britannique s’en est tiré à bon compte en ce qui concerne la gestion de l’aspect santé publique de la crise de Covid-19. Les principaux faits sont assez bien connus, nous nous limitons donc à un bref résumé.

Avec plus de 43 000 dĂ©cès officiels, le Royaume-Uni a l’un des taux de mortalitĂ© les plus Ă©levĂ©s au monde. Un facteur majeur a Ă©tĂ© la stratĂ©gie gouvernementale initiale d’”immunitĂ© collective”, qui a retardĂ© le verrouillage. Le 2 mars, le gouvernement a Ă©tĂ© averti que le virus Ă©tait très contagieux, et le 13 mars, il a annoncĂ© sa stratĂ©gie d’”immunitĂ© collective”, dĂ©cidant de ne pas mettre en place un verrouillage Ă  grande Ă©chelle comme la plupart des pays de l’UE. Le verrouillage national n’a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© que le 23 mars, sous la pression de l’opinion publique. L’incapacitĂ© ou la stupiditĂ© ne sont pas la raison principale de ce retard, mais un conflit politique au sein de la classe politique sur la question de savoir si elle pouvait s’en tirer en risquant la vie de milliers de personnes âgĂ©es “improductives”. Selon un conservateur de haut rang, la stratĂ©gie initiale a Ă©tĂ© rĂ©sumĂ©e par Dominic Cummings, conseiller de Johnson, comme “l’immunitĂ© collective, protĂ©ger l’économie, et si cela signifie que certains retraitĂ©s meurent, tant pis”. Ce n’est pas seulement l’opinion du “mĂ©chant” Cummings. Johnson a Ă©crit un article pour le Daily Telegraph en 2007, intitulĂ© “La surpopulation mondiale est le vrai problème”. Dans cet article, Johnson dĂ©plore que “le fait que “la fertilitĂ© de la race humaine” ne puisse plus ĂŞtre discutĂ©e publiquement en tant que politique gouvernementale est une mesure tragique de l’ampleur du changement dans le monde”. Il ne s’agit pas d’une tentative de fabriquer une thĂ©orie de conspiration, mais de dĂ©montrer la perspective politique gĂ©nĂ©rale des principales figures gouvernementales. Ces hommes politiques n’ont pas une vision sociale plus large Ă  la Thatcher, mais pensent avant tout en termes de manipulation et de gestion des diffĂ©rents groupes sociaux afin de maintenir le statu quo.

La deuxième raison du taux de mortalitĂ© Ă©levĂ© est le trou dans le tissu productif du secteur de la santĂ© et de l’industrie au Royaume-Uni, crĂ©Ă© par l’austĂ©ritĂ© et le manque d’investissement au cours de la dernière dĂ©cennie. Le manque d’équipements de protection et de tests Covid-19 et l’incapacitĂ© Ă  produire des ressources suffisantes ont aggravĂ© la situation. En juin 2020, le Royaume-Uni se classait au 20e rang des 31 pays europĂ©ens disposant de donnĂ©es sur les tests de dĂ©pistage des coronavirus par habitant, ne dĂ©pistant que 31,59 personnes pour mille habitants. Des pays d’Europe de l’Est nettement plus pauvres comme la Lituanie (99,14 pour mille), l’Estonie (57,74), la Lettonie (52,9) et la BiĂ©lorussie ont testĂ© beaucoup plus de personnes par rapport Ă  la taille de leur population. Il est Ă©galement devenu public que le gouvernement a falsifiĂ© les chiffres officiels sur le nombre de personnes testĂ©es par jour, dĂ©clarant plus d’un million de tests en plus par rapport au nombre de personnes rĂ©ellement testĂ©es. La fragmentation du secteur de la santĂ© en plusieurs trusts du NHS, cliniques privĂ©es et maisons de soins a crĂ©Ă© d’autres problèmes et des niveaux de dĂ©sorganisation mortels. Entre le 17 et le 15 avril, environ 25 000 personnes ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es des hĂ´pitaux vers des maisons de soins. Seul un petit nombre de ces personnes ont Ă©tĂ© testĂ©es. Ă€ la mi-juin, les mĂ©dias ont annoncĂ© que 30 % de tous les dĂ©cès se produisaient dans des maisons de soins, soit plus de 14 000 personnes au total.

Une autre raison du taux de mortalitĂ© Ă©levĂ© est le niveau Ă©levĂ© d’inĂ©galitĂ© sociale et d’appauvrissement au Royaume-Uni. Les chiffres de l’Office for National Statistics (ONS) couvrant la pĂ©riode de mars Ă  mai montrent que les personnes vivant dans les 10 % les plus pauvres de l’Angleterre sont mortes Ă  un taux de 128,3 pour 100 000, contre un taux de 58,8 pour 100 000 chez les personnes vivant dans les 10 % les plus riches du pays. Le Brent, dans l’ouest de Londres, avait le taux global standardisĂ© par âge le plus Ă©levĂ©, avec 210,9 dĂ©cès pour 100 000 habitants. Beaucoup de nos anciens collègues de travail dans les usines et les entrepĂ´ts alimentaires vivent Ă  Brent, oĂą la combinaison de la surpopulation dans le pays et sur les chaĂ®nes de production [1] et le fait que les conseils du gouvernement Ă©taient rarement traduits pour les travailleurs migrants, s’est avĂ©rĂ©e fatale.

Afin de compenser le manque de capacité de production et de soins, le gouvernement a dû continuer à externaliser des travaux essentiels, ce qui a contribué au problème en premier lieu. Après avoir suspendu les règles de mise en service, les ministres conservateurs ont attribué à des entreprises privées des contrats d’État exclusifs liés au coronavirus, d’une valeur de 1,7 milliard de livres sterling. La corruption n’en est pas la cause, mais un sous-produit. En voici quelques exemples. Randox, une entreprise privée de soins de santé qui emploie Owen Patterson, l’un des députés conservateurs les plus riches, s’est vu attribuer un contrat de 133 millions de livres sterling sans aucune concurrence. PestFix, qui emploie 16 personnes et dispose d’un actif net de 19 000 £, a reçu début avril un contrat gouvernemental d’une valeur de 108 millions de £ pour fournir au NHS des articles tels que des blouses et des masques. La société américaine Palantir a obtenu un contrat pour utiliser la technologie de l’IA afin de suivre l’épidémie de coronavirus. La société a été financée par la CIA et a lié la société de technologie Vote Leave-linked Faculty, qui a reçu sept contrats gouvernementaux au cours des 18 derniers mois. Les journalistes qui ont posé des questions sur le traitement des données du NHS par Palantir se sont heurtés à un mur de pierre.

Jusqu’à prĂ©sent, des “experts” ont posĂ© des questions critiques concernant la gestion de la crise du Covid-19 par l’État, mais aucune rĂ©ponse collective n’a encore Ă©tĂ© apportĂ©e Ă  ceux qui ont le plus souffert. Il y a eu des actions collectives des travailleurs contre le manque de santĂ© et de sĂ©curitĂ© – voir ci-dessous – mais les initiatives des membres des victimes dĂ©cĂ©dĂ©es de Covid-19 qui tentent de demander des comptes Ă  l’État sont encore peu nombreuses. Il n’est pas surprenant qu’une tentative de dĂ©clarer la stratĂ©gie initiale du gouvernement “illĂ©gale” ait Ă©tĂ© Ă©crasĂ©e.

2. Le marasme Ă©conomique

En juin 2020, l’OCDE a indiquĂ© que l’économie britannique est susceptible de subir les pires dommages de la crise Covid-19 de tous les pays du monde dĂ©veloppĂ©. Une chute du revenu national du Royaume-Uni de 11,5 % en 2020 dĂ©passera les chutes de la France, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne et des États-Unis. Selon la Banque d’Angleterre, le chĂ´mage au Royaume-Uni doublera cette annĂ©e pour atteindre 10 Ă  12 %. Lorsque les mesures de verrouillage ont Ă©tĂ© introduites pour la première fois en mars, les liquidations volontaires des petites entreprises ont doublĂ© par rapport Ă  l’annĂ©e dernière. La gravitĂ© particulière de la rĂ©cession au Royaume-Uni est en partie due au double coup de Covid-19 et du Brexit, mais comme nous le verrons, le dĂ©clin Ă©conomique est une tendance Ă  long terme.

Comme dans la plupart des pays, le lock-down a touchĂ© le plus durement le secteur de l’hĂ´tellerie et de la restauration, oĂą 85 % des travailleurs ont Ă©tĂ© touchĂ©s. Un travailleur sur quatre dans ce secteur a perdu des heures de travail, un sur dix a perdu son emploi et la moitiĂ© est mise Ă  pied. Les autres secteurs fortement touchĂ©s sont : l’éducation, avec 60% des employĂ©s touchĂ©s et près de la moitiĂ© ayant perdu des heures de travail ; l’industrie manufacturière et la construction (55% touchĂ©s) ; et le commerce de gros, de dĂ©tail et automobile (54% touchĂ©s). Au cours des deux premiers mois de fermeture, le nombre d’heures travaillĂ©es a chutĂ© de 94,2 millions en avril, un record, soit une baisse de près de 9 %, mais pas autant que le pourcentage de personnes qui ont Ă©tĂ© mises Ă  pied ou ont perdu leur emploi. Cela pourrait ĂŞtre dĂ» au fait que la diminution du nombre de travailleurs a Ă©tĂ© compensĂ©e par une augmentation des heures supplĂ©mentaires.

Le secteur automobile était en difficulté avant la pandémie de Covid-19, par exemple Honda à Swindon a annoncé la fermeture de l’usine en février 2020. Depuis la fermeture, les représentants de l’industrie ont déclaré que jusqu’à un quart des travailleurs des concessions automobiles, soit 150 000 personnes au total, risquent de perdre leur emploi dans les mois à venir. Bentley a déclaré qu’ils vont licencier 1 000 des 4 200 travailleurs. Jaguar Land Rover, la plus grosse entreprise automobile de Grande-Bretagne prévoit de licencier jusqu’à 1 100 membres du personnel de ses agences sur un effectif total de 32 000 personnes au Royaume-Uni. À la mi-juin, les représentants de l’industrie ont déclaré que 25 000 emplois, soit un sixième de l’emploi total de l’industrie automobile, sont menacés. Un tiers des 150 000 personnes employées dans la construction automobile sont toujours en congé de maladie.

La situation est similaire dans l’industrie aĂ©rospatiale. La direction d’Airbus au Royaume-Uni s’est plainte du fait que les gouvernements français et allemand ont mobilisĂ© davantage de fonds pour soutenir leurs usines Airbus locales. 13 500 emplois dans l’industrie aĂ©rospatiale britannique sont dĂ©sormais menacĂ©s. Les petits fabricants de pièces dĂ©tachĂ©es pour l’aĂ©rospatiale licencient dĂ©jĂ , par exemple SPS dans les Midlands prĂ©voit 420 licenciements et Thompson Aero Seating en Irlande du Nord a menacĂ© de licencier 500 des 1 300 travailleurs. Au Royaume-Uni, 725 des 820 fournisseurs de l’industrie aĂ©rospatiale comptent moins de 50 employĂ©s, tandis que ceux qui comptent moins de 250 employĂ©s reprĂ©sentent un peu plus d’un tiers des 118 000 emplois de l’industrie. Le Royaume-Uni a dĂ©jĂ  perdu une bonne part du marchĂ© mondial de l’aĂ©rospatiale au cours des dernières annĂ©es, passant de la deuxième place après les États-Unis Ă  la troisième, derrière la France et Ă  peu près Ă  Ă©galitĂ© avec l’Allemagne. En mai, British Airlines a annoncĂ© qu’elle supprimait jusqu’à 12 000 emplois sur 42 000, invoquant le fait que la plupart des travailleurs sont mis Ă  pied et moins Ă  mĂŞme de rĂ©agir collectivement Ă  cette menace. Ryanair prĂ©voit Ă©galement de licencier jusqu’à 15 % de son personnel, tandis que Virgin Atlantic supprime environ un tiers de ses 10 000 employĂ©s.

Dans le secteur de la construction, plus de 470 projets d’infrastructure au Royaume-Uni, d’une valeur de 6 milliards de livres sterling, restent en suspens et le nombre de nouveaux contrats et d’appels d’offres dans le secteur a chuté en raison du

Covid-19. Dans l’ensemble, les travaux se sont arrĂŞtĂ©s sur 4 800 projets dans l’ensemble du secteur de la construction, soit environ la moitiĂ© des sites – les fermetures de sites ont souvent dĂ» ĂŞtre appliquĂ©es par les travailleurs eux-mĂŞmes. Le coup du Covid-19 va accĂ©lĂ©rer le processus de concentration dans l’industrie, un plus grand nombre de petites entreprises faisant faillite. En 2019, 368 entreprises du secteur ont dĂ©posĂ© leur bilan, contre 207 en 2016. Les promoteurs qui construisent jusqu’à 100 logements par an reprĂ©sentent environ 10 % de l’offre nouvelle, selon le Conseil national de la construction de logements, contre 40 % en 1988. Sur la mĂŞme pĂ©riode, le nombre de petits constructeurs est passĂ© de plus de 12 000 Ă  environ 2 000.

Seuls quelques secteurs ont connu un boom pendant la pĂ©riode de fermeture et sont susceptibles de se dĂ©velopper Ă  l’avenir. Par exemple, le volume du commerce Ă©lectronique en avril a reprĂ©sentĂ© 31 % des ventes au dĂ©tail, soit 16 % de plus que le mois prĂ©cĂ©dent. Les ventes d’épicerie en ligne ont presque doublĂ© pour atteindre 13 % du marchĂ©. Ocado, une entreprise de logistique d’épicerie en ligne, veut rĂ©unir un milliard de livres sterling pour des investissements dans des entrepĂ´ts et des vĂ©hicules. Segro, un dĂ©veloppeur d’entrepĂ´ts, prĂ©voit d’investir 650 millions de livres sterling.

3. L’impact sur les travailleurs

En mars 2020, l’État a lancĂ© le programme de « maintien de l’emploi coronavirus Â» (CJRS), qui permet aux entreprises de renvoyer les travailleurs chez eux, l’État payant 80 % de leur salaire habituel et les employeurs les 20 % restants. Selon les chiffres publiĂ©s par le gouvernement dĂ©but juin, environ 9,1 millions de travailleurs au Royaume-Uni ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de ce programme (le secteur privĂ© en emploie 27,3 millions), et 2,6 millions de personnes bĂ©nĂ©ficient d’une allocation similaire Ă  celle des travailleurs indĂ©pendants. Jusqu’à prĂ©sent, le rĂ©gime a coĂ»tĂ© Ă  l’État environ 29 milliards de livres sterling. Alors que le nombre de personnes mises Ă  pied est moindre dans les villes universitaires comme Oxford ou Cambridge, les zones industrielles comme Slough ou Birmingham ont vu le nombre le plus Ă©levĂ© de travailleurs locaux mis Ă  pied, soit plus d’un tiers. Sur le plan Ă©conomique, la crise de Covid-19 a frappĂ© les travailleuses plus durement que les hommes. Si la crise de 2008 a vu plus d’hommes perdre leur emploi, cette fois-ci, plus de femmes ont perdu leur emploi, en partie Ă  cause des types d’emplois touchĂ©s, ainsi que de la question de la garde des enfants, puisque les Ă©coles et deux tiers des crèches ont Ă©tĂ© fermĂ©es. De nombreuses familles de la classe ouvrière s’effondrent sous la pression supplĂ©mentaire de la fermeture du Covid-19 et les enfants en sont les premières victimes – le nombre d’enfants qui ont besoin d’être placĂ©s en famille d’accueil en raison de mauvais traitements ou de nĂ©gligence a augmentĂ© de 44 %.

Il est devenu assez rapidement évident qu’étant donné le nombre important de relations de travail flexibles, temporaires, indépendantes ou informelles au Royaume-Uni, de nombreuses personnes de la classe ouvrière passeraient entre les mailles du filet. Un rapport de la commission spéciale du Trésor a affirmé qu’un million de personnes ayant perdu leur emploi à cause de Covid-19 ne recevaient pas l’allocation d’État désignée, d’autres sources parlent de 3 millions. Un endettement supplémentaire de 6 milliards de livres sterling des ménages aggravera une crise existante.

Il y avait des diffĂ©rences matĂ©rielles au sein de la classe ouvrière en termes de qui pouvait travailler Ă  domicile et qui ne pouvait pas ou qui Ă©tait licenciĂ© et qui perdait son emploi sans bĂ©nĂ©ficier des allocations de l’État. Une autre ligne de fracture court, comme d’habitude, entre les segments locataires et propriĂ©taires de la classe. Comme au lendemain de la crise financière de 2008, l’État s’est assurĂ© de signaler aux membres de la classe ouvrière propriĂ©taires de leur logement qu’ils obtiendraient un « congĂ© hypothĂ©caire Â» si nĂ©cessaire, alors que les locataires n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une telle protection. 1,8 million de personnes ont profitĂ© d’un programme de congĂ© hypothĂ©caire de trois mois (un prĂŞt hypothĂ©caire sur six) et les remboursements sur 1,5 million de comptes de carte de crĂ©dit ont Ă©tĂ© suspendus. MĂŞme le Parti travailliste a rĂ©cemment Ă©dulcorĂ© son « opposition Â» Ă  la demande de protection des locataires. Leur politique est maintenant passĂ©e de la suspension du loyer au report du loyer. En avril, entre un quart et la moitiĂ© de tous les loyers rĂ©sidentiels n’ont pas Ă©tĂ© payĂ©s et la protection contre les expulsions que le gouvernement a mise en place prendra fin Ă  la fin aoĂ»t. Une augmentation des expulsions est Ă  prĂ©voir, Ă©galement en raison d’un arriĂ©rĂ© de commandes antĂ©rieures qui n’ont pas pu ĂŞtre traitĂ©es pendant le verrouillage.

L’argent du gouvernement a temporairement masquĂ© les fissures, car le rĂ©gime de congĂ©s a Ă©tĂ© fermĂ© aux nouvelles demandes le 10 juin et les employeurs devront payer progressivement plus pour les travailleurs en congĂ© du 1er aoĂ»t jusqu’à ce que le rĂ©gime expire en novembre 2020. Cela signifie que le nombre de suppressions d’emplois est susceptible d’augmenter Ă  partir de maintenant, car les patrons ne veulent pas payer la facture. Le nombre de personnes demandant le crĂ©dit universel (prestation de base pour les chĂ´meurs) a augmentĂ© de 856 000 Ă  2,1 millions en avril et Ă  2,8 millions en mai. L’administration publique n’est pas prĂŞte Ă  faire face Ă  une augmentation aussi importante, car les coupes gouvernementales au cours des dernières annĂ©es ont signifiĂ© que les dĂ©penses consacrĂ©es aux programmes d’emploi ne reprĂ©sentent que 200 millions de livres sterling, un quart de son niveau de 2016 et un sixième de son niveau avant la crise de 2008. Dans ce scĂ©nario, le nouveau secrĂ©taire au travail fantĂ´me et aux retraites du Labour, Jonathan Reynolds, a dĂ©clarĂ© que le système de protection sociale britannique avait besoin d’un lien plus fort entre « ce que vous mettez et ce que vous en retirez Â». Ceux qui ont apportĂ© « une plus grande contribution au système Â» devraient en recevoir davantage. Au moins, ils sont honnĂŞtes : dans une situation oĂą l’État ne peut pas satisfaire tout le monde, ils doivent appliquer la division pour rĂ©gner.

4. La réémergence de l’État et les illusions de gauche

DĂ©concertant beaucoup au sein de la gauche travailliste, le gouvernement conservateur a exercĂ© la fonction d’État capitaliste en temps de crise Ă©conomique en intervenant fortement dans l’économie nationale et le marchĂ© du travail. Ă€ la mi-mars, le gouvernement a annoncĂ© des prĂŞts garantis par l’État d’au moins 330 milliards de livres sterling pour soutenir les entreprises britanniques, ce qui reprĂ©senterait 15% du PIB. Cela a Ă©tĂ© rendu possible par la baisse des taux d’intĂ©rĂŞt de la banque centrale britannique de 0,75 Ă  0,1% en mars et par un assouplissement quantitatif (QE : achat de dettes, principalement des obligations d’État) de 645 milliards de livres. Un montant supplĂ©mentaire de 100 milliards de livres sterling a Ă©tĂ© annoncĂ© en juin. Nous pouvons voir que le montant d’argent QE jetĂ© sur le feu a augmentĂ© rĂ©gulièrement sans grand impact en termes de croissance Ă©conomique : en 2009 : 200 milliards de livres, en 2012 : 375 milliards de livres, en 2016 : 435 milliards de livres, en 2020 : 745 milliards de livres. La plus grande partie de l’argent gratuit a fini par alimenter la « chasse aux rendements Â» et la hausse des cours des actions. En mai, le Bureau de la responsabilitĂ© budgĂ©taire a Ă©tĂ© contraint de porter son estimation du coĂ»t pour l’état de la pandĂ©mie Ă  123,2 milliards de livres sterling, Ă  partir de son prĂ©cĂ©dent calcul de 103,7 milliards de livres. La dette du secteur public est Ă  son plus haut depuis 1963 : elle a dĂ©passĂ© pour la première fois 2 000 milliards de livres (25% de cette dette est dĂ©tenue Ă  l’étranger). Un ratio d’endettement du secteur public de 100% du PIB n’est pas exceptionnel. La France, l’Italie, les États-Unis et le Japon ont Ă©galement franchi cette barre. En juin, le gouvernement conservateur a promis de renflouer Tata Steel avec plusieurs centaines de millions de livres – la première fois depuis la privatisation de l’industrie sidĂ©rurgique britannique depuis 30 ans, l’État dĂ©tiendra Ă  nouveau des parts importantes dans l’industrie.

Une gauche qui pensait que la principale caractĂ©ristique dĂ©terminante de la politique de gauche Ă©tait l’intervention de l’État par opposition au libĂ©ralisme du marchĂ© Ă©tait stupĂ©faite. Sans surprise, la principale critique Ă©tait que l’État ne dĂ©pensait toujours pas assez et que les prĂŞts aux entreprises ne les atteignaient pas Ă  temps. Le fait que le secrĂ©taire Ă  la SantĂ© Matt Hancock ait pu annoncer en avril que 13,4 milliards de livres sterling de “ dette du NHS ’’ – un bilan interne entre les dĂ©partements d’État – seraient radiĂ©s, a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme la preuve que la dette n’a aucune importance et est devenu purement politique. Une des raisons de cette erreur de jugement est l’illusion Ă  gauche que l’économie nationale est en quelque sorte autonome (« pour un pays comme le Royaume-Uni, avec sa propre monnaie, ces craintes n’ont aucun sens Â» – Mason). Il existe suffisamment de preuves historiques que, Ă  long terme, l’inflation de la dette qui n’est pas couverte par une augmentation de la rentabilitĂ© conduit Ă  des crashs ou Ă  des programmes d’ajustement brutaux afin de les Ă©viter, par exemple pendant la crise de la livre sterling au milieu des annĂ©es 1970. Si nous regardons la balance commerciale – la quantitĂ© de marchandises qui doivent ĂŞtre importĂ©es et payĂ©es en fonction des taux de change internationaux – l’idĂ©e de « souverainetĂ© Â» due au fait d’avoir « votre propre monnaie Â» sent les illusions de l’Empire. Les commentateurs du secteur financier ont une vision plus rĂ©aliste Ă  ce sujet :

« Au cours des quatre annĂ©es qui se sont Ă©coulĂ©es depuis que le Royaume-Uni a votĂ© en faveur de la sortie de l’UE, les conditions commerciales de la livre et les fortes fluctuations des taux de change en font une meilleure correspondance avec le peso mexicain qu’avec le dollar amĂ©ricain, a dĂ©clarĂ© Kamal Sharma, analyste de devises chez BofA. ” La livre n’a pas retrouvĂ© son niveau d’avant que le Royaume-Uni ne vote pour quitter le bloc, perdant environ un cinquième de sa valeur. Et depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie, la livre sterling a bougĂ© violemment. Au plus fort de la crise, les investisseurs se prĂ©paraient Ă  des fluctuations si importantes de la livre que seul le real brĂ©silien a connu une augmentation plus importante de la volatilitĂ© implicite. Â»

(Financial Times, 24 juin 2020)

Ă€ long terme, l’impression de monnaie ou l’annulation de la dette entraĂ®nera une dĂ©valuation de la livre et une hausse des prix des produits de base importĂ©s, en premier lieu les produits alimentaires et manufacturĂ©s. Bien que cela ne frappe pas le Royaume-Uni aussi vite et durement que d’autres pays, nous pouvons voir l’impact de l’illusion de « l’argent gratuit Â» dans des pays comme le Liban, oĂą l’augmentation de la dette s’est traduite plus immĂ©diatement par des hausses de prix massives et un appauvrissement de la classe ouvrière. Il semble qu’une vision internationaliste ne soit pas le point fort de la social-dĂ©mocratie !

Il y a bien sĂ»r une lutte politique et bien sĂ»r le gouvernement essaiera de « faire payer la crise Ă  la classe ouvrière Â». Nous pouvons voir que dĂ©jĂ  lorsque le gouvernement conservateur a annoncĂ© Ă  la mi-juin qu’il pourrait briser le “ triple verrou ’’ sur les retraites – la rupture d’un vĂ©ritable tabou – Ă©tant donnĂ© la probabilitĂ© que la dette de l’État passe de son niveau actuel de 80% Ă  100 % du fait de la crise actuelle. Le “ triple verrouillage ’’ signifie que les pensions doivent augmenter avec les salaires, l’inflation ou un minimum de 2,5% par an et c’était le principal vainqueur du vote “ gris ’’ des conservateurs depuis son introduction en 2010. Ă€ Londres, le maire a acceptĂ© de supprimer le transport gratuit pour les enfants et d’augmenter le pĂ©age urbain de 30% en Ă©change d’un renflouement gouvernemental de 1,6 milliard de livres sterling. Il y a une lutte politique, mais le slogan de gauche « qui paiera pour la crise Â» est trompeur. La classe ouvrière n’a pas l’argent pour payer et contrer le manque de rentabilitĂ©. Il ne suffirait pas non plus de « taxer les riches Â». La crise ne peut ĂŞtre rĂ©solue par la redistribution, ni de haut en bas, ni l’inverse. Des changements beaucoup plus fondamentaux dans le processus de production sociale actuel – le processus d’exploitation – seraient nĂ©cessaires.

La gauche Ă©tatiste doit faire paraĂ®tre les mesures Ă©tatiques omnipotentes et sous-estime ainsi l’ampleur de la crise du capital mondial. Le gouvernement conservateur semble plus rĂ©aliste, sachant qu’il va falloir toucher la vache sacrĂ©e des retraites. Ils conseillent Ă©galement dĂ©sormais aux autoritĂ©s locales de prendre du recul par rapport Ă  la principale machine Ă  gagner de l’argent des dernières dĂ©cennies – la bulle immobilière. En juin, le TrĂ©sor a annoncĂ© qu’il interdisait aux autoritĂ©s locales d’acheter des immeubles de placement, après une frĂ©nĂ©sie de dĂ©penses de près de 7 milliards de livres sterling au cours des trois dernières annĂ©es, soit une multiplication par 14 par rapport aux trois annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Des dizaines de conseils locaux font l’objet d’enquĂŞtes après avoir utilisĂ© des prĂŞts Ă  faible coĂ»t du gouvernement central pour acheter des immeubles de placement Ă  des fins de revenus locatifs afin de se protĂ©ger des coupes budgĂ©taires importantes. Le gouvernement central craint que les conseils soient trop exposĂ©s, car une grave rĂ©cession dans le secteur immobilier est probable. Liverpool a Ă©tĂ© l’une des premières villes Ă  demander au gouvernement de venir Ă  sa rescousse et de soutenir un plan de relance Ă©conomique du au coronavirus de 1,4 milliard de livres sterling, pour Ă©viter une rĂ©pĂ©tition des difficultĂ©s vĂ©cues dans les annĂ©es 1980.

Dans les mois Ă  venir, la question sera de savoir si l’État peut trouver des outils financiers et politiques pour imposer un retour Ă  la “ discipline sociale ’’ (“ la règle de la loi de la valeur ’’) et pour s’assurer que le crĂ©dit est Ă  nouveau plus Ă©troitement liĂ© Ă  l’espĂ©rance de profits futurs (Ă  plus court terme), plutĂ´t que de se transformer en une ligne de vie Ă©ternelle. Jusqu’à prĂ©sent, l’argent du gouvernement et de l’État aide Ă  traĂ®ner les locataires indisciplinĂ©s, les pauvres payeurs d’hypothèques, les dĂ©panneurs mal gĂ©rĂ©s, les entreprises non rentables, les patrons qui refusent d’investir et les banques non viables Ă  travers la crise. Le dĂ©fi pour l’État est de faire le tri parmi les pommes pourries et de rĂ©affirmer que « le travail acharnĂ© et les investissements valent quelque chose Â» et que la confiance dans la valeur de l’argent en tant qu’équivalent de la performance Ă©conomique rĂ©elle est rĂ©tablie. Sinon, ils courent le risque d’une rĂ©action en chaĂ®ne causĂ©e par des unitĂ©s privĂ©es ou commerciales dĂ©faillantes.

La classe politique voit que la “redistribution” ne suffira pas et que le tissu productif – le processus d’exploitation – doit ĂŞtre modifiĂ©. LĂ  encore, nous pouvons voir que la forme globale du capital s’impose Ă  la politique de l’État-nation.

5. Le dilemme de Huawei

Comme dans la plupart des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es « occidentales Â», le faible taux de rentabilitĂ© au Royaume-Uni signifie que les investissements productifs sont Ă  un niveau historiquement bas, les entreprises mettent leurs liquiditĂ©s en banque et dĂ©pendent plutĂ´t de bas salaires et d’investissements spĂ©culatifs, tandis que la productivitĂ© diminue. Au Royaume-Uni, la croissance annuelle de la production pour chaque heure travaillĂ©e est passĂ©e de 2,2% entre 2000 et 2007 Ă  0,5% entre 2010 et 2017. Dans le mĂŞme temps, les entreprises britanniques dĂ©tiennent près de 700 milliards de livres sterling inutilisĂ©s sur leurs comptes bancaires et versent des sommes record aux actionnaires.

Dans la phase actuelle, la restructuration matĂ©rielle du processus de production est un problème mondial. Des dĂ©cennies de « dĂ©sindustrialisation Â» – en tant qu’attaque contre le militantisme de la classe ouvrière et les faibles taux de profit – ont entraĂ®nĂ© un Ă©puisement des connaissances productives et des infrastructures au Royaume-Uni. Les retards dĂ©sastreux de projets comme le train Ă  grande vitesse HS2 ou les projets de centrales nuclĂ©aires le dĂ©montrent. L’industrie manufacturière britannique est de plus en plus dĂ©pendante des Ă©changes mondiaux, en particulier avec les pays de l’UE, les États-Unis et la Chine. La crise mondiale de 2008 a aggravĂ© les tensions entre ces trois blocs de puissance Ă©conomique et le Royaume-Uni est prisonnier d’une situation difficile. Le Brexit rendant les relations commerciales avec l’UE plus difficiles, la dĂ©pendance Ă  l’égard de la Chine s’est aggravĂ©e. Après l’Allemagne, la Chine est la principale source d’importations – et l’ancien Premier ministre britannique Cameron tente toujours de crĂ©er un fonds d’investissement chinois d’un milliard de livres sterling, en utilisant ses anciennes relations politiques. Le diffĂ©rend actuel avec le gouvernement amĂ©ricain sur les investissements de Huawei 5G au Royaume-Uni et la dĂ©pendance Ă  l’égard des produits mĂ©dicaux importĂ©s pendant la crise de Covid-19 sont de bons exemples du dilemme.

Afin d’étendre le rĂ©seau 5G, qui est essentiel pour pouvoir ĂŞtre compĂ©titif sur le marchĂ© mondial, le Royaume-Uni s’est appuyĂ© sur la sociĂ©tĂ© chinoise Huawei pour fournir la technologie. Le gouvernement amĂ©ricain s’y est opposĂ©. DĂ©but 2020, Trump a menacĂ© de restreindre l’accès du Royaume-Uni au système de renseignement Five Eyes – un projet des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-ZĂ©lande visant Ă  dĂ©velopper une technologie 5G indĂ©pendante. Le problème est que le Royaume-Uni ne dĂ©pend pas seulement de la Chine en matière de technologie de communication. L’État chinois a rĂ©agi Ă  l’éventuelle interdiction de Huawei en remettant en question son soutien Ă  la construction de centrales nuclĂ©aires au Royaume-Uni. Le gouvernement britannique a choisi de limiter Huawei Ă  35% de l’investissement total dans la 5G, au lieu d’opter pour une interdiction complète. British Telecom a dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ© qu’il en coĂ»terait Ă  l’entreprise 500 millions de livres sterling pour se conformer au plafond de 35% du gouvernement, et Vodafone a dĂ©clarĂ© que cela leur coĂ»terait des milliards si une interdiction totale Ă©tait imposĂ©e.

L’annonce que Huawei investira 1 milliard de livres sterling dans une usine de semi-conducteurs près de Cambridge a dĂ©clenchĂ© un mĂ©contentement supplĂ©mentaire parmi les responsables amĂ©ricains – mais les mendiants ne peuvent pas choisir, alors l’administration britannique a donnĂ© le feu vert Ă  Huawei. Les problèmes liĂ©s aux investissements dans les infrastructures s’étendent Ă  l’espace. En juin, le gouvernement a annoncĂ© qu’il mettrait au rebut un projet d’investissement de 5 milliards de livres sterling dans un système souverain de navigation par satellite. Le système Ă©tait censĂ© ĂŞtre une alternative au système Galileo de l’UE, auquel le Royaume-Uni perdra l’accès après le Brexit. Le gouvernement envisage de renflouer la sociĂ©tĂ© de technologie OneWeb avec 500 millions de livres sterling, qui possède 74 satellites, afin de dĂ©velopper une version moins chère du projet initial. Cela plaira Ă©galement Ă  l’État amĂ©ricain, car les satellites OneWeb sont fabriquĂ©s en Floride. Ă€ plus petite Ă©chelle, la capacitĂ© limitĂ©e de l’industrie technologique britannique s’est rĂ©vĂ©lĂ©e lorsque le gouvernement a dĂ» abandonner en juin une application de traçage Covid-19 « NHS Â» dĂ©veloppĂ©e au pays et s’appuyer sur la technologie Google et Apple.

La crise de Covid-19 a aggravĂ© le problème de l’infrastructure de production nationale et l’a rendu plus visible car il y avait un manque apparent d’équipement de protection, de vaccins et de certains produits chimiques, par exemple. Entre 80 et 90% de l’offre britannique de mĂ©dicaments gĂ©nĂ©riques sont importĂ©s. Le gouvernement britannique a mis en place « Project Defend Â» – un exercice interne visant Ă  rĂ©organiser la fabrication et les chaĂ®nes d’approvisionnement internationales. Au printemps 2020, les mĂ©dias ont rapportĂ© que le secrĂ©taire au commerce international explorait la possibilitĂ© d’un accord de libre-Ă©change avec l’Inde. Le leader travailliste Starmer s’est Ă©galement ralliĂ© au gouvernement Modi en mai en dĂ©nonçant l’indĂ©pendance du Cachemire – plutĂ´t qu’une position “ anti-musulmane ’’, cela doit ĂŞtre vu dans le contexte de la politique commerciale internationale : en juin, le Cachemire et la rĂ©gion frontalière Ă©largie se sont transformĂ©s en une rĂ©gion de guerre potentielle par procuration entre les blocs Chine / Pakistan et Etats-Unis / Inde. Au Royaume-Uni, la proclamation de “mesures protectionnistes” sera officialisĂ©e au plus tard cet Ă©tĂ© par un projet de loi sur la sĂ©curitĂ© nationale et l’investissement (NSI), qui donne au gouvernement le droit de limiter les prises de contrĂ´le Ă©trangères dans certains secteurs “essentiels” en lien avec l’épidĂ©mie de Covid-19.

Le « projet Defend Â» dans son ensemble est un peu une blague si nous voyons que grâce au Brexit, le Royaume-Uni a des problèmes logistiques majeurs pour organiser les importations de produits alimentaires via les ports et pour organiser les rĂ©coltes nationales en raison du manque de main-d’œuvre. Michael Gove, le ministre du Cabinet Office, a rĂ©itĂ©rĂ© en fĂ©vrier qu’une frontière douanière, TVA et rĂ©glementaire complète serait appliquĂ©e. Cela signifie qu’à Douvres seulement, qui traite 10 000 camions par jour aux heures de pointe, 200 millions d’actes administratifs supplĂ©mentaires devront ĂŞtre accomplis chaque annĂ©e. Il n’y a physiquement pas de place pour des contrĂ´les supplĂ©mentaires Ă  Douvres et Folkestone (Eurotunnel). De nouveaux points de contrĂ´le devront ĂŞtre construits Ă  20 miles de Douvres. Il en sera de mĂŞme pour les contrĂ´les routiers en provenance d’Irlande du Nord. L’industrie se plaint que le gouvernement n’a toujours pas de plan officiel sur la façon dont il compte rĂ©organiser cette infrastructure.

Dans l’intervalle, les entreprises agricoles locales souffrent de pĂ©nuries de main-d’œuvre en raison de Covid-19, qui peut ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme un prĂ©curseur de problèmes qui s’aggraveront avec le Brexit. L’agriculture britannique dĂ©pend de 70 000 Ă  80 000 travailleurs saisonniers migrants. Cette annĂ©e, la part des « travailleurs domestiques Â» est passĂ©e de 1 1% Ă  20-30%, mais de nombreux agriculteurs n’étaient pas très satisfaits : le prix de la main d’oeuvre a doublĂ© et la productivitĂ© des travailleurs locaux Ă©tait infĂ©rieure de 30%. Les salaires ont dĂ» ĂŞtre augmentĂ©s – ce qui est important Ă©tant donnĂ© que la main-d’œuvre peut reprĂ©senter jusqu’à 70% des coĂ»ts d’une exploitation, selon l’Union nationale des agriculteurs. Le gouvernement est conscient du problème et, malgrĂ© tous les discours sur la « souverainetĂ© nationale Â», a mis en Ĺ“uvre un programme de migration qui a donnĂ© Ă  10 000 travailleurs agricoles temporaires non europĂ©ens l’autorisation de travailler au Royaume-Uni. Ă€ l’instar de la situation avec Huawei, le secteur agricole est coincĂ© entre les grands blocs Ă©conomiques mondiaux : le Brexit signifie une main-d’œuvre moins bon marchĂ© et un accès plus coĂ»teux au marchĂ© de l’UE, ce qui pourrait contraindre le Royaume-Uni Ă  conclure un accord commercial avec les États-Unis, dont les exportations agricoles vers le Royaume-Uni sont au cĹ“ur de l’accord en question. Cela entraĂ®nerait la mort de quelques exploitations agricoles britanniques supplĂ©mentaires, car les coĂ»ts de production de la viande de porc aux États-Unis sont environ deux fois moins Ă©levĂ©s qu’au Royaume-Uni.

Ce sont lĂ  quelques-uns des problèmes liĂ©s Ă  la restructuration du système productif, de la circulation et du marchĂ© du travail. Le Brexit et le fait que la rĂ©cession post-Covid-19 compromettra la stabilitĂ© de la zone euro pousseront le gouvernement britannique Ă  plus de dĂ©pendance Ă©conomique Ă  l’égard de la Chine et Ă  une dĂ©pendance politique accrue Ă  l’égard des États-Unis. La dĂ©pendance Ă  l’égard des États-Unis sera affichĂ©e et reformulĂ©e par la droite du gouvernement britannique comme une alliance volontaire de forces politiques, qui valorisent la “ souverainetĂ© ’’ et sont du mĂŞme cĂ´tĂ© de la “ guerre culturelle ’’ contre “ l’élite libĂ©rale ’’ .

6. La fin de la mania Travailliste 

La gauche travailliste qui portait le soi-disant projet Corbyn a reçu un double coup pendant la crise de Covid-19 Ă  travers l’élection du candidat de centre-gauche Keir Starmer et la gestion de crise interventionniste Ă©tatique des conservateurs. Beaucoup ont commentĂ© que Starmer a principalement gagnĂ© parce qu’il ressemble Ă  quelqu’un qui peut gagner (un homme, un monsieur, une profession juridique, parlant sans trop en dire). Un autre facteur aurait pu ĂŞtre que beaucoup Ă  gauche Ă©taient mĂ©contents de la clique stalinienne autour de la candidate de gauche Rebecca Long-Bailey et espĂ©raient que Starmer permettrait « plus de dĂ©mocratie Â» au sein du parti, ce qui comprend le maintien du parti ouvert pour l’aile libĂ©rale du reste. Le coup final pour la gauche travailliste est venu lorsque Starmer a limogĂ© Long-Bailey du cabinet fantĂ´me fin juin – fin de l’histoire.

Il est clair qu’avec Starmer, la politique « socialiste dĂ©mocratique Â» telle qu’envisagĂ©e par le projet Corbyn est terminĂ©e pour l’instant. Il n’est donc pas Ă©tonnant que la mainmise future sur Momentum, la machine de campagne Ă©lectorale du Parti travailliste, soit dĂ©sormais devenue le principal champ de lutte de la gauche parlementaire socialiste. Diverses factions se sont formĂ©es (Forward Momentum, Momentum Renewal, Labour Transformed, Momentum Internationalists, etc.), se disputant le leadership officiel. Alors que toutes les factions se contentent de « d’organiser la classe ouvrière Â» du bout des lèvres, la plus grande partie de l’énergie est encore consacrĂ©e Ă  lutter pour la direction d’une organisation dont le but – l’élection d’un parti socialiste – a Ă©tĂ© perdu. Le nombre de membres du Parti travailliste a considĂ©rablement diminuĂ© ces derniers mois. Pour nous, la question est de savoir si les Ă©lĂ©ments les plus radicaux et de la classe ouvrière seront dĂ©moralisĂ©s davantage, ou si un dĂ©bat collectif de rĂ©orientation Ă©mergera.

7. La lutte des travailleurs et leur représentation

Les mĂ©dias rapportent un certain « retour Â» syndical, mais ils fondent leur affirmation non pas sur une augmentation de l’activitĂ© syndicale, mais sur une lĂ©gère augmentation des effectifs syndicaux. Le nombre de syndiquĂ©s a augmentĂ© de 91 000 par rapport Ă  2018 Ă  6,44 millions en 2019, la troisième annĂ©e consĂ©cutive d’augmentation après la chute Ă  6,23 millions en 2016. La proportion d’employĂ©s syndiquĂ©s a Ă©galement lĂ©gèrement augmentĂ© Ă  23,5% en 2019, contre 23,4% un an plus tĂ´t et par rapport au creux de 23,3% en 2017.

Plus important encore, pour le « retour Â» proclamĂ©, il y avait l’influence de certains syndicats sur l’élection des candidats du Parti travailliste. C’est un facteur gĂ©nĂ©ral et plus significatif. Les syndicats ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme des partenaires lorsqu’il s’agissait de gĂ©rer le verrouillage du Covid-19. Le TUC a informĂ© le gouvernement du système de congĂ© et du processus de retour au travail. En Ă©change de la cogestion, divers syndicats ont annulĂ© les actions collectives ou les scrutins prĂ©vus pendant Covid-19, par exemple le CWU Ă  Royal Mail, le RMT au mĂ©tro de Londres et UNISON Ă  Tower Hamlets. Dans le cas du CWU, la direction a remerciĂ© le syndicat pour son approche rĂ©flĂ©chie en annonçant 2 000 suppressions d’emplois un mois plus tard.

Les syndicats reviennent également sous les projecteurs publics en ce qui concerne la prochaine vague de suppressions d’emplois. Malheureusement, et systématiquement déterminé par le caractère national des syndicats, il y a eu peu d’efforts de coordination internationale. Par exemple, alors que Unite the Union a pleuré à propos de la fermeture de l’usine Honda à Swindon, ils n’ont annoncé aucune action de solidarité chez Nissan Sunderland pour les travailleurs de Nissan à Barcelone qui luttent contre la fermeture là-bas. Nous avons déjà écrit à propos des réunions syndicales concernant les licenciements à Heathrow. [2]

Hormis un tas d’initiatives syndicales plus petites (UVW, IWGB), la principale activitĂ© que nous avons vue rĂ©cemment Ă©tait dans le secteur de l’éducation et en marge de Royal Mail. Pendant le verrouillage, plus de 10 000 enseignants se sont rĂ©unis lors d’une rĂ©union Zoom pour dĂ©battre du retour au travail et des amis ont rapportĂ© que 2 000 personnes se sont manifestĂ©es pour assumer les rĂ´les de dĂ©lĂ©guĂ©s. Le syndicat ne s’est pas opposĂ© activement au processus de rĂ©ouverture des Ă©coles, Ă  l’exception de quelques initiatives de pĂ©tition auprès des autoritĂ©s locales. Les enseignants occasionnels de l’universitĂ© Goldsmiths ont pris des mesures officieuses de “work to rule” en rĂ©ponse au refus de la direction de prolonger leurs contrats afin de pouvoir bĂ©nĂ©ficier du rĂ©gime de mise Ă  pied. En raison de la proportion importante d’étudiants Ă©trangers, les universitĂ©s du Royaume-Uni sont durement touchĂ©es par la pandĂ©mie mondiale.

Dans le secteur des transports, certains travailleurs ont pris des mesures indĂ©pendantes contre un abaissement prĂ©maturĂ© des règles de distanciation sociale dans le mĂ©tro de Londres, mais cela est restĂ© un effort non officiel et minoritaire. Les chauffeurs de bus londoniens ont fait pression sur la direction pour que la porte d’entrĂ©e principale reste fermĂ©e pendant le confinement. DĂ©but juin, les postiers de Royal Mail du dĂ©pĂ´t de Bridgewater ont entamĂ© une grève sauvage contre les tactiques rĂ©pressives de la direction contre le syndicat. Une autre initiative de base plus importante a Ă©tĂ© menĂ©e par un groupe de travailleurs de la construction et de militants pour « fermer les sites Â» – le nombre Ă©levĂ© de victimes de Corona dans le secteur de la construction est une triste preuve de l’importance de cette campagne.

Dans l’ensemble, il n’y a eu que quelques grèves sauvages ouvertes pendant le confinement, en particulier parmi les travailleurs de la transformation de la viande plus qualifiĂ©s, mais pas dans la mesure oĂą nous l’avons vu aux États-Unis – mĂŞme si nous ne voulons pas nous fier aux mĂ©dias grand public, lorsqu’il s’agit d’évaluer la rĂ©ponse des travailleurs Ă  la crise. Nous prĂ©voyons une sĂ©rie d’entretiens avec des travailleurs sur l’impact de la crise de Covid-19 sur les conditions et les potentiels de lutte collective. En tant que rĂ©seau, nous avons Ă©tĂ© en contact et avons soutenu une quarantaine de travailleurs de Pizza Hut qui ont perdu leur emploi et leur salaire après la fermeture de six succursales. Les travailleurs ont exercĂ© une pression (physique) sur leur ancien patron et après quelques piquets de grève, Pizza Hut UK a payĂ© Ă  la plupart des travailleurs une partie de leur salaire manquant et certains ont ensuite Ă©tĂ© congĂ©diĂ©s. Des groupes d’entraide locaux, qui relèvent plutĂ´t d’un sentiment de charitĂ©, ont offert de soutenir les travailleurs en difficultĂ©. Nous avons Ă©galement Ă©tĂ© en contact avec deux groupes de chauffeurs Amazon sur diffĂ©rents sites, qui ont tous deux signalĂ© une augmentation de la charge de travail et dĂ©clarĂ© qu’une partie importante des 200 chauffeurs prĂ©sents sur leurs sites serait prĂŞt Ă  prendre des mesures. Les choses se prĂ©parent.

Dans les mois Ă  venir, nous verrons deux tendances contradictoires crĂ©er une tension croissante autour de la question du salaire. D’une part, les travailleurs Ă  bas salaires des « industries essentielles Â» sortiront du confinement de Covid-19 avec peut-ĂŞtre plus de confiance, car ils ont constatĂ© Ă  quel point la sociĂ©tĂ© est dĂ©pendante de leur travail. En revanche, l’augmentation du chĂ´mage aidera gĂ©nĂ©ralement les patrons Ă  exercer une pression supplĂ©mentaire sur les salaires. En tant que communistes de la classe ouvrière, nous devons comprendre les expĂ©riences rĂ©elles et les changements de pouvoir sur les lieux de travail pendant le confinement et pendant le processus de sa levĂ©e.

8. Le mouvement contre la violence policière raciste

Il y a eu plusieurs grandes manifestations au Royaume-Uni dont la gauche officielle Ă©tait largement absente. Les marches au moins Ă  Londres et Ă  Bristol Ă©taient dominĂ©es par de jeunes gens de la classe ouvrière avec des pancartes faites par eux-mĂŞmes qui Ă©taient Ă©galement prĂŞts pour plus que la manifestation habituelle. La destruction d’une statue d’un marchand d’esclaves est devenue le centre de la guerre culturelle, Keir Starmer a montrĂ© sa flexibilitĂ© d’homme d’État en condamnant Ă  la fois la nature criminelle des manifestants et en s’agenouillant de manière performative pour « l’égalitĂ© raciale Â».

L’élite politique, les reprĂ©sentants Ă©conomiques (Financial Times, The Economist, la direction d’Amazone) et certains reprĂ©sentants autoproclamĂ©s du mouvement veulent le rĂ©duire Ă  la question de « l’égalitĂ© raciale Â», en l’isolant de son contenu de classe sous-jacent. Ă€ Leeds, il y a eu des rivalitĂ©s entre diffĂ©rents “ dirigeants ’’ du mouvement et lorsqu’une organisation fasciste a appelĂ© Ă  des manifestations Ă  Londres pour dĂ©fendre la statue de Churchill, la “ direction du BLM ’’ a rĂ©ussi Ă  annuler la marche prĂ©vue contre la violence policière raciste afin d’éviter des affrontements. Plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient assistĂ© aux marches prĂ©cĂ©dentes, il aurait donc Ă©tĂ© relativement facile de dĂ©passer en nombre l’extrĂŞme droite. En fin de compte, un petit groupe de quelques centaines de jeunes noirs et blancs de la classe ouvrière s’est confrontĂ© Ă  l’extrĂŞme droite.

Il semble difficile d’éviter Ă  la fois le piège de l ’« exceptionnalisme noir Â» dans lequel les dirigeants veulent contenir ou reprĂ©senter le mouvement et le piège des slogans vides en rĂ©fĂ©rence Ă  la « classe ouvrière unie Â». Notre vision des problèmes de la classe ouvrière est largement dominĂ©e par les secteurs et les rĂ©gions oĂą la classe ouvrière est très mĂ©langĂ©e et oĂą l’extrĂŞme droite et la politique raciste organisĂ©e ont peu d’influence. Nous avons besoin du dĂ©bat avec les camarades du Royaume-Uni pour avoir une image plus claire de la situation, car nous rĂ©alisons que ce n’est peut-ĂŞtre pas le cas partout.

9. Nos projets

Le moment actuel a besoin d’une immersion plus profonde de la politique rĂ©volutionnaire dans les luttes quotidiennes locales de la classe ouvrière et en mĂŞme temps d’un dĂ©bat central de l’image globale plus large. De nombreuses forces – de la routine quotidienne aux faux modèles Ă  gauche – ont tendance Ă  dĂ©chirer ces deux cĂ´tĂ©s. Nous devons les lier par une politique d’enquĂŞte ouvrière : nous avons besoin du dĂ©bat commun Ă  l’échelle du Royaume-Uni et au niveau international pour saisir les principales tendances de la lutte des classes et vĂ©rifier et dĂ©velopper davantage ces idĂ©es en les confrontant aux conditions locales de lutte par un engagement pratique.

Nous pensons que dans les mois Ă  venir, il y aura une pression accrue sur les salaires, tant par le bas que par le haut. Les travailleurs essentiels et Ă  bas salaire sortiront du verrouillage enhardis, car ils ont vu Ă  quel point la sociĂ©tĂ© et les entreprises sont dĂ©pendantes de leur travail autrement invisible. Cette pression d’en bas est contrĂ©e par la pression d’en haut Ă  travers la montĂ©e du chĂ´mage et les tentatives des patrons d’utiliser la crise en leur faveur – voir, par exemple, les plans de suppression d’emplois de British Airways. Nous voulons comprendre en dĂ©tail comment les relations de pouvoir au travail ont changĂ© pendant le confinement. Ă€ cette fin, nous commencerons une sĂ©rie d’entretiens avec des travailleurs de divers secteurs – nous essaierons de partager le rĂ©sultat de ces entretiens avec des travailleurs de nos localitĂ©s.

Pendant le confinement, nous avons essayĂ© d’élargir le dĂ©bat sur un vaste rĂ©seau britannique d’initiatives locales de la classe ouvrière et de stratĂ©gie rĂ©volutionnaire. Certaines de nos discussions et projets pour une confĂ©rence en novembre sont documentĂ©s ici :

http://www.letsgetrooted.wordpress.com

Si vous souhaitez participer au processus, veuillez nous envoyer un message :

letsgetrooted chez protonmail.com

[1] https://angryworkersworld.wordpress…

https://angryworkersworld.wordpress…

[2] https://angryworkersworld.wordpress…


Article publié le 03 AoĂ»t 2020 sur Oclibertaire.lautre.net