Dans la lagune de Venise, l’eau devient plus limpide. On aperçoit les poissons. Mais le retour des dauphins n’est qu’un rêve. Pas encore de dauphins dans la lagune de Venise…

Vous êtes les plus forts. Les destructeurs de la planète, de la vie, des vies, que ce soit par la destruction des corps ou par la soumission des libertés de vivre à un ordre économique qui est le vôtre, celui de l’intérêt exclusif et despotique de votre caste, la caste des serviteurs des intérêts économiques. Vous les évoquez comme une évidence, un mantra, ce qu’on ne peut pas remettre en cause. Vous habillez vos meurtres, vos violations , vos orgies, vos obscénités de cette fable.

Vous êtes les plus forts. Ce qui ne vous donne aucune légitimité.
Vous avez inventé la « loi du plus fort » pour justifier vos crimes.
Vous êtes les plus forts comme le violeur est le plus fort. Comme l’assassin est le plus fort.

Et on a peur de vous. De votre pouvoir qui tue.

Il tue aujourd’hui par milliers, tous les jours dans les hôpitaux détruits par les vols successifs de votre caste piochant à pleine main dans les biens de notre civilisation, du soin, de la santé, de la science. Comme des porcs en guerre, vous pillez notre hôpital, impunément, grossièrement, pour « maîtriser les dépenses de santé ». Vous ne prenez même plus soin de construire vos mensonges afin de les rendre présentables. Que l’ « économie » soit vouée à améliorer la qualité de vie n’est même plus un mensonge que vous vous fatiguez à faire. Plus de justification nécessaire. C’est une croyance, une religion, ce dont on ne peut pas parler.
« Maîtriser les dépenses de santé », ça veut dire mettre des vies en danger, aujourd’hui, laisser mourir, pour que les « riches » restent riches, puissent encore, sur nos tombes et sur l’asphixie de la planète, danser leur danse de mort.
Pour imposer la réforme des retraites, « rétablir l’équilibre budgétaire » était le mantra de non retour récité pas les serviteurs de la grosse machine à broyer des vies pour faire de l’argent. Travailler vieux et mourir tôt. Là encore, un mensonge qui foudroie des vies, des corps. Non, il ne s’agit pas de rétablir un équilibre (quel équilibre?), mais de pouvoir continuer à s’enrichir, à voler, à piller. Et même si on faisait semblant de vous croire, vous qui mentez si mal, bien que ce soit votre métier, la réalité c’est qu’un équilibre budgétaire qui fout des vies en l’air, on en a rien à foutre. Si l’équilibre budgétaire tue, c’est que c’est nuisible un équilibre budgétaire.

Votre grosse machine morbide, votre système économique, vous avez besoin de nous pour la remettre en marche, et nous ne voulons pas la remettre en marche. Nous voulons arrêter. Respirer. Que le monde respire.

Alors oui on a peur de vous, mais contrairement à ce qu’écrivait Hobbes, ce n’est pas rendre honneur à votre puissance. On a peur de votre pouvoir.
Comme on a peur du chien qui bave et qui mord.
Plus fort que nous.

On a peur de votre infinie cupidité, de votre bêtise arrogante, de votre ignorance. On a peur de tout ce dont vous êtes fiers et de tout ce pour quoi on vous méprise.

On sait ce dont vous êtes capables.

Vous êtes les mêmes que les bouchers qui envoyaient il y a un siècle les enfants de 16, 17 ans se faire tuer dans l’horreur des tranchées.
Les mêmes qui vendent les armes pour que les massacres se perpétuent dans les pays où vous n’habitez pas.
Les mêmes qui invitez au viol comme arme de guerre.
Les mêmes qui rendez hommage dans les salles feutrées à un violeur d’enfant.
Les mêmes qui ont transporté dans leurs bateaux des africains qui traversaient la mort, la perte abyssale de leur humanité, l’au-delà de la terreur. Très lucratif. Très bon pour l’économie.
Les mêmes qui racontent les contes sales qui constituent la force de leur domination, la débilité des femmes, des noirs, des pauvres. Sexisme, racisme, classisme, ce sur quoi votre pouvoir a été construit. Haine de tout ce qui n’entre pas dans le paradigme étroit du mâle dominant occidental.
Que des femmes ou des noirs correspondent à ce paradigme et aient le « droit » aujourd’hui de jouer avec vous à vos jeux de terreur, dont vous continuez d’imposer les règles, n’y changent fondamentalement rien.
Les mêmes qui laissent mourir de faim des millions d’enfants et d’adultes chaque année, au nom de leurs intérêts économiques.
Les mêmes qui tirent sur la foule en colère, infirmères, enseignants, qui veulent juste vivre décemment.
Les mêmes qui ignorent toute décence et tout dignité, chez eux comme chez les autres, soumis à une seule règle, celle de la domination.
Les mêmes qui aujourd’hui laissent se propager un virus par crainte de nuire aux intérêts économiques.
Les mêmes qui ne savent rien de ce qui fait prendre soin de la vie.

On a peur de vous comme on a peur de la bêtise qui tue.

Aucun respect pour vous. Surtout pas.
Vous êtes le contraire du respectable.
Vous êtes l’ennui et la mort.

Et on n’a pas besoin de vous. Juste nuisibles, pire qu’inutiles.

Aujourd’hui, toutes les décisions que vous avez prises face à l’épidémie n’ont fait que freiner le travail des médecins. On a besoin des médecins. De leurs savoirs. Pas de vous. Vous êtes des boulets.

Alors oui, on rêve d’un monde débarassé de la gangrène que vous êtes, un monde sans vous et libéré de vos « intérêts économiques », un monde où les dauphins viendront nager dans la lagune de Venise.


Article publié le 29 Mar 2020 sur Monde-libertaire.fr