Que la grève soit sauvage !!

Constats

Le mouvement des GJ nous a appris bien des choses en un an. Une des plus importantes peut être, c’est d’avoir instauré à large échelle l’action directe et notamment la manif sauvage. Fini les défilés bien ordonnés avec drapeaux de partis et de syndicats en tête. Ces défilés bien rangés, l’État et les patrons les regardent en rigolant… Même pas un coup de semonce et hop ! À 16h, tout le monde rentre chez soi… Ce que le mouvement nous a appris, aussi, c’est que le pouvoir n’a pas hésité à montrer son vrai visage—autoritaire— pour mutiler, gazer, frapper, enfermer, toutes celles et ceux qui osent attaquer l’économie capitaliste que l’État et sa police défendent. Enfin, les gilets jaunes ont montré que l’on pouvait s’auto-organiser à large échelle pour faire vaciller le pouvoir sans passer par les organisations politiques et syndicales traditionnelles. Ces dernières n’ont en général qu’un but : celui de « négocier » avec l’État (qui les appelle d’ailleurs des « partenaires » sociaux) pour « pacifier » la contestation qui s’exprime dans la rue. Fort de ces constats, le 5 et au delà, soyons à la hauteur des camarades GJ, que la grève se poursuive, qu’elle débouche sur des actions, et surtout, qu’elle soit sauvage !

La rupture jaune : « Nous voulons tout », fini les revendications sectorielles

Le mouvement des Gilets a ouvert une séquence de soulèvements populaires qui dépassent les revendications sectorielles et parcellaires. À la question « Que voulez- vous changer ? », les Gilets Jaunes répondent « TOUT », et attaquent l’ensemble du système économique en affrontant directement l’État et sa police. Loin d’être isolés, on remarque que ce type de soulèvement se répand en ce moment de part le monde (Chili, Irak, Liban, Équateur, Hong Kong, etc.). Partout l’État révèle sa fonction de structuration sociale et économique au service du capitalisme : augmenter les profits pour les classes dominantes en appauvrissant tous les autres, les forçant à toujours plus travailler, pour toujours moins. Si les retraites sont (encore) attaquées aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Pour les capitalistes, dont l’État est le bras armé, nous ne sommes qu’un « coût » sur leur bilan comptable. Que nous puissions jouir d’une maigre pension de retraite pasés 60 ans leur est proprement insupportable car nous pourrions encore leur rapporter un peu, alors qu’ils nous exploitent, parfois depuis l’âge de 15 ou 16 ans. La réforme des retraites va dans ce sens : travailler plus, pour gagner moins. Les syndicats nous parlent de défendre « notre système de retraite », c’est-à-dire le droit d’avoir des miettes pour survivre difficilement une fois brisés par 40 ans de travail forcé…

C’est largement insuffisant.

Le fond du problème ce n’est pas la retraite, c’est le travail !

Le capitalisme fait commerce de nos besoins vitaux (nourriture, logement, habits, soin, etc.), il nous dépossède de nos moyens d’existence et nous force au travail. Nous sommes coincés entre deux extrémités d’un système qui nous impose la servitude. D’un côté, nous devons travailler pour pouvoir obtenir un salaire et survivre. Et pour cela nous sommes obligés de nous vendre à ce système et d’y participer. Et de l’autre, pour manger, s’habiller, se loger, nous sommes obligés d’aller nous fournir sur le marché de l’exploitation où nous devons acheter toujours plus de marchandises jetables qui nous rendent malades et qui sont fabriquées dans la souffrance par d’autres travailleurs et travailleuses, parfois par des enfants vivant dans la misère. De leur côté, les capitalistes nous achètent, nous revendent ou nous jettent comme de vulgaires marchandises, après avoir fait un maximum de profit sur notre travail. Le travail en général ne nous satisfait pas, il est absurde, il ne fait pas sens, il nous fatigue mentalement et physiquement. Les patrons publics ou privés nous épuisent pour servir leurs intérêts : obtenir toujours plus de profits ou faire fonctionner l’État au service du capital. Ils se foutent que l’on soit épuisé, puisque pour eux, nous ne sommes que des « ressources humaines » que l’on pourra remplacer par d’autres ou par des machines. Nous avons beau travailler toujours plus, nous gagnons toujours moins, c’est un fait structurel. Les capitalistes cherchent toujours à maximiser leurs profits. Par conséquent, ils auront toujours tendance à nous mettre en concurrence à travers le chômage de masse, à baisser les salaires et les aides sociales, à détruire les « services publics », etc., ils essaieront toujours de baisser le « coût » du travail…c’est-à-dire notre valeur sur leur marché. Mais nous valons mieux que ça !

Notre rage est digne, leurs profits sont indignes !

Toutes les réformes vont dans le même sens : nous écraser toujours plus, nous réduire au silence et nous forcer au travail. Nous ne croyons pas dans une réforme qui irait dans notre sens. Nous ne voulons pas réformer le travail, ni le garder en l’état. Nous voulons reprendre la main collectivement sur nos vies : nous réapproprier ensemble nos moyens de subsistance et décider collectivement comment subvenir aux besoins de tous ! Une fois libérés des contraintes que les impératifs de profits, d’intérêts, de marchés etc., imposent sur nos vies, nous pourrons produire assez pour toutes et tous sans avoir besoin de nous exploiter les uns les autres. Nous voulons nous entraider dans la production plutôt que nous faire exploiter. Nous voulons abattre le travail, pour enfin vivre.


Article publié le 12 Déc 2019 sur Iaata.info