Septembre 28, 2022
Par Contretemps
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Le 1er tour de l’élection prĂ©sidentielle brĂ©silienne doit se tenir dimanche 2 octobre. Comme Trump avant lui, le fasciste Bolsonaro a dĂ©jĂ  annoncĂ© qu’elle serait truquĂ©e, de maniĂšre Ă  chauffer prĂ©ventivement Ă  blanc ses partisans et Ă  prĂ©parer un possible coup de force appuyĂ© par l’armĂ©e. Selon ValĂ©rio Arcary, la gauche brĂ©silienne doit se prĂ©parer Ă  une tentative de la part de Bolsonaro de se maintenir au pouvoir, que seule une mobilisation de masse pourrait stopper en dernier ressort.

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1. Au moment actuel de la campagne Ă©lectorale, la position dans les sondages de Lula semble si favorable, en raison de la consolidation d’une avance substantielle, que l’hypothĂšse la plus probable est la victoire de Lula dĂšs le premier tour [1]. Bien qu’avec une certaine marge d’incertitude, une majoritĂ© de votes valides est possible. Le taux de rejet de Bolsonaro reste extrĂȘmement Ă©levĂ©, supĂ©rieur Ă  50% [2]. Une victoire dans le Sud-Est et le Nord-Est, soutenue par les personnes les plus pauvres, les femmes, les Noirs et les jeunes, renforcĂ©e par un dĂ©placement silencieux des Ă©lecteurs des autres candidats, notamment Ciro Gomes, pourrait garantir les 2% manquants.

Ce serait la meilleure chance, car si un second tour est indispensable, octobre 2022 sera certainement le mois le plus long de notre vie. Bolsonaro n’hĂ©sitera pas Ă  «jouer la terreur», dĂšs la nuit du 2 octobre. «Jouer la terreur» est une façon de dĂ©crire ce qui sera une campagne Ă©lectorale effrayante, implacable et impitoyable. Ces derniers mois, nous avons dĂ©jĂ  eu un bon aperçu de la façon dont les haines sociales allumĂ©es par les fascistes rĂ©pandent des peurs politiques. Mais cela pourrait devenir bien pire encore.

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2. La campagne systĂ©matique de mise en question des urnes Ă©lectroniques et de dĂ©nonciation, Ă  l’avance, des dites fraudes doit ĂȘtre prise au sĂ©rieux. Bolsonaro a dĂ©jĂ  fait savoir qu’il ne reconnaĂźtra pas la lĂ©gitimitĂ© du rĂ©sultat s’il ne gagne pas. Il tentera d’enflammer la fureur de sa base sociale en dĂ©nonçant le fait que ses suffrages ont Ă©tĂ© dĂ©robĂ©s. Il serait imprudent d’ignorer que cette campagne a une immense rĂ©sonance sociale parmi les dizaines de millions de personnes qui s’identifient au bolsonarisme. Ils ont fait preuve d’une force de frappe sociale.

Il serait malavisĂ© de sous-estimer l’autoritĂ© charismatique de Bolsonaro et l’impact du discours cĂ©sariste sur les masses rĂ©actionnaires qui le suivent. Le 7 septembre [journĂ©e nationale de mobilisation avec deux mobilisations : l’une Ă  Brasilia ; l’autre Ă  Copacabana Ă  Rio] a offert une leçon fondamentale : il existe un mouvement politique de type fascistoĂŻde au BrĂ©sil. Toute perplexitĂ©, incertitude, hĂ©sitation ou tergiversation sur la caractĂ©risation, l’implantation et la capillaritĂ© de cette force politique relĂšverait d’une erreur aux consĂ©quences stratĂ©giques. Un parti fasciste de type «classique» n’a pas Ă©tĂ© construit, pour des raisons multiples – une question complexe – mais cela ne diminue pas le danger que reprĂ©sente le bolsonarisme.

Cela renvoie Ă  des facteurs structurels, comme la fracture au sein de bourgeoisie ainsi qu’à des difficultĂ©s d’organisation de secteurs intermĂ©diaires, mais aussi Ă  des facteurs superstructurels : il y a eu beaucoup d’improvisation dans la prĂ©paration de la candidature de Jair Bolsonaro en 2018. [Sa candidature a Ă©tĂ© annoncĂ©e, comme prĂ©-candidat, en mars 2016, par le Parti social chrĂ©tien; mais la campagne prĂ©sidentielle a Ă©tĂ© lancĂ©e par le Parti social libĂ©ral le 22 juillet 2018, et le ticket prĂ©sidentiel, avec le gĂ©nĂ©ral Hamilton MourĂŁo comme vice-prĂ©sident, le 5aoĂ»t 2018, lors du CongrĂšs du Partido Renovador Trabalhista Brasileiro-PRTB. RĂ©d.].

A cela s’est ajoutĂ©e la recherche d’une majoritĂ© au CongrĂšs qui a imposĂ© une nĂ©gociation avec la forĂȘt de plus de douze partis du centrĂŁo [ces partis qui vivent financiĂšrement des liaisons avec les diverses institutions du pouvoir]. Enfin, le style de leadership personnel de Bolsonaro engendre des effets de dĂ©sorganisation, mĂȘme pour l’extrĂȘme droite. Mais le bolsonarisme ne se dissoudra pas avec une dĂ©faite Ă©lectorale. Il faudra pour cela une profonde dĂ©faite politique : elle doit passer par une procĂ©dure judiciaire, par la condamnation et l’emprisonnement de Bolsonaro ; ce qui dĂ©pend en outre d’un changement dans les rapports de forces sociaux.

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3. Le dĂ©compte parallĂšle des voix que les forces armĂ©es ont obtenu du TSE (Tribunal Superior Eleitoral) est une anomalie antidĂ©mocratique qui n’a pas Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e. Il ne s’agissait pas d’une «manƓuvre intelligente» pour ouvrir une brĂšche entre le bolsonarisme et l’armĂ©e. Dans le cadre d’un chantage public explicite [contre le systĂšme de vote Ă©lectronique et ses rĂ©sultats], il s’agissait d’une concession dĂ©raisonnable, dĂ©guisĂ©e en consentement, afin qu’un contrĂŽle externe inappropriĂ©, indu et arbitraire puisse remettre en question le rĂ©sultat des Ă©lections.

Imaginer que les forces armĂ©es ont exigĂ© cette prĂ©rogative afin de renforcer la lĂ©gitimitĂ© du TSE en cas de victoire de Lula est un pari insensĂ© qui ignore le rĂŽle de l’armĂ©e au cours des quatre derniĂšres annĂ©es. La justice Ă©lectorale est la seule institution Ă  laquelle il est prĂ©vu d’attribuer le comptage, le dĂ©compte et la promulgation des rĂ©sultats de la votation. Le droit de surveiller les Ă©lections n’autorise pas le dĂ©pouillement indĂ©pendant et, encore moins, l’annonce ou la proclamation d’un quelconque rĂ©sultat. L’autorisation donnĂ©e aux forces armĂ©es de disposer de leur propre centre de comptage Ă©tait insensĂ©e. A la diffĂ©rence des Ă©lections nord-amĂ©ricaines, au BrĂ©sil, le haut commandement de l’armĂ©e est le complice de Bolsonaro.

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4. Si Bolsonaro ne reconnaĂźt pas le rĂ©sultat Ă©lectoral, comme cela est prĂ©visible, il faudra se battre pour ouvrir, immĂ©diatement, un processus de destitution Ă©clair de la prĂ©sidence. Bolsonaro, Ă  l’intĂ©rieur du Palais du Planalto, sera un hors-la-loi. Cette initiative doit venir Ă  la fois du LĂ©gislatif et du Judiciaire. Le Tribunal SupĂ©rieur Electoral (TSE) doit prendre l’initiative de dĂ©fendre la limpiditĂ© du processus Ă©lectoral qu’il a lui-mĂȘme organisĂ©. Le CongrĂšs national ne peut pas continuer Ă  ĂȘtre pris en otage par un prĂ©sident qui subvertit le rĂ©gime dĂ©mocratique en ne reconnaissant pas sa dĂ©faite Ă©lectorale.

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5. Dans ces circonstances, la mobilisation de masse sera indispensable. Ce sera le facteur dĂ©cisif. Dans la nuit du dimanche 2 octobre, il sera essentiel de descendre dans la rue pour cĂ©lĂ©brer la dĂ©faite du fasciste et dĂ©fendre la victoire de Lula. Le rĂŽle de la gauche dans ce scĂ©nario redoutable mais prĂ©visible sera vital. Pourvu qu’une victoire soit possible au premier tour, et que s’opĂšre une transition sans de terribles turbulences. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons besoin d’un plan A, d’un plan B et mĂȘme, pour ĂȘtre sĂ»r, d’un plan C. PrĂ©parons-nous au pire des scĂ©narios. Nous ne pouvons pas laisser Ă©chapper la victoire dans les urnes. De nombreuses personnes ont trop souffert pour que cela soit possible.

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Article publiĂ© sur le site de Esquerda online le 22septembre 2022 ; traduction par la rĂ©daction de A l’Encontre revue par Contretemps.

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Source: Contretemps.eu