Mai 23, 2022
Par Lundi matin
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N’ayant pas peur de la contradiction, il remet à jour son projet d’urbaniser malgré tout deux des huit hectares et il menace de nouveau les formes d’auto-construction et d’habitat qui sont un ressort essentiel de l’occupation et donc de la lutte qui a permis de préserver ces terres. Nous écrivons donc pour soutenir le Quartier des Lentillères, pour contrer le discours de la mairie et pour ré-affirmer ce qui selon nous est aujourd’hui en péril mais absolument nécessaire à la vie de ce lieu en lutte.

De l’importance d’un soutien large de penseur-euses et batisseur-euses de la ville 

Nous, penseur·euses, concepteu·rices, nous habitant·es de quartiers à la recherche de nouvelles manières d’habiter la ville dans un climat d’urgence climatique et sociale, observons avec attention des expérimentations remarquables et inspirantes, à l’instar de celle du Quartier libre des Lentillères. Pour nous, à Dijon comme ailleurs, il s’agit aujourd’hui que les usager·es qui s’appropient la vie de leurs quartiers puissent concrétiser leur inventivité sociale et écologique.




Le Quartier libre des Lentillères s’est constitué dans la défense de 8 hectares de terres maraîchères cultivables contre la bétonnisation. Ce combat s’est notamment traduit par une occupation vivante du territoire au sein duquel se sont déployés – au-delà d’environ 80 jardins potagers et champs communs – une multitude d’autres usages : fêtes populaires, création artistique, accueil de personnes exilé.es, ateliers, artisanat, auto-construction écologique, solidarités concrètes avec diverses luttes. La résistance a fini par porter ses fruits : fin 2019, le maire annonce que le projet d’’éco’quartier en béton qui menaçait les lieux est abandonné. Les Lentillères – dont la réalité déborde de loin le caractère réducteur des zonages cloisonnés du Plan Local d’Urbanisme- proposent alors la création d’un nouvel outil juridique à même de maintenir l’hétérogénéité des usages : la Zone d’Ecologies Communale (ZEC). Mais cette tentative d’inventer le droit, de la tordre grace au réel, qui a suscité tout notre intérêt, est menacée par le revirement politique de la municipalité. Celle-ci a dévoilé un nouveau projet de « front bâti » sur une partie des terres occupées et cultivées. Dans le même temps, elle s’est engagée dans un processus de répression de l’auto-construction de ’maisons communes’ pour le quartier : des convocations nominatives envoyées par la police ainsi que plusieurs documents administratifs émanant des services de la mairie semblent bel et bien avoir pour objectif de dissuader la poursuite des travaux de ces bâtiments collectifs.

Malgré les menaces actuelles et le mépris affiché de la mairie qui tente de stigmatiser des pans essentiels du quartier en les qualifiant de « bidonville », les Lentillères continuent à s’enraciner en inventant de nouvelles formes architecturales, urbaines et juridiques. Nous jugeons urgent de nous en inspirer et de les soutenir.

 

Défendre des quartiers qui émanent de celleux qui les habitent

Le « bidonville » des Lentillères devra être nettoyé pour que s’étende l’ « éco-cité des maraîchers ». Mais l’ « écocité » se résume ici à une série de dispositifs techniques d’optimisation à la marge et d’esthétisation des façades et des espaces verts. Continuer de construire à tout prix, même lorsque la demande de logement ne suit pas, est devenu le leitmotiv de nombreuses villes, quitte à sacrifier les dernières terres maraîchères urbaines sur l’autel de l’économie du BTP et de l’ambition « Métropole ». ’Construire la ville sur elle-même’, voilà le slogan marketing qui sied à cette politique, en camouflant la destruction des derniers espaces de respiration des centres urbains. Un mot d’ordre hypocrite quand les zones commerciales et industrielles continuent dans le même temps à s’étendre toujours plus loin.

Et si l’ « éco-quartier » s’était déjà réalisé en se passant des aménageurs ? Alors qu’il est difficile pour nous d’échapper aux rouages de la fabrication de la ville par le haut (lobbying,maquettes séduisantes, concertations partielle et autres), la vie du Quartier libre des Lentillères a été élaborée pas à pas, par les habitant·es du coin, les passionné·es de plantes, les féru·es de cultures en tout genre, les individus en recherche de collectif, les voyageur·euses longue et courte distance, etc. Ce tissu a su revitaliser l’ancienne ceinture maraîchère vouée au béton à travers des pratiques d’autogestion quotidiennes : les longues assemblées, les chantiers collectifs, les fêtes, les concerts, les apparitions urbaines, les marchés ont participé entre autres à créer une culture de la multiplicité, propice à l’émergence de communs.




Au fil des années, sur les anciens terrains bâtis et autour des jardins, divers habitats collectifs ou individuels ont vu le jour. Des maisons abandonnées depuis des années ont été rénovées, cabanes et caravanes ont pointé le bout de leur nez. Autant d’habitats réversibles questionnant une époque où l’on doit enfin cesser d’artificialiser. Que ses habitant·es et usagèr.es soient venu·es constituer aux Lentillères une forme d’utopie politique ou un refuge contre la précarité et la brutalité des politiques migratoires, elles et ils sont partie prenante de ce qui fait la force de ce quartier.

Tordre le droit : la zone d’écologie communale-ZEC

La proposition juridique de la Zone d’Ecologie Communale est survenue comme une réponse du quartier face à l’inadéquation entre les possibilités juridiques réservées par les PLU et la réalité empirique. La ZEC est une case inventée de toute pièce pour arracher un peu d’espace au code de l’urbanisme, elle ouvre une bataille sur le terrain de l’imaginaire autant que du droit. Contrairement au PLU qui divise le territoire en plusieurs zones spécifiques (Zones Urbaines, Zones à Urbaniser, Zones Agricoles, Zones Naturelles), la ZEC affirme l’existence et la nécessité de l’entremêlement de divers usages – logement, culture, production, liens sensibles – en un même lieu, avec pour critère transversal le soin de la co-habitation entre humains et non-humains.

Dans la ZEC, c’est l’assemblée des usagèr·es qui doit réfléchir et décider des fonctions des espaces. La prise en charge d’un territoire est alors laissée à celles et ceux qui en dépendent et en prennent soin, assurant ainsi des réponses au plus près des besoins communs.




Proposer un nouveau type de zonage « par le bas » ouvre ici une brèche impertinente et joyeuse. Celui-ci bouscule nos imaginaires trop contenus sur les manières de voir le droit et l’avenir des villes par temps de crise climatique. Partie d’une histoire singulière, la ZEC a l’immense intérêt de proposer un paradigme urbanistique et politique sur lequel il est possible pour d’autres de se projeter et se donner un sens commun.

Extraits : « À l’article 3, la ZEC affirme une nouvelle vision de l’architecture, où, à l’alinéa “façades”, il est indiqué d’”éviter autant que possible l’uniformité des teintes, et tout particulièrement les nuances de gris”, à l’article 5, qui concerne les axes de circulation, “la circulation des véhicules et engins motorisés est interdite” et “une attention sera portée aux sentes en vue de leur préservation”. Cela parle encore d’assainissement, de mixité de l’habitat, d’interdiction d’activités commerciales non coopératives. »

BATIR LES COMMUNS – en défendre la « maison »

En janvier 2021, un chantier a commencé : construire « la maison commune » du quartier. Cet ouvrage est le manifeste d’un bâtir autrement. De l’arbre à la poutre, des discussions aux décisions, il a fallu du temps et des engagements pour définir à différentes échelles – groupes de travail, assemblée de quartier, collectifs de bâtisseur·euses – comment bien construire un espace collectif plus grand, plus confortable et plus identifiable pour répondre au mieux aux besoins multiples des activités du quartier.

La charpente traditionnelle, levée et fêtée, dessine déjà des espaces pour se réunir, s’organiser, banqueter, danser, distribuer les productions maraîchères en direct ou les transformer. Elle clame haut et fort qu’habitant·es et usagèr·es peuvent concevoir et construire une « maison de quartier ».

Les liens quotidiens entre usager·es et bâtisseu·ses et la confrontation de leur exigences ont transformé plusieurs étapes de la construction en un grand chantier-école. Il a fallu mêler conception bioclimatique, sylviculture douce, sciage mobile, charpente et maçonnerie traditionnelles pour produire d’un côté les matériaux et de l’autre une vision écologique du projet avec le quartier. Dans un second temps, des techniques de construction collective ont pu être définies et mises en œuvre. Il a fallu avant tout saisir ce qu il en coûte de bâtir ensemble et selon une volonté propre aux usagèr·es. Différentes associations, constructeurs, constructrices et architectes portent ces manières de faire en divers endroits du pays depuis des années. Continuer à partager ces pratiques, c’est s’extirper progressivement de l’impérialisme du béton et de la binarité entre habitant·es et aménageu.ses. Pour ça, il leur faut trouver des espaces visibles. Les Lentillères en sont un.

Pourtant, la mairie cherche aujourd’hui des voies administratives et légales pour stopper la construction de ce bâtiment, entre autres. Là où devait s’ériger une horde d’immeubles en béton, une maison commune en bois et matériaux bio-sourcés ne serait pour eux pas ’constructible’ !




 

Fédérons nos bifurcations

Nous qui écrivons cette tribune souhaitons prendre part aujourd’hui à un réseau de soutien à même de réagir en cas d’attaques diverses sur le Quartier libre des Lentillères,et l’accompagner dans ses propositions de réinvention du rapport à l’urbanisme.

D’entre nous serons présent à la fête des 12 ans du quartier du 26 au 29 mai.

Nous demandons à la municipalité de renoncer à son nouveau projet d’urbanisation d’une partie des terres du quartier. Nous lui demandons de donner la légitimité aux habitant·es, aux usager.ères du quartier et à ses constructions pour penser l’avenir du lieu. 

Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation.

Signataires

Bernard Dubois, scieur

Damien Najean, architecte 

Tibo Labat, architecte

Barbara Glowczewski, directrice de recherche au CNRS 

Josep Rafanell I Orra, psychologue & ecrivain 

David Gé Bartoli, philosophe 

Alessandro Stella, Directeur de Recherche au CNRS

Marie Menant, architecte

Emilie Hache, philosophe

Camille Louis, philosophe et dramaturge

Yves Citton, professeur à l’Université Paris 8 

Stéphane Tonnelat, chercheur 

Marielle Macé, enseignante 

Claire Mélot, architecte,

Carina Luna, artiste-plasticienne 

Pierre Couturier, maître de conférences à l’Université Clermont Auvergne

Geneviève Pruvost, chargée de recherche au CNRS 

Catherine Clarisse, architecte enseignante 

Benoit Rougelot, architecte du vivant et co-président du RFCP

Éric Olivié-Gaye, néoplouc de 20 ans de cabanes forestières 

Paul Lacoste, permanence juridique HALEM

Marie Durand, architecte-Urbaniste / Maître de Conférence Associée ENSA-Marseille

Christophe Bonneuil, historien

Anahita Grisoni, Sociologue et urbaniste

Noël Barbe, anthropologie 

Sabine Guth, architecte enseignante

Tony Savinel, constructions 

Jérôme Baschet, historien 

Groupe De Recherche Et D’action Sur La Production De L’espace, architectes agitateur.ices

Perrine Philippe, Architecte 

Gilles Clément, paysagiste 

Amar Gilles, responsable Bergerie des Malassis

Violaine Mussault, paysagiste et enseignante 

Association Les Sapros 

Aline Goguel, étudiante en politiques urbaines 

Ariane Cohin, architecte et auto-constructrice 

Aline Goguel, étudiante en politiques urbaines 

Tiffany Timsiline, Architecte

Jean-Louis Tornatore, Anthropologue

Martin Paquot, rhapsode de la revue Topophile

Paul Citron, urbaniste 

Laurent Jeanpierre, politiste

Margot Clerc, Architecte

Violaine Mussault, paysagiste conseil de l’Etat et enseignante

Didier Gueston, architecte urbaniste

Perrine Philippe, architecte militante

Laurence Dugand, plasticienne 

La Commune De Chantenay, collectif d’habitants

Odile Girod, artiste

Philippe Descola, Anthropologue 

Maxime Zaït, juriste, co-fondateur de Communa 

Alessandro Pignocchi, auteur de BD

Camille Molle, paysagiste atelier Bivouac 

Fanny Taillandier, autrice – membre de la Preuve par 7 

Anahita Grisoni, Sociologue et urbaniste 

Léna Lazare, membre de Youth For Climate

Geneviève Azam, économiste 

Flaminia Paddeu, géographe 

Anne Vernaton, citoyenne-voisine-jardinière

Yannick Sencébé, sociologue

Morgane Petiteau, membre de Nantes en commun – mouvement municipaliste 

Corinne Morel Darleux, écrivaine

Matthieu Rakotojaona, ingénieur Développement Logiciel

Elisabeth Dau, directrice de recherches programme “municipalisme, territoires et transitions”

Serge Gutwirth, juriste et professeur

Isabelle Stengers, philosophe

Noémie Régeard, doctorante en géographie

Vinciane Despret, philosophe

Agnès Bonnaud, géographe, université Lyon 2

Olivier Jaspart, juriste en droit administratif des biens communs

Philippe Borrel, auteur & réalisateur de films documentaires

Sylvain Picard, responsable Administratif SCIC

Sylvaine Bulle, enseignante-chercheuse, sociologue

Anne Emmanuelle Berger, universitaire

Arnaud Chiffaudel, Chercheur ,

Yves Cohen, historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales

Didier Demorcy, réalisateur

Jean-Baptiste Bahers, chercheur CNRS en géographie

Dehove Claire, directrice de WOS agence des hypothèses

Association Des Ami-Es Des Jardins De L’engrenage

Delphine Plaire, psychotherapeute

Gilles, enseignant chercheur

Eric Dacheux, professeur des universités

François Jarrige, historien

Guillaume Faburel, géographe

Thierry Paquot, philosophe et essayiste

Agnès Sinai, journaliste

Aurélien Gabriel Cohen, chercheur 

Alexis Tantet, climatologue

Roxane Schultz, pédagogie et facilitation

Pierre Dardot, philosophe

Alexandre Cheikh,  Architecte

La Sève,  collectif écoféministe

Ariane Cohin,  Architecte – Constructrice

Émilie Deudon,  Fondation Un Monde Par Tous

Myriam Bachir,  Chercheuse science politique

Patrick Braibant

Hermange Olivia 

Chloé Gerbier

Daniel Marsan

Sarah Ador,  Architecte

Raphael Pauschitz  Rhapsode de la revue Topophile

Lætitia Lebourg, ouvrière agricole

Jean-Claude Grégoire, ingénieur agronome

Hervé Le Crosnier, editeur

Jean-Claude Grégoire, ingénieur agronome

Sébastien Shulz, post-doctorant en sociologie à l’université Paris-Nanterre

Nina Chiron, écoféministe

Dorine Julien, chargé de production en art

Emmanuelle Zelez, monteuse

Oana Bonnaud-Cartillier, etudiante

Michaël Ricchetti, habitant-bénévole

Didier Labertrandie, syndicaliste

Dominique Hébert, connecteur, transitioner, commoneur, entrepreneur

Alessia Tanas, chercheuse 

Jérémie Cavé, chercheur

Jonathan Attias, désobéissance fertile

Barbara Métais-Chastanier, autrice & dramaturge

Eric Lesaunier, retraité

Genevieve Manuelian, retraitée 

Adrien Pittion-Rossillon, enseignant retraité

Yasmina Krawczyk, kinésithérapeute

Valérie Cordy, directrice d’une institution culturelle

Adrien Pittion-Rossillon, enseignant retraité 

Seb Godret, pluriculteur 

Marlène Tuininga, journaliste militante 

Claire Oberkampf, musicienne

Benoît De Cornulier, associatif 

Monique Charles, infirmière retraitee 

Monique Charles, infirmière retraitee 

Camille Oneglia, chargée de production et d’administration- scic culturelle

Audrey Clavier, adjointe administrative 

Martine Dubois, avocate honoraire

André Charles, professeur d’allemand retraité

Corine Luc

Pol Usieto-Dubois, médecin 

Jean Pascal Derumier

Pierre Bonneau, enseignant retraité 

Morgane Cournarie, citoyenne

Geneviève Biscarros, enseignante retraitée

Benoît De Cornulier, citoyen 

Anne-Lise Valla, retraitée

Carole Chaumont 

Laurence Pelé

Raphaël Galley

Dauvergne Chloé

Marie-Agnès Poussot

Christine Lesaunier

Christophe Flandrin

Alice Bourgeois

Agnès Salomon 

Karima

Mathilde Meignan 

Michel Manuelian 

Louise Cousyn 

Yasmina Krawczyk

Flore Messager

Isabelle Roland

Laura Rodriguez 

Nicolas Debaive 

Isabelle Roland 

Maurice Voineau

Anne Durand

Marie Thérèse Weisse 

Jeanne Mourge 

Chloé Berger

Christel Grange 

Pascal Dub 

Christine Badin 

Béatrice Seuzaret 

Frédéric Sultan

Flore Berlingen

Christine Excoffier

Gilles Sabatier 

Alima El Bajnouni 

Marie Pierre Fernandes 

Michel Niquet

Jérémie Vida

Bernard Brunet

Marijo Noel

Lila Cardona

Agnes Graf

Jérôme Combe

Justine Loizeau

 

Plus d’info sur la zec : https://lentilleres.potager.org/uploads/2021/05/ZEC-la-brochure-reduit.pdf

Plus d’info sur le quartier libre des Lentillères : https://lentilleres.potager.org/actualite/

Plus d’info sur le comité défendre.habiter : https://blogs.mediapart.fr/defendrehabiter





Source: Lundi.am