Pour commencer, ce serait bien de donner la définition de certains mots qui dans l’article cité s’utilisent en tant que synonymes ou des termes proches. Et pourtant, souvent ils sont très éloignés, voire contradictoires.

Dès les premières lignes, on utilise indistinctement véganisme, antispécisme, écologie, et animisme (ce dernier concept n’est pas nommé en tant que tel, mais la description qui en est faite dans l’article nous laisse penser qu’on y fait référence).

Mettons en comparaison tous ces termes, afin de voir leurs petites (ou grandes différences).

  1. Véganisme : est un courant moral ou éthique qui refuse la consommation de n’importe quel produit animal, que ce soit pour la nourriture, le divertissement, les vêtements, les produits d’hygiène… etc.
  2. Antispécisme : est un courant politique et/ou philosophique qui refuse la discrimination des individus par rapport à leur appartenance à une certaine espèce, du moment où ces individus ont de la sentiencehttps://en.wikipedia.org/wiki/Sentience.

De ces deux définitions, en découle que même si tou-te-s les antispécistes sont véganes, tou-te-s les véganes ne sont pas forcément antispécistes. Ainsi, par exemple, PETA est une organisation qui promeut le véganisme mais pas forcément l’antispécisme, puisqu’ielles peuvent discriminer certains êtres sentients du fait de leur genre ou de leur poids, par exemple.



  1. Écologie : l’écologie défend la nature en tant qu’entité globale, sans se soucier spécialement de chaque individu appartenant à cet écosystème. On peut trouver des éleveureuses qui se revendiquent écologistes, et pourtant ielles ne sont pas antispécistes.

    Il y a beaucoup de luttes qui opposent les antispécistes et les écologistes, l’un des exemples pourrait être la chasse. Certaines personnes se revendiquant de l’écologisme ne sont pas contre la chasse dans le cas où il y aurait un surnombre d’animaux d’une même espèce, ou quand ces animaux ne sont pas « autochtones »… etc. En général, la vision écologiste et très anthropocentriste car elle tient principalement compte des intérêts des humains (touristiques, esthétiques voire même économiques).
  1. Animisme : L’animisme est la croyance en un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu’en des génies protecteurs.

    Ainsi, il y a énormément de peuples autochtones qui se régissent par une vision animiste et cosmique de l’univers, mais cela ne fait pas d’eux des antispécistes. Certes, leurs méthodes pour tuer les autres animaux sont parfois plus respectueuses que le simple abattage par une balle en caoutchouc logée dans le cerveau, mais cela ne les empêche pas de tuer des animaux.

Une fois ces termes définis, il est évident que le texte dont on va parler n’est pas très rigoureux quand il utilise tous ces concepts. Déjà, parler de peuples autochtones qui ont un rapport antispéciste avec les animaux qu’ils tuent et mangent… ça fait mal à la vue.

Il nous paraît difficile de critiquer ou de parler au nom du féminisme quand on est un homme cis. Ce principe s’applique à beaucoup de sujets. Il nous paraît difficile de parler au nom des racisé·e.s quand on est blanc-he-s.

Il en va de même pour l’antispécisme.

Quand on parle de discrimination, il y a toujours la personne qui a certains privilèges (de manière consciente ou non), appartenant à un groupe avec certaines caractéristiques ; et la personne qui subit la discrimination, car elle n’a pas les mêmes caractéristiques que le groupe dominant (couleur de peau, origine culturelle, poids, genre, espèce).

Pour faire face à cette discrimination, et rétablir un certain équilibre, il paraît logique qu’en plus de s’abstenir de perpétuer l’oppression contre la personne discriminée, il faudrait agir pour que cette discrimination n’ait plus lieu. Il ne faut pas seulement ne pas nuire, on peut dire, mais il faut agir.

Et pour agir, il faut savoir de quel côté on se trouve, si on fait partie du groupe privilégié ou opprimé. Parfois ces barrières bougent en fonction de à qui on se compare.

Exemple : un homme cis fera toujours partie du groupe privilégié par rapport à une femme ; par contre un homme cis autre que blanc fera partie du groupe opprimé par rapport à un homme cis blanc.

Il nous semble que tou-te-s les antispécistes (et même celleux qui ne le sont pas) seront d’accord pour dire qu’il y a un groupe d’individus qui sont toujours dans le groupe des opprimés, sans importer d’avec qui on les compare, et c’est les animaux non humains.

Par conséquence, tous les humains faisons partie du groupe privilégié par rapport aux animaux non humains.

Dans tout l’article la tradition, les us et coutumes des peuples autochtones, sont mises en valeur par rapport à la vie et le bien-être des animaux non humains. Ce n’est même pas la vie des un-e-s par rapport aux autres qui est mise sur la balance, mais des soi-disant traditions qui sont perpétuées depuis des centaines d’années.

Mais qu’entend t-on par tradition ? Quelque chose qui est pratiqué depuis des centaines voire des milliers d’années serait bon ou justifiable de ce seul fait ? Il nous semble que justifier l’oppression sous prétexte de tradition nous mène à des dérives très dangereuses et surtout irrationnelles.

Si les victimes de toutes ces traditions n’étaient pas les autres animaux mais n’importe quel groupe de notre propre espèce, et que des actions cruelles s’exerçaient contre ces personnes par le simple fait d’appartenir au dit groupe, il n’y aurait pas de justification possible, aucun argument ne pourrait contre-balancer le poids de la vie des humains, aucune tradition ne pourrait justifier de tels actes.

Mais, dans tous les exemples donnés dans l’article, les sujets victimes de l’oppression et de la souffrance sont les autres animaux, donc là, la tradition, les us, les liens sociaux rentrent en jeu. Que vaut la vie d’une baleine, d’un chien, d’une phoque, face aux rites de passage de l’enfance à l’âge adulte, ou à une réunion de famille, ou au commerce fructueux.

Et pour rentrer dans le vif du sujet, le colonialisme, allons-y. Il n’y a pas que le racisme ou le colonialisme évidents, celui qui place « l’homme blanc civilisé » au dessus des « peuples barbares incivilisés ». Il y a aussi le paternalisme, ce sentiment de bienveillance caritative et paternelle de la personne blanche occidentale envers les personnes d’autres peuples et cultures. Ce « ah, oui, ielles sont gentils », quoi qu’ielles disent, quoi qu’ielles fassent.

La ou les personne(s) qui a rédigé ce fameux article montre comme fer de lance de l’antispécisme des personnages tels que Paul Watson ou Brigitte Bardot, figures assez détestées dans le mouvement antispéciste, car racistes, misogynes et sexistes. Une fois de plus, il faut revoir sa copie, car ce n’est pas parce qu’on défend les animaux ou certains animaux, ce n’est pas parce qu’on est végane, qu’on est antispéciste. Ce serait comme faire un article sur les dérives du féminisme en mettant comme exemple Catherine Deneuve.

Elle(s) se garde bien de montrer la résistance qui se forme dans ces mêmes peuples ou pays à l’encontre de ces traditions exécrables qui finissent avec la vie des animaux non humains par us et coutume. Ben oui, il faut sortir de sont occidentocentrisme et se renseigner un peu ailleurs.

Par exemple, PAL, lutte contre la maltraitance des animaux en Palestine, d’une façon très politisée et en essayant de faire évoluer les mentalités vers des comportements respectueux de la vie des animaux.

Ou ces personnes chinoises qui spontanément ont arrêté une cargaison de chiens destinés à la nourriture, car ielles considèrent que ce n’est pas justifiable de tuer ces animaux par tradition. http://www.csapa.org/index.jhtml

PAL l’explique très bien dans ses conférences, ce n’est pas parce qu’on subit de la violence de la part de l’État (Israélien dans leur cas) qu’il faut transmettre cette violence aux animaux.

Bref, de tout l’article découle une incohérence, un spécisme, franchement, on se serait crues dans Libération avec un article de Paul Ariès ou de Jocelyn Porcher.

Il est évident que comme dans tous les mouvement de libération, l’antispécisme a encore beaucoup de problèmes, incohérences, et comme dans le féminisme ou les mouvements libertaires, l’autocritique est nécessaire. Mais des minimums s’imposent, et il y a des choses qui sont injustifiables d’un point de vue antispéciste (personne ne considérerait judicieux de défendre l’excision des femmes faite par les femmes comme une tradition à respecter pour le passage à l’âge adulte des petites filles, ou une pratique qui permet la réunion des femmes).

Certes, nos pratiques de femmes et hommes blanc-he-s sont autant voire plus nocives (au moins en nombre) pour les autres animaux, mais tuer une baleine de 200 ans pour montrer son virilisme, ou des chiens pour un fête locale est aussi reprochable que les corridas ou les gavages des oies.

Dans la chaîne d’oppression, l’animal est toujours en bas de l’échelle. Pourtant le groupe opprimé peut être à son tour oppresseur. Devons-nous alors le lui pardonner sous prétexte qu’il est opprimé ?


Article publié le 08 Oct 2019 sur Paris-luttes.info