Mars 24, 2020
Par Paris Luttes
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Il faudrait vite oublier qu’il y a quelques jours encore, le Covid-19 (Coronavirus) n’était qu’une simple grippe, qu’il ne tapait que les vieux, qu’on n’allait pas sacrifier notre « mode de vie Â», notre « modĂšle culturel Â», que se moucher dans son coude Ă©tait largement suffisant, qu’il fallait rester plus de 30 minutes en contact avec une personne malade pour l’attraper, que les masques ne servent Ă  rien, que l’on peut aller bosser sans problĂšme, que notre systĂšme de santĂ© ne serait jamais submergĂ©.

Il faudrait vite oublier que pendant de longs jours, alors qu’en Italie du nord l’épidĂ©mie faisait exploser les services hospitaliers, on a prĂ©fĂ©rĂ© faire le choix du maintien de l’économie plutĂŽt que de la santĂ©, que plusieurs ministres dont Blanquer avaient fait le choix de laisser le virus toucher 50% ou plus de la population pour atteindre l’immunitĂ© collective.

Il faudrait vite oublier ces grands professeurs et chefs de services, les mĂȘmes qui maintenant demandent un durcissement du confinement, faisaient le tour des plateaux tĂ©lĂ©s pour dire que tout ça, c’était rien du tout. Que dans les hostos on disait aux personnels de santĂ©, aux infirmiĂšres et aux internes, que l’hĂŽpital français Ă©tait largement en mesure de prendre en charge une telle Ă©pidĂ©mie.

Il faudrait oublier donc toutes ces injonctions contradictoires. Ne pas prendre en compte que face Ă  celles-ci, de nombreuses personnes ne savent plus quoi croire, prĂ©fĂšrent piocher parmi les diffĂ©rentes informations, ou tenter une auto-information pas forcĂ©ment meilleure. Que les fausses informations, ou les articles/vidĂ©os un peu trop enthousiaste (tel mĂ©dicament serait le remĂšde…) cartonnent. Que c’est bien nos responsables qui ont crĂ©Ă© un tel brouhaha informatif. À trop nous prendre pour des con·ne·s.

Et maintenant, les responsables c’est : celles et ceux qui traĂźnent dehors pour X ou Y raison. Faire des courses au marchĂ©, aller aĂ©rer les gosses, ne pas rester enfermé·e avec ses darons, trouver des petits jobs pour survivre, se dĂ©gourdir les jambes, des mal-logé·e·s qui Ă©touffent, des sdf qui aimeraient bien avoir un toit. Bref toutes celles et ceux qui n’ont pas compris, que depuis moins d’une semaine, il fallait souffrir, coĂ»te que coĂ»te, parce qu’on Ă©tait en guerre. Peu importe la question sanitaire.

Et ce sont elles et eux les responsables.

Ce n’est pas les patrons qui continuent Ă  faire bosser et dĂ©placer plein de monde pour aller effectuer sa peine. Ce n’est pas non plus les autres patrons qui refusaient de prendre des mesures, alors que ce qui arrivait Ă©tait prĂ©visible, les semaines prĂ©cĂ©dent le confinement.

Ce n’est pas les gouvernants, qui ont crachĂ© sur les travailleuses et travailleurs des services publics pendant des mois, des annĂ©es, qui les ont fait matraquer pendant les grĂšves, qui ont consciencieusement dĂ©truit les protections minimales des salariĂ©s et des fonctionnaires, qui ont mis en piĂšce les droits sur la sĂ©curitĂ© des travailleu·se·rs, qui ont appliquĂ© des mesures d’austĂ©ritĂ© et des rĂ©organisations sans fin.

Ce n’est pas ces experts et ministres qui nous ont tout dit et rien dit, suivant la politique gouvernementale, pour cacher la misùre de leur action.

Ce n’est pas ceux qui parlent de guerre, qui envoient les soignant·e·s et les travailleurs en « premiĂšre ligne Â», Ă  l’abattoir, sans masques, sans gants, sans protections, sans test.

Ce n’est pas les flics, tabasseurs assermentĂ©s et pleurnicheurs de tous les instants, qui prĂ©fĂšrent plaquer des Noires qui font leurs courses plutĂŽt que de respecter les gestes barriĂšres, quitte Ă  devenir le principal agent de prolifĂ©ration de l’épidĂ©mie.

On en est peut-ĂȘtre lĂ , Ă  devoir accepter le confinement, parce que tout a merdĂ© jusque-lĂ . À s’improviser Ă©pidĂ©miologiste en herbe, pour s’accrocher Ă  une vĂ©ritĂ© (mouvante). À rĂȘver, ou pas, d’un vaccin, d’un « modĂšle corĂ©en Â» plus souple, etc. etc.

Mais on pourrait commencer par ne pas rejeter les responsabilitĂ©s de nos dirigeants et de nos patrons sur un ensemble d’individus qui subissent. Si vous savez quoi faire, tant mieux, de nombreuses personnes ne le savent pas. Certaines se terrent chez eux, ne sortant plus par peur, par non maĂźtrise de la langue française et de ce formulaire flou, par crainte du racisme et de l’arbitraire qui est laissĂ© dans les mains des flics. Tout le monde essaie de s’en sortir, avec sa paperasse, ses gosses, ses parents, ses inquiĂ©tudes et ses angoisses.

Dans quelques jours, nos opinions auront changĂ©, la situation, elle, ne sera certainement que pire. Dans quelques jours les gestes barriĂšres ne seront plus les mĂȘmes, les rĂšgles changeront, les connaissances aussi. Dans quelques jours on pourrait Ă©galement voir la militarisation arriver, comme en Italie pour masquer l’incapacitĂ© des politiciens Ă  soutenir les services sanitaires qu’ils ont massacrĂ©s, et on nous dira alors que c’est de la faute Ă  ceux qui ne respectaient pas le confinement. On dĂ©couvrira peut ĂȘtre que le gouvernement n’a pas pris les mesures de prĂ©caution nĂ©cessaire sur des sujets encore dĂ©battus et non tranchĂ©s, malgrĂ© leurs affirmations rĂ©pĂ©tĂ©es (comme la potentielle transmission aĂ©rienne [1]. En attendant, ouvrez grands vos fenĂȘtres plusieurs fois par jour pendant de longs moment, en particulier pour crier votre rage).

Dans la situation actuelle, la rare position politique qui pourrait ĂȘtre sĂ»re, c’est d’affirmer comme certain·e·s en Italie, comme ces infirmiĂšres qui appellent Ă  la grĂšve gĂ©nĂ©rale le 25 mars [2], qu’il faut stopper toute les activitĂ©s non essentielles, toutes les boĂźtes, les usines, les call centers, les Amazons, Deliveroo et compagnie, avec paiement intĂ©gral des salaires ! Affirmer que le droit de retrait sauve des vies ! Et ne pas oublier qui sont les vrais responsables : les patrons et les gouvernants.

Et peut ĂȘtre le crier aux fenĂȘtres, tous les soirs, Ă  20h.




Source: Paris-luttes.info