Depuis quelques-mois la Confrérie des Frères musulmans essaye de se placer comme agents incontournables de la déradicalisation. Pourtant, on constate que les cadres de l’UOIF continuent à privilégier la diffusion de discours radicaux.

La mosquée Arrahma de Roubaix devait accueillir le 28 mars 2016 une conférence entre entre Amar Lasfar et Rachid Abou Houdeyfa.

Amar Lasfar, à la fois directeur de l’UOIF, recteur de la mosquée de Lille Sud, homme d’affaire, et fondateur du lycée Averroes de Lille, est un habitué des conférences polémiques. Le mois dernier, il invitait à la tribune pour la Rencontre Annuelle des Musulmans du Nord (RAMN) un député du parti islamiste marocain PJD Abouzaïd Al-Mokri, au côté du prédicateur syrien Mohammed Rateb Al-Nabulsi, connu pour ses prêches sur la chaîne du Hamas ou ses propos en faveur du jihad armé, de la peine de mort pour les homosexuels, de la soumission des femmes vis à vis de leur mari, ou encore de la défaite des juifs face aux musulmans. Face à la mobilisation, les interventions des trois invités les plus sulfureux avaient été annulées, et Barnard Cazeneuve avait promis une totale vigilance. Également invité, Tariq Ramadan membre de l’Union des Savants musulmans considérée comme une organisation terroriste par les Emirats, s’était défendu en affirmant : « nous sommes des agents de la réconciliation ».

Rachid Abou Houdeyfa lui, fait partie des prêcheurs salafistes influents sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de vidéos. Imam à la mosquée Sunna de Brest, avec plus de 230 000 followeurs et des centaines de milliers de vues sur Youtube, il se fait connaître du grand public lors du sulfureux salon musulman de Pontoise consacré à la femme, ayant précédemment justifié le viol « si la femme sort sans honneur, qu’elle ne s’étonne pas que des hommes abusent de cette femme là ». Après les attentats du Bataclan, une de ses vidéos créé une nouvelle polémique : il y déclare devant un public d’enfants « ceux qui écoutent la musique écoutent le diable » et « seront engloutis et seront transformés en singe et en porc ». Salafiste 2.0, il avait déjà tissé des liens depuis plusieurs années avec le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), en étant invité à son dîner annuel de 2014. Perquisitionné lors de l’état d’urgence, le CCIF lui avait renouvelé son soutien.

Devant l’énormité d’une telle réunion, entre Amar Lasfar et Rachid Abou Houdeyfa, de nombreux fidèles laïques se sont mobilisés. Craignant une campagne de presse similaire à celle qui avait précédé les rencontres de Lille, Amar Lasfar s’est fait excuser et remplacer par Ahmed Miktar. Conservant donc le même dispositif UOIF et prédicateur extrémiste.

Ahmed Miktar, recteur de la mosquée de Villeneuve d’Ascq, est également membre de l’UOIF. Prédicateur sur la chaîne saoudienne Iqraa, accompagnateur de jeunes français au Qatar, il a été formé au centre frériste de Chateau-Chinon. Lors de la conférence du 28 mars 2016, il a fustigé la loi de 2004 sur les signes religieux, et appelé à une mobilisation politique pour son abrogation. Ahmed Miktar qualifie Abou Houdeyfa de « rempart anti-radicalisation ».

Le choix de la mosquée pour accueillir cette conférence du 28 mars n’est pas anodin et traduit un désir d’expansion et d’influence. Alors que de nombreuses mosquées du nord de la France sont sous le contrôle de l’UOIF (mosquée de Lille Sud, Centre islamique de Villeneuve d’Ascq, ou encore mosquée Bilal de Roubaix), la rencontre a eu lieu dans la mosquée Arrahma de Roubaix, non officiellement affiliée à l’UOIF. Son imam, Abdelmonaim Boussenna, est un ancien élève du lycée Averroes.

Amar Lasfar essaie de dresser un portrait « moderne » de l’UOIF sur les plateaux de télévision, où il condamne les attentats et appelle à un islam « de la citoyenneté ». Ce qui ne l’empêche toutefois pas de relativiser la menace djihadiste : « il y a quelques brebis galeuses, quelques poissons qui nous échappent entre les mailles du filet », « onze, allez onze qui ont sombré dans le terrorisme ». Sans autocritique, il accuse alors « la politique urbanistique de notre pays, responsable depuis une trentaine d’années ». Toujours au micro d’Europe 1 le 28 mars 2016, il défend le travail de « déradicalisation » de l’UOIF.

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Mohamed Louizi, ancien Frère musulman, s’interroge sur la stratégie d’Amar Lasfar qui cite l’imam UOIF de Bordeaux Tareq Oubrou comme caution libérale alors que ce dernier préconise de mettre Abou Houdeyfa « dans un asile psychiatrique ». Ce qui n’empêche visiblement pas Amar Lasfar de faire conférence commune avec Abou Houdeyfa…

Le plus préoccupant dans ce contexte post-attentat est que le lundi 21 mars 2016, l’UOIF a participé au Ministère de l’Intérieur (Français) à une réunion pour lutter contre la radicalisation aux côtés de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ET l’UOIF continue a assumer ses amitiés salafistes et les discours extrémistes. L’UOIF n’a pas peur de s’afficher publiquement avec Abou Houdeyfa quelques jours plus tard. Qu’en retenir, si ce n’est un coup de force face au gouvernement avec une volonté d’unir les zones d’influence fréristes et salafistes, loin d’être incompatibles ?