Août 24, 2016
Par Zone À Défendre
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Depuis plus d’un mois maintenant, et dans un contexte sécuritaire, répressif, islamophobe et raciste de plus en plus pesant, plusieurs communes du sud de la france ont pris des arrêtés municipaux dits “anti-burkinis”. Ces arrêtés visent à interdire le port de “tenues manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse” sur les plages et en baignade, et certains interdisent explicitement le port du “burkini”. De fait, il s’agit d’interdire dans ces communes l’accès aux plages aux femmes portant le voile. Cette interdiction relève directement à la fois du racisme et de la volonté de bannir toute apparition de la communauté musulmane.

Si certains maires vont jusqu’à dire que le fait, pour des femmes, de se baigner habillées et/ou voilées fait “référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre(1)”, la motivation invoquée par tous est le “risque de trouble à l’ordre public”. Or, rappelons-le, est considéré comme trouble à l’ordre public ce qui menacerait la paix, la sécurité publique et la sûreté. Invoquer ce motif revient donc à poser les victimes des « troubles à l’ordre public » en auteur de ces mêmes troubles et donc à légitimer les agressions racistes que subissent des centaines de femmes musulmanes ou considérées comme telles tout au long de l’année. C’est dans ce même esprit que la femme a toujours été rendue responsable des aliénations qu’on veut lui imposer.

Comme si le fait de légitimer les agressions racistes et d’occuper l’espace politique et médiatique avec des discours stigmatisants, racistes et xénophobes n’était pas suffisant, ces interdictions s’accompagnent de moyens. Donc les communes ayant la charge de faire appliquer les arrêtés qu’elles prennent, envoient des policiers municipaux pour surveiller les plages concernées et vérifier que ces interdictions sont respectées. Ainsi, cette semaine, plusieurs femmes ont été verbalisées parce qu’elles portaient un voile sur la plage. Ces punitions se sont accompagnées, dans certains cas, d’insultes racistes par une partie des personnes présentes sur les plages (“Rentrez chez vous”, “Ici on est catholiques”, etc.), et les flics municipaux ont utilisé la force pour sortir au moins l’une d’entre elle de l’eau. En période pré-éléctorale, il s’agit notamment pour ces municipalités de montrer que le discours sécuritaire et raciste se traduit en actes répressifs.

Enfin, pas possible d’évoquer ces interdictions sans parler du sexisme qu’elles incarnent. Comme pour l’interdiction du voile à l’école pour les élèves et les personnes qui accompagnent les sorties scolaires, elles ont pour conséquence de priver des femmes d’accès à l’espace public et, comble d’hypocrisie, utilisent des arguments autour de l’émancipation des femmes comme prétexte. Si les lois et la répression qui les accompagne favorisaient l’émancipation, ça se saurait. Notons aussi que ce discours, utilisé notamment à gauche, c’est un peu la double peine pour celles qui subissent le racisme et l’islamophobie : non seulement on va les priver d’accès à certains espaces, mais en plus on vient leur dire quels combats elles devraient mener et comment. En d’autre termes, patriarcat, racisme et relents de colonialismes se conjuguent très bien ensemble.

Ce nouvel épisode raciste vient aussi nous rappeler que la répression touche principalement celles et ceux que le pouvoir veut mater, dans l’objectif de maintenir une organisation sociale qui lui est favorable et qui lui permet de se maintenir. Si on avait encore à se demander à quoi et à qui servent les lois et la justice et la répression qui va avec…

(1) Thierry Migoule, directeur général des services de la ville de Cannes


Le texte de rap qui accompagne :

Interdisent le burkini sur les plages

Parle d’l’asservissement d’la femme

Mais sans complexe la déshabille au moindre prétexte

On veut du sein, du sale

Que les saints sortent prêcher la parole nationale




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