Novembre 9, 2020
Par Lundi matin
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Quand la maison br没le

Par Giorgio Agamben

芦 Tout ce que je fais n鈥檃 pas de sens si la maison br没le. 禄 Pourtant alors m锚me que la maison br没le il convient de continuer comme avant, faire tout avec soin et pr茅cision, peut-锚tre encore plus studieusement 鈥 m锚me si personne ne devait s鈥檈n apercevoir. Il se peut que la vie disparaisse de la terre, qu鈥檃ucune m茅moire ne reste de ce qui a 茅t茅 fait, en bien et en mal. Mais toi, continue comme avant, il est tard pour changer, il n鈥檡 a plus de temps.

芦 Ce qui arrive autour de toi / n鈥檈st plus ton affaire. 禄 Comme la g茅ographie d鈥檜n pays que tu dois quitter pour toujours. Pourtant de quelle fa莽on encore te regarde-t-il ? Juste maintenant que ce n鈥檈st plus ton affaire, que tout semble fini, toute chose et tout lieu apparaissent dans leur aspect le plus vrai, ils te touchent en quelque fa莽on de plus pr猫s, tels qu鈥檌ls sont : splendeur et mis猫re.

La philosophie, langue morte. 芦 La langue des po猫tes est toujours une langue morte鈥 curieux 脿 se dire : langue morte qui s鈥檈mploie 脿 donner plus de vie 脿 la pens茅e. 禄 Peut-锚tre non une langue morte, mais un dialecte. Que philosophie et po茅sie parlent dans une langue qui est bien moins que la langue, cela donne la mesure de leur rang, de leur sp茅ciale vitalit茅. Peser, juger le monde en le proportionnant 脿 un dialecte, 脿 une langue morte et, toutefois, jaillissante, d鈥檕霉 il n鈥檡 a 脿 changer pas m锚me une virgule. Continue 脿 parler ce dialecte, maintenant que la maison br没le.

Quelle maison br没le ? Le pays o霉 tu vis ou l鈥橢urope ou le monde entier ? Peut-锚tre les maisons, les villes sont d茅j脿 br没l茅es, nous ne savons pas depuis combien de temps, consum茅es dans un unique immense b没cher, que nous avons feint de ne pas voir. De certaines il ne reste que des bouts de mur, une paroi d茅cor茅e d鈥檜ne fresque, un lambeau du toit, des noms, de tr猫s nombreux noms, d茅j脿 mordus par le feu. Et, toutefois, nous les recouvrons si soigneusement d鈥檈nduits blancs et de mots mensongers qu鈥檌ls semblent intacts. Nous vivons dans des maisons, des villes consum茅es de fond en comble comme si elles 茅taient encore debout, les gens font semblant d鈥檡 habiter et sortent dans la rue masqu茅s entre les ruines comme s鈥檌l y avait encore les quartiers familiers d鈥檃utrefois.

Et maintenant la flamme a chang茅 de forme et de nature, elle s鈥檈st faite digitale, invisible et froide, mais justement pour cela elle est encore plus proche, elle nous assaille et nous encercle 脿 tout instant.

Qu鈥檜ne civilisation 鈥 une barbarie 鈥 s鈥櫭ヽroule pour ne plus jamais se relever, cela est d茅j脿 advenu et les historiens sont habitu茅s 脿 marquer et dater c茅sures et naufrages. Mais comment t茅moigner d鈥檜n monde qui part en ruines avec les yeux band茅s et le visage couvert, d鈥檜ne r茅publique qui s鈥櫭ヽroule sans lucidit茅 ni fiert茅, dans l鈥檃bjection et la peur ? La c茅cit茅 est d鈥檃utant plus d茅sesp茅r茅e, parce que les naufrag茅s pr茅tendent gouverner leur propre naufrage, jurent que tout peut 锚tre tenu techniquement sous contr么le, qu鈥檌l n鈥檈st besoin ni d鈥檜n nouveau dieu ni d鈥檜n nouveau ciel 鈥 seulement d鈥檌nterdits, d鈥檈xperts et de m茅decins. Panique et forfanterie.

Que serait un Dieu auquel on n鈥檃dresserait ni pri猫res, ni sacrifices ? Et que serait une loi qui ne conna卯trait ni commandement ni ex茅cution ? Et qu鈥檈st-ce qu鈥檜n mot qui ne signifie ni ne commande, mais se tient vraiment dans le commencement 鈥 et m锚me avant ?

Une culture qui sent venir sa fin, d茅sormais sans vie, cherche 脿 gouverner comme elle peut sa ruine 脿 travers un 茅tat d鈥檈xception permanent. La mobilisation totale dans laquelle J眉nger voyait le caract猫re essentiel de notre temps est 脿 voir dans cette perspective. Les hommes doivent 锚tre mobilis茅s, ils doivent se sentir 脿 tout instant dans une condition d鈥檜rgence r茅gl茅e dans les moindres d茅tails par qui a le pouvoir de la d茅cider. Mais tandis que la mobilisation avait par le pass茅 pour but de rapprocher les hommes, maintenant elle vise 脿 les isoler et 脿 les mettre 脿 distance les uns des autres.

Depuis combien de temps la maison br没le-t-elle ? Depuis combien de temps est-elle br没l茅e ? Certainement il y a un si猫cle, entre 1914 et 1918, quelque chose est advenu en Europe qui a jet茅 dans les flammes et dans la folie tout ce qui semblait rester d鈥檌ntact et de vivant ; puis, de nouveau, trente ans plus tard, le feu s鈥檈st r茅pandu partout et depuis lors il ne cesse de br没ler, sans tr锚ve, doucement, 脿 peine visible sous la cendre. Mais peut-锚tre que l鈥檌ncendie a commenc茅 bien plus t么t, quand l鈥櫭﹍an aveugle de l鈥檋umanit茅 vers le salut et le progr猫s s鈥檈st uni 脿 la puissance du feu et des machines. Tout cela est connu et rien ne sert de le r茅p茅ter. Il convient plut么t de se demander comment nous avons pu continuer 脿 vivre et 脿 penser alors que tout br没lait ; que restait-il en quelque sorte d鈥檌ntact au centre du b没cher ou 脿 ses marges ? Comment avons-nous r茅ussi 脿 respirer 脿 travers les flammes, qu鈥檃vons-nous perdu, 脿 quelle 茅pave 鈥 ou 脿 quelle imposture 鈥 nous sommes-nous arrim茅s ?

Et maintenant qu鈥檌l n鈥檡 a plus de flammes mais seulement des nombres, des chiffres et des mensonges, nous sommes certainement plus faibles et seuls, mais sans possibles compromis, lucides comme jamais auparavant.

Si seulement dans la maison en flammes devient visible le probl猫me architectonique fondamental, alors tu peux voir 脿 pr茅sent ce qui 茅tait en jeu dans l鈥檃venture de l鈥橭ccident, ce qu鈥檈lle a cherch茅 脿 tout prix 脿 atteindre et pourquoi elle ne pouvait qu鈥櫭ヽhouer.

C鈥檈st comme si le pouvoir cherchait 脿 tout prix 脿 saisir la vie nue qu鈥檌l a produite et, toutefois, bien qu鈥檌l s鈥檈fforce de s鈥檈n approprier et de la contr么ler en usant de tout dispositif possible, non plus seulement policier, mais aussi m茅dical et technologique, elle ne pourra que lui 茅chapper, parce qu鈥檈lle est par d茅finition insaisissable. Gouverner la vie nue est la folie de notre temps. Des hommes r茅duits 脿 leur pure existence biologique ne sont plus humains, gouvernement des hommes et gouvernement des choses co茂ncident.

L鈥檃utre maison, celle que je ne pourrai jamais habiter, mais qui est ma vraie maison, l鈥檃utre vie, celle que je n鈥檃i pas v茅cue alors que je croyais la vivre, l鈥檃utre langue que j鈥櫭﹑elais syllabe apr猫s syllabe sans jamais r茅ussir 脿 la parler 鈥 tellement miennes que je ne pourrai jamais les avoir鈥

Quand pens茅e et langage se divisent, on croit pouvoir parler en oubliant que l鈥檕n parle. Po茅sie et philosophie, alors qu鈥檈lles disent quelque chose, n鈥檕ublient pas qu鈥檈lles disent, elles rappellent le langage. Si l鈥檕n se souvient du langage, si l鈥檕n n鈥檕ublie pas que nous pouvons parler, alors nous sommes plus libres, nous ne sommes pas assujettis aux choses et aux r猫gles. Le langage n鈥檈st pas un instrument, il est notre visage, l鈥檕uvert o霉 nous sommes.

Le visage est la chose la plus humaine, l鈥檋omme a un visage et non simplement un museau et une face, parce qu鈥檌l reste dans l鈥檕uvert, parce que dans son visage il s鈥檈xpose et se communique. C鈥檈st pourquoi le visage est le lieu de la politique. Notre temps impolitique ne veut pas voir son propre visage, il le tient 脿 distance, le masque et le couvre. Il ne doit plus y avoir de visages mais seulement des nombres et des chiffres. Le tyran lui aussi est sans visage.

Se sentir vivre : 锚tre affect茅 par sa propre sensibilit茅, 锚tre d茅licatement livr茅 脿 son propre geste sans pouvoir l鈥檃ssumer ni l鈥櫭﹙iter. Me sentir vivre me rend la vie possible, m锚me si je devais 锚tre enferm茅 dans une cage. Et rien n鈥檈st aussi r茅el que cette possibilit茅.

Dans les ann茅es 脿 venir il y aura seulement des moines et des d茅linquants. Et, toutefois, il n鈥檈st pas possible de se mettre simplement 脿 l鈥櫭ヽart, de croire pouvoir s鈥檈xtraire des d茅combres du monde qui s鈥檈st 茅croul茅 autour de nous. Parce que l鈥櫭ヽroulement nous regarde et nous apostrophe, nous sommes nous aussi seulement un de ces d茅combres. Et nous devrions apprendre avec prudence 脿 en user de la fa莽on la plus juste, sans nous faire remarquer.

Vieillir : 芦 cro卯tre seulement dans les racines, et non plus dans les branches 禄. S鈥檈nfoncer dans les racines, d茅sormais sans fleurs ni feuilles. Ou, plut么t, comme un papillon ivre voler sur ce qui a 茅t茅 v茅cu. Il y a encore des branches et des fleurs dans le pass茅. Et l鈥檕n peut encore en faire du miel.

Le visage est en Dieu, mais le os sont ath茅es. Dehors, tout se tend vers Dieu ; dedans, l鈥檕bstin茅 et railleur ath茅isme du squelette.

Que l鈥櫭e et le corps soient indissociablement joints 鈥 cela est spirituel. L鈥檈sprit n鈥檈st pas un tiers entre l鈥櫭e et le corps : il est seulement leur fragile et merveilleuse co茂ncidence. La vie biologique est une abstraction et c鈥檈st cette abstraction que l鈥檕n pr茅tend gouverner et soigner.

Pour nous, seuls, il ne peut y avoir de salut : il y a salut parce qu鈥檌l y a les autres. Et cela non pour des raisons morales, parce que je devrais agir pour leur bien. Seulement parce que je ne suis pas seul, il y a salut : je peux me sauver seulement comme un parmi tant d鈥檃utres, comme autre parmi les autres. Seul 鈥 c鈥檈st la v茅rit茅 sp茅ciale de la solitude 鈥 je n鈥檃i pas besoin de salut, je suis proprement sans espoir d鈥櫭猼re sauv茅. Le salut est la dimension qui s鈥檕uvre parce que je ne suis pas seul, parce qu鈥檌l y a pluralit茅 et multitude. Dieu, en s鈥檌ncarnant, a cess茅 d鈥櫭猼re unique, il est devenu un homme parmi tant d鈥檃utres. C鈥檈st pourquoi le christianisme a d没 se lier 脿 l鈥檋istoire et en suivre jusqu鈥櫭 la fin les destin茅es 鈥 et quand l鈥檋istoire, comme aujourd鈥檋ui il semble advenir, s鈥櫭﹖eint et d茅choit, le christianisme lui aussi s鈥檃pproche de son cr茅puscule. Son irr茅m茅diable contradiction r茅side en ce qu鈥檌l cherchait, dans l鈥檋istoire et 脿 travers l鈥檋istoire, un salut au-del脿 de l鈥檋istoire et quand elle finit, la terre se d茅robe sous ses pieds. L鈥櫭塯lise 茅tait en r茅alit茅 solidaire non du salut, mais de l鈥檋istoire du salut, et comme elle cherchait le salut 脿 travers l鈥檋istoire, elle ne pouvait que finir dans la sant茅. Et quand le moment est venu, elle n鈥檃 pas h茅sit茅 脿 sacrifier 脿 la sant茅 le salut.

Il faut arracher le salut de son contexte historique, trouver une pluralit茅 non historique, une pluralit茅 comme voie de sortie de l鈥檋istoire.

Sortir d鈥檜n lieu ou d鈥檜ne situation sans entrer dans d鈥檃utres territoires. Laisser une identit茅 et un nom sans en assumer d鈥檃utres.

Vers le pr茅sent l鈥檕n ne peut que r茅gresser, tandis que dans le pass茅 l鈥檕n proc猫de tout droit. Ce que nous appelons pass茅 n鈥檈st que notre longue r茅gression vers le pr茅sent. Nous s茅parer de notre pass茅 est la premi猫re ressource du pouvoir.

Ce qui nous lib猫re du poids, c鈥檈st la respiration. Dans la respiration nous n鈥檃vons plus de poids, nous sommes pouss茅s comme en vol au-del脿 de la force de gravit茅.

Nous devrions r茅apprendre 脿 juger depuis le d茅but, mais avec un jugement qui ne punit ni ne r茅compense, qui n鈥檃bsout ni ne condamne. Un acte sans but, qui soustrait l鈥檈xistence 脿 toute finalit茅, n茅cessairement injuste et fausse. Seulement une interruption, un instant en 茅quilibre instable entre le temps et l鈥櫭﹖ernel, o霉 brille 脿 peine l鈥檌mage d鈥檜ne vie sans fin ni projets, sans nom ni m茅moire 鈥 et pour cela sauv茅e, non pour l鈥櫭﹖ernit茅 mais dans une 芦 esp猫ce d鈥櫭﹖ernit茅 禄. Un jugement sans crit猫res pr茅茅tablis et, toutefois, justement pour cela politique, parce qu鈥檌l restitue la vie 脿 sa naturalit茅.

Ressentir et se sentir, sensation et auto-affection sont simultan茅es. Dans toute sensation il y a un sentir soi-m锚me qui ressent, dans toute sensation de soi un ressentir autre, une amiti茅 et un visage.

La r茅alit茅 est le voile 脿 travers lequel nous apercevons le possible, ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire.

Savoir reconna卯tre lesquels de nos d茅sirs infantiles ont 茅t茅 exauc茅s n鈥檈st pas facile. Et, surtout, si la part de l鈥檈xauc茅 qui confine avec ce qui ne peut 锚tre exauc茅 est suffisante pour nous faire accepter de continuer 脿 vivre. On a peur de la mort parce que la part des d茅sirs non exauc茅s a augment茅 sans possible mesure.

芦 Les buffles et les chevaux ont quatre pattes : voil脿 ce que moi, j鈥檃ppelle Ciel. Mettre le licou aux chevaux, perforer les naseaux du buffle : voil脿 ce que j鈥檃ppelle humain. C鈥檈st pourquoi je dis : veille 脿 ce que l鈥檋umain ne d茅truise pas le Ciel 脿 l鈥檌nt茅rieur de toi, veille 脿 ce que l鈥檌ntentionnel ne d茅truise pas le c茅leste. 禄

Reste, dans la maison qui br没le, la langue. Non la langue, mais les imm茅moriales, pr茅historiques et faibles forces qui la gardent et la rappellent, la philosophie et la po茅sie. Et que gardent-elles, que rappellent-elles de la langue ? Non telle ou telle autre proposition signifiante, non tel ou tel autre article de foi ou de mauvaise foi. Plut么t, le fait lui-m锚me qu鈥檌l y ait un langage, que sans nom nous soyons ouverts dans le nom, et dans cet ouvert, en un geste, en un visage nous soyons inconnaissables et expos茅s.

La po茅sie, la parole est la seule chose qui nous est rest茅e de quand nous ne savions pas encore parler, un chant obscur 脿 l鈥檌nt茅rieur de la langue, un dialecte ou un idiome que nous ne r茅ussissons pas 脿 comprendre pleinement, mais que nous ne pouvons pas ne pas 茅couter 鈥 m锚me si la maison br没le, m锚me si dans leur langue qui br没le les hommes continuent 脿 parler 脿 tort et 脿 travers.

Mais y a-t-il une langue de la philosophie, comme il y a une langue de la po茅sie ? Comme la po茅sie, la philosophie demeure int茅gralement dans le langage et seulement la fa莽on d鈥檡 demeurer la distingue de la po茅sie. Deux tensions dans le champ de la langue, qui s鈥檈ntrecroisent en un point pour ensuite inlassablement se s茅parer. Et quiconque dit une parole juste, une simple parole coulant de source, demeure dans cette tension.

Qui s鈥檃per莽oit que la maison br没le peut 锚tre pouss茅 脿 regarder ses semblables qui ne semblent pas s鈥檈n apercevoir avec d茅dain et m茅pris. Pourtant ne seraient-ils pas justement, ces hommes qui ne voient pas et ne pensent pas, les l茅mures 脿 qui tu devras rendre compte au dernier jour ? S鈥檃percevoir que la maison br没le ne t鈥櫭﹍猫ve pas au-dessus des autres : au contraire, c鈥檈st avec eux que tu devras 茅changer un dernier regard quand les flammes se feront plus proches. Que pourras-tu dire pour justifier ta pr茅tendue conscience 脿 ces hommes si inconscients qu鈥檌ls paraissent presque innocents ?

Dans la maison qui br没le tu continues 脿 faire ce que tu faisais auparavant 鈥 mais tu ne peux pas ne pas voir qu鈥櫭 pr茅sent les flammes te montrent 脿 nu. Quelque chose a chang茅, non dans ce que tu fais, mais dans la fa莽on dont tu le laisses aller dans le monde. Une po茅sie 茅crite dans la maison qui br没le est plus juste et plus vraie, parce que personne ne pourra l鈥櫭ヽouter, parce que rien n鈥檃ssure qu鈥檈lle puisse 茅chapper aux flammes. Mais si, par un hasard, elle trouve un lecteur, alors il ne pourra en aucune fa莽on se soustraire 脿 l鈥檃postrophe qui l鈥檃ppelle, de cette clameur sans d茅fense, inexplicable et 茅touff茅e.

Peut dire la v茅rit茅 seulement celui qui n鈥檃 aucune probabilit茅 d鈥櫭猼re 茅cout茅, seulement celui qui parle d鈥檜ne maison qu鈥檃utour de lui les flammes sont implacablement en train de consumer.

L鈥檋omme aujourd鈥檋ui dispara卯t, comme un visage de sable effac茅 par la vague. Mais ce qui en prend la place n鈥檃 plus un monde, c鈥檈st seulement une vie nue, muette et sans histoire, 脿 la merci des calculs du pouvoir et de la science. Mais c鈥檈st peut-锚tre seulement 脿 partir de ce saccage que quelque chose d鈥檃utre pourra un jour lentement ou brusquement appara卯tre 鈥 non un dieu, certes, mais pas m锚me un autre homme 鈥 un nouvel animal, peut-锚tre, une 芒me autrement vivante鈥

Pr茅sentation et traduction (Florence Balique) 脿 partir de l鈥檃rticle italien publi茅 sur le site Quodlibet, le 5 octobre 2020.

Illustration :Van Gogh, Racines d鈥檃rbres (1890).




Source: Lundi.am