Novembre 19, 2021
Par Demain Le Grand Soir
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La fondation de WikiLeaks en 2006, outil de publication en ligne, qui a permis notamment aux « lanceurs d’alerte Â» dont les rĂ©vĂ©lations ont un intĂ©rĂȘt public de faire fuiter des documents secrets en protĂ©geant leur identitĂ© par un systĂšme de cryptage des donnĂ©es.

Suivant un principe cher aux Cypherpunks, Julian Assange a opposĂ© la « transparence des États Â» Ă  la « vie privĂ©e des citoyens Â» et voulait exposer les premiers et protĂ©ger les seconds en faisant de la cryptographie un « fondement de la libertĂ© et de la dĂ©mocratie Â».

WikiLeaks a rĂ©vĂ©lĂ© en 15 ans plus de 10 millions de documents, dont le contenu n’a pas Ă©tĂ© rĂ©futĂ©, touchant diffĂ©rents rĂ©gimes dans le monde sans distinction (avec un rĂŽle dĂ©terminant dans les « Printemps arabes Â», par exemple, ou encore le systĂšme de surveillance de la population russe par ses gouvernants). Mais ce sont les documents concernant les crimes de guerres des États-Unis, aprĂšs les rĂ©vĂ©lations de Chelsea Manning sur les guerres en Irak et en Afghanistan (15 000 morts non signalĂ©s en Irak, assassinats de civils, usage de la torture Ă  Guantanamo, etc.) qui ont dĂ©clenchĂ© la traque de Julian Assange, la campagne de propagande (provisoirement rĂ©ussie) pour la « destruction de son image Â» et son refuge dans l’ambassade Ă©quatorienne Ă  Londres pendant 7 ans, oĂč il a Ă©tĂ© espionnĂ© jusque dans les toilettes. Ses avocats, ses visiteurs et ses dĂ©fenseurs ont aussi Ă©tĂ© espionnĂ©s. Il est dĂ©sormais confirmĂ© que la CIA avait aussi envisagĂ© de l’assassiner ou de le kidnapper, avant de finalement obtenir son enlĂšvement par la police britannique au sein mĂȘme de l’ambassade, le 11 avril 2019. À cette occasion, les documents et disques durs concernant sa stratĂ©gie de dĂ©fense ont Ă©tĂ© volĂ©s.

WikiLeaks a publiĂ©, entre autres, des documents prouvant comment l’administration des États-Unis a espionnĂ© ses alliĂ©s (dont les gouvernants britanniques, allemands et français, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations unies, etc.) et massivement ses propres citoyens par tous les moyens (ordinateurs, smartphones, tĂ©lĂ©viseurs connectĂ©s, jusqu’aux messageries cryptĂ©es). WikiLeaks a montrĂ© en dĂ©tail comment des ententes illĂ©gales entre les gouvernements et des multinationales nuisaient au bien commun, niant les principes dĂ©mocratiques, notamment dans les traitĂ©s internationaux, les Ă©vasions fiscales, les crimes Ă©cologiques, la traque des militants, des dissidents et mĂȘme des journalistes
 WikiLeaks a rĂ©vĂ©lĂ© des malversations dans la dĂ©signation de la candidate dĂ©mocrate Hillary Clinton (face Ă  Bernie Sanders), ce qui a poussĂ© de nombreux commentateurs Ă  accuser Assange d’avoir contribuĂ© Ă  l’élection de Trump, lui reprochant de ne pas avoir cachĂ© la vĂ©ritĂ© sur les agissements de la secrĂ©taire d’État candidate.

WikiLeaks a fourni de prĂ©cieuses informations Ă  la presse internationale dĂ©munie face au dĂ©sintĂ©rĂȘt de ses lecteurs et Ă  la perte de moyens pour enquĂȘter sur la durĂ©e. Julian Assange a Ă©tĂ© sacrĂ© « Homme de l’annĂ©e Â» par la rĂ©daction du Monde en 2010 oĂč il faisait aussi la « une Â» du Time. Les publications permises par la persĂ©vĂ©rance de Julian Assange constituent Ă  ce jour les plus importantes rĂ©vĂ©lations de l’histoire du journalisme.

En rĂ©sumĂ©, ce que Washington reproche Ă  Julian Assange est d’avoir rĂ©vĂ©lĂ© la vĂ©ritĂ© sur les agissements des États-Unis dans le monde, ce qui leur est insupportable.

­DE L’ACCUSATION DE CRIME SEXUEL A CELUI D’ESPIONNAGE ­

L’affaire bidon de « viol Â» en SuĂšde a permis de dĂ©truire l’image publique de Julian Assange au moment oĂč WikiLeaks venait de commencer ses rĂ©vĂ©lations les plus mĂ©diatisĂ©es (celles de Manning, notamment la vidĂ©o Collateral Murder montrant un massacre de civils dont des journalistes par l’ArmĂ©e des États-Unis en Irak). La confusion sur l’affaire suĂ©doise, longuement entretenue, a eu pour consĂ©quence de dĂ©mobiliser un grand nombre de soutiens et a poussĂ© Assange Ă  se rĂ©fugier pendant prĂšs de 7 ans dans l’ambassade Ă©quatorienne Ă  Londres dans des conditions difficiles avant d’y ĂȘtre enlevĂ© et jetĂ© dans la prison de haute sĂ©curitĂ© de Belmarsh, d’abord pour purger une peine exceptionnelle de 50 semaines pour le dĂ©lit mineur de « rupture de bracelet Ă©lectronique Â». Le 19 novembre 2019, Assange a finalement Ă©tĂ© innocentĂ© dans l’accusation de « crime sexuel Â» classĂ©e sans suite, neuf ans aprĂšs les faits reprochĂ©s et un lourd sacrifice
 mais cela n’a rien changĂ©. Le temps Ă©tait passĂ©, l’actualitĂ© aussi et l’image de Julian Assange n’a pas Ă©tĂ© massivement rĂ©habilitĂ©e pour autant. Depuis, il est toujours maintenu en dĂ©tention dans cette prison de haute sĂ©curitĂ©, dans des conditions terribles, parmi de grands criminels et terroristes, et ceci par la volontĂ© des gouvernements amĂ©ricains, sous la prĂ©sidence de Trump et dĂ©sormais de Biden qui, aussitĂŽt Ă©lu, a relancĂ© la procĂ©dure d’extradition en appel, au nom de l’Espionage Act, loi intĂ©rieure amĂ©ricaine de 1917 crĂ©Ă©e pour museler les opposants Ă  l’entrĂ©e en guerre. Si Julian Assange, en mauvaise santĂ© psychique et physique, est extradĂ© aux États-Unis, il risque 175 ans de prison.

LE PROCÈS EN APPEL­

Les 27 et 28 octobre 2021 avait lieu Ă  Londres, le procĂšs en appel des États-Unis rĂ©clamant l’extradition du fondateur de WikiLeaks.

Julian Assange fait face Ă  18 chefs d’accusation, dont 17 sont des infractions Ă  l’Espionage Act de 1917, loi de plus en plus utilisĂ©e par le ministĂšre de la Justice contre les mĂ©dias qui divulguent des documents « classifiĂ©s Â» ou parlent d’informations sensibles avec des journalistes, mĂȘme si ce qu’ils rĂ©vĂšlent est d’intĂ©rĂȘt public. En dĂ©but d’annĂ©e, la juge britannique qui avait validĂ© les arguments des États-Unis pour l’extradition de Julian Assange, avait cependant dĂ©cidĂ© qu’il n’était pas en Ă©tat d’ĂȘtre extradĂ© vu son Ă©tat de santĂ© psychique et compte tenu du risque de suicide. Cette « victoire Â» avait une contrepartie : le refus de l’extradition reposait donc uniquement sur la santĂ© mentale d’Assange. Cela revenait Ă  rejeter tous les arguments de principe en faveur de sa libĂ©ration et Ă  offrir aux AmĂ©ricains une porte de sortie : donner toutes les garanties pour Ă©carter le risque de suicide. Plus simple que de combattre sur les arguments de fond de l’affaire !

S’attaquant aux Ă©valuations psychologiques des experts afin de relativiser le risque de suicide, les États-Unis sont donc revenus Ă  la charge avec cet appel portant sur la capacitĂ© mentale d’Assange Ă  ĂȘtre extradĂ© aux États-Unis, dans la continuitĂ© du traitement d’exception et des humiliations dont il est sans cesse victime depuis le dĂ©but de l’affaire, avec des arguments ignobles sur son degrĂ© de dĂ©pression aprĂšs 9 ans d’enfermement dans des espaces rĂ©duits, privĂ© de la lumiĂšre du jour et d’air frais.

Le dĂ©bat sur la santĂ© mentale d’Assange au centre de la procĂ©dure en appel a propulsĂ© la dĂ©fense loin des dĂ©bats de fond. N’ayant eu jusque-lĂ  aucun mal Ă  obtenir toutes les faveurs de la justice britannique, les accusateurs amĂ©ricains jouent de toutes les roublardises, promettant dĂ©sormais, aprĂšs avoir l’avoir longtemps menacĂ© de mort, aprĂšs avoir mĂȘme concrĂštement projetĂ© de l’enlever ou de l’assassiner, qu’Assange ne risquerait pas grand-chose et serait trĂšs bien traitĂ© une fois extradé  Quand on voit les conditions de dĂ©tention des prisonniers politiques dans les prisons amĂ©ricaines, on ne peut pas croire un mot de ces promesses.

La procĂ©dure peut encore durer longtemps et si Julian Assange est maintenu en dĂ©tention dans cette prison de Belmarsh, sa vie est rĂ©ellement en danger. La mobilisation en soutien Ă  Julian Assange est indispensable pour essayer d’enrayer la machine Ă  broyer et c’est par l’exposition rigoureuse des faits que nous pouvons parvenir Ă  dĂ©jouer les stratĂ©gies les plus cyniques et dĂ©sespĂ©rantes.




Source: Demainlegrandsoir.org