Novembre 23, 2020
Par Dijoncter
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(Dans ce texte, d’un point de vue grammatical, nous avons décidé que le féminin l’emporte sur le masculin ; car le pronom de la majorité des travailleur.euse.s du sexe est féminin.)

Putes, escortes, prostituées, filles de joie, performeuses pornographiques, dominas, travailleuses du sexe, camgirls, michetonneuses, et autres putains dans toutes leur splendeur :

Appelons-NOUS comme NOUS le voulons, mais nous refusons que VOUS parliez à NOTRE place.

Quelle ne fut pas notre surprise, et notre choc, de découvrir, sur les panneaux bisontins, ces affiches de communication officielle, parsemée de logos de mouvements féministes, concernant la journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes.

Sur cette affiche au code couleur ridicule, à la limite du festif : le mot PROSTITUTION. Graphiquement et idéologiquement, vous mettez sur le même plan l’EXCISION, les FEMINICIDES, les COUPS et… notre activité.

Vous auriez pu dénoncer l’ESCLAVAGE SEXUEL, le TRAFIC HUMAIN (nous luttons contre, tout autant que vous : devons-nous, une fois encore, rappeler que nous sommes contre le tapinage forcé et les réseaux de macs ???).

Employer le terme PROSTITUTION pour couvrir des réalités et des situations aussi variées que sont les nôtres, c’est aussi stupide que de nommer « agriculteurs » les esclaves dans les champs de coton.

Vous brandissez des chiffres (ceux du mouvements abolitionniste Le Nid, et ceux de la police !).

Nous, putes en luttes, putes par décision, putes par vocation, ou putes par défaut (puisque, ô surprise ! les putes restent des humaines qui ont besoin de se nourrir), nous ne sommes jamais sollicitées pour vos sondages.

Tout comme nous ne sommes pas sollicitées pour figurer dans la communication officielle dans le cadre, entre autres, de la journée du 25 novembre.

Besançon est une petite ville, les mouvements féministes s’y comptent sur les doigts d’une main. Vous savez que nous existons, nous nous connaissons. Il aurait été si simple de nous écrire un mail à l’adresse [email protected] pour nous inclure, ou au moins nous consulter, sur l’orientation des actions officielles de cette journée du 25 novembre. En France, il est rarissime qu’une association de travailleur.euse.s du sexe et allié.e.s existe dans une ville de cette taille. En fait, c’est une force, un avantage, une chance : parce qu’il n’y a même pas besoin de se casser la tête pour rencontrer les putes, et entendre leurs discours !

Et pourtant, vous décidez de nous ignorer.

Pour reprendre certains mots de votre affiche : INSULTES, DENIGREMENT, CRITIQUES, DEVALORISATION, HAINE. C’est bien ce que vous faites à notre égard.

Votre affiche ne fait qu’amplifier le stigmate, l’invisibilisation et l’exclusion que nous, putes, subissons au quotidien. Stigmatiser, invisibiliser et exclure les putains, cela porte un nom : celui de la PUTOPHOBIE. D’autant plus dur à encaisser, quand ladite putophobie vient des autres femmes, des autres militant.e.s féministes.

Les complices du patriarcat se permettent déjà bien assez de nous couper la parole et de nous expliquer comment lutter, comment agir, comment vivre. On n’a ni envie, ni besoin, que vous, militant.e.s féministes, en rajoutiez une couche.

Alors cessez de nous voler la parole. Cessez de nous infantiliser, de nous culpabiliser, de refuser de nous regarder.

Ecoutez les putes ; les putes écrivent, chantent, scandent, collent des affiches sur les murs de votre ville.

Les putes répondent aux mails, et même aux interviews des journalistes, lorsque ceux-ci daignent s’intéresser à leur existence. Ecoutez-nous parler de notre vision des luttes féministes, qui ne se feront pas sans nous ; écoutez nous parler de notre travail, dans ses formes les plus variées !

Ecoutez les putains, vous n’en serez que plus enrichi.e.

Essayez de déconstruire vos clichés et idées reçues qui ont la peau dure :

« Les prostituées étrangères de Besançon ont toutes un proxénètes » ; leur avez vous posé la question ?

« Une passe, c’est un viol tarifé » : mais qui êtes-vous donc pour caractériser nos activités ?

« Les clients sont forcément des sales types oppressifs » : nos clients, on les connaît bien, figurez-vous. Et, nouveau scoop : il n’y a pas plus de abrutis chez les clients, que chez les non-clients !

Nous, on en a assez de vous écouter parler de nous sans que vous soyiez concerné.e.s.

C’est aux putes de parler de ce qu’est être pute, pas à vous. Votre affiche, c’est comme une gifle.

Cessez d’employer le même mot, PROSTITUTION pour parler à la fois de nous et des personnes victimes de traite humaine.

Ça veut dire quoi, être « pour », ou être « contre » le travail du sexe ?

On existe, putain. Les violences que nous subissons sont bel et bien réelles : elles sont en grande partie la conséquence de votre putophobie. De VOTRE morale que VOUS projetez sur NOUS LES PUTES. De votre soutien notoire aux lois gouvernementales abolitionnistes.

 [1]

On existe, putain : nous culpabiliser, nous oublier, nous mépriser, n’y changera rien.

Cessez de dire que ce n’est « pas un travail », ou que ce n’est « pas un travail comme les autres » : nous, putes, avons des compétences et des connaissances, – en santé sexuelle, en anatomie, en relationnel, en sociologie, en psychologie – qui sont propres à nos activités.

Cessez de nous dire que nous n’avons pas « choisi » d’être pute. Comme si un ouvrier ou une femme de ménage avait « choisi » son gagne-pain ! Où est la notion de « choix » dans une société capitaliste, post-coloniale et hétéropatriarcale ?

Cessez de nous dire qu’on souffre systématiquement d’être pute : il y a des putes qui aiment leur travail, ou du moins qui s’en accommodent, qui en tirent plus de positif que de négatif. Est ce que c’est la majorité d’entre nous ? Peu importe : on installe bien des rampes d’accès alors qu’il n’y a pas une majorité de personnes qui se déplacent en fauteuil roulant ; l’argument de « mais c’est une minorité » n’en est donc pas un.

Cessez de vouloir nous « sauver ». Comme si on était des gamines incapables de nous exprimer en notre nom propre.

Si vous voulez nous « sauver », comme vous dites, nous vous invitons à participer à la cagnotte « Soutien aux putains de Besançon » : https://www.lepotcommun.fr/pot/7iemcfnq

En cette période de pandémie, les travailleuses du sexe sont particulièrement précarisées : beaucoup d’entre nous ne peuvent plus se déplacer chez les clients (qui sont forcément moins nombreux ces temps-ci), de nombreuses collègues ne peuvent plus exercer dans la rue. Sans oublier les risques sanitaires auxquels nous sommes exposées, car une passe en respectant les gestes barrière, c’est faisable mais ça reste un défi !

Nous ne sommes pas des lobbystes pro-prostitution. Nous ne sommes pas des proxénètes. Nous n’encourageons pas particulièrement les gens à devenir putes. Nous ne nions pas que certaines putes sont malheureuses au travail. Nous ne nions pas l’existence de violences (les putes sont exposées aux violences sexuelles, oui… mais en fait, comme la plupart des femmes le sont !). Ce qui est certain, c’est que vos positions anti-putes ne nous protègent absolument pas, bien au contraire.

Ne nous libérez pas, on s’en charge.

Nous luttons contre la putophobie, sous toutes ses formes : nous luttons contre celles et ceux qui nous volent la parole, nous luttons contre ce type de communication dénigrante, culpabilisante et caricaturale, qu’est votre affiche.

Pourquoi ne pas venir nous rencontrer, nous poser vos questions ? Nous ne mordons pas (enfin, sauf dans les cas où le client a payé pour une prestation spécifique !).

Depuis quelques mois, nous tenons une permanence chaque mardi, de 14h à 17h, au 12 rue des Frères Mercier, à Besançon (ré-ouverture de la permanence à la fin du confinement).

Nous distribuons du matériel aux collègues afin qu’elles puissent travailler en toute sécurité (préservatifs, gel lubrifiant, gel hydro-alcoolique, bombe d’autodéfense,…). Nous mettons à leur disposition une zone de gratuité, une véritable grotte à culottes et à frous-frous ! Nous avons aussi une bibliothèque féministe et queer libre d’accès, Au Bonheur des Garces, remplie de livres écrits par des putains (eh oui, les putains savent lire et écrire !) : Grisélidis Réal, Bertoulle Beaurebec, Emma Becker, Thierry Schaffauser, Maîtresse Nikita, Ovidie, Raquel Pacheco, etc… Sur notre compte Facebook Asso PDA, nous informons, nous renseignons, nous valorisons des œuvres des cultures putes, nous publions la parole des personnes concernées, la seule qui nous paraisse réellement légitime et prioritaire.

Qu’on soit heureuse d’être pute, qu’on soit fatiguée d’être pute, qu’on soit pute occasionnelle ou pute à plein temps, qu’on soit pute déclarée à l’URSAFF ou pute au black, qu’on soit pute discrète ou pute publique, qu’on soit pute syndiquée, qu’on soit pute isolée, qu’on soit pute par seul nécessité financière, ou qu’il y ai aussi les notions de plaisir, de réappropriation de nos corps et d’empowerment :

Nous sommes putes, nous sommes fières, nous sommes féministes.

Association Partage, Droit et Autonomie : https://assopda.wordpress.com/

Collectif Putains dans l’âme : https://putainsdanslame.wordpress.com/

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Source: Dijoncter.info