Mars 1, 2021
Par Lundi matin
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Ce texte DaDa-PUNK est soufflĂ© :

Par le Manifeste DaDa de Hugo Ball (1916)

DaDa signifiant « va te faire mettre Â» ; et on peut traduire : DaDa = PUNK. [1]

Par le seul texte thĂ©orique de MikhaĂŻl Bakhtine, Pour une philosophie de l’acte (1920).

Et, bien sûr, par Marcel Duchamp,

La MariĂ©e mise Ă  nu par ses cĂ©libataires, mĂȘme (1912-1923).

Marcel Duchamp et :

Le CollĂšge de Pataphysique ;

L’Ouvroir de littĂ©rature potentielle [2]

Et, pour qui saura lire, ce texte est une recomposition du marxisme, reconfiguration qui traverse « le marxisme occidental Â» (de Lukacs Ă  Marcuse), « l’opĂ©raĂŻsme Â», « l’Open Marxism Â» (Holloway) et mĂšne aux dĂ©bats contemporains sur « le nouveau matĂ©rialisme Â» (Badiou, Zizek).

Ce ne sera donc pas un texte philosophique (plutĂŽt pataphysique), mais une introduction thĂ©orique Ă  la science sociale unifiĂ©e, histoire, psychanalyse, Ă©conomie, sociologie, dont rĂȘvaient « les marxistes Â».

NĂ©anmoins, seule l’introduction thĂ©orique (ou « spĂ©culative Â», pour suivre le nouveau vocabulaire du « matĂ©rialisme spĂ©culatif Â»), seule cette introduction sera dĂ©veloppĂ©e ; avec « l’éthique politique Â» associĂ©e.

Toute la partie (gigantesque) de « science critique Â» (pour suivre les termes de la ThĂ©orie Critique de Francfort, Adorno, et Benjamin) – de critique de l’économique, par exemple – ayant Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par ailleurs (en d’autres Miettes, depuis longtemps dĂ©vorĂ©es).

Le style sera donc para-mathématique (mathématique au seul sens de Bourbaki) et non pas poétique (le style souvent associé à la philosophie depuis Heidegger, le style que préfÚre Giorgio Agamben, et, à moitié, Alain Badiou).

Le texte sera divisĂ© en sections (les Miettes). Et pour faciliter la lecture, procĂ©dera Ă  de nombreuses reprises ou rĂ©pĂ©titions (chaque Miette cherchant Ă  ĂȘtre « indĂ©pendante Â»).

Pour l’introduire de maniĂšre plus classique, le texte qui suit est le montage thĂ©orique d’une hypothĂšse empirique :

HypothĂšse empirique : nous sommes au moment d’une nouvelle « coupure rĂ©volutionnaire Â» ; mais fracture (encore) invisible et qui ne deviendra « Ă©vidente Â» que par ses effets, effets qui commencent, cependant, Ă  « apparaĂźtre Â» en masse.

Nous serons donc conduits vers une « phĂ©nomĂ©nologie Â» de l’invisible, de l’apparaĂźtre et de l’évident.

Mais partons des effets, qui commencent Ă  ĂȘtre massivement visibles ; et rĂ©sumons les Ă  deux manifestations (le deux Ă©tant notre chiffre fĂ©tiche) : « la dĂ©structuration Ă©cologique Â» prĂ©sente deux aspects (que nous retenons ici), le changement climatique et les Ă©pidĂ©mies virales (Ă©pidĂ©mies, dont il est maintenu prĂ©vu qu’elles se reproduisent rĂ©guliĂšrement, ouvrant tout un champ de profits aux « nouvelles industries biotechnologiques Â», et tout un champ de coercitions nouvelles pour le Despotisme Ă©volutif ou Ă©voluant vers l’autoritarisme).

Il faudrait dĂ©velopper de trĂšs longues analyses « critiques Â» sur « l’anthropocĂšne Â» (ou « le capitalocĂšne Â») pour montrer que les deux manifestations (retenues, il y en a d’autres) sont les effets d’une mĂȘme rupture.

Nous poserons, ici, ces dĂ©monstrations comme acquises. Car le sujet du texte est autre, et se veut une explication thĂ©orique de ces effets et de la rupture gĂ©nĂ©ratrice, ou une « remontĂ©e Â» des effets et de leur rupture, Ă  leur thĂ©orie.

Nous allons chercher une théorisation des ruptures, fractures, désastres, etc.

Et nous avons mĂȘme « un visage Â» Ă  mettre sur notre analyse : Elon Musk, l’allĂ©gorie de cette coupure, Elon Musk dont il faudrait Ă©tudier en dĂ©tail le discours technopathe de « la fuite en avant Â» style SF, le gigantisme technique comme « salut Â».

Arrivons au sujet du texte :

Il s’agit de thĂ©oriser la fracture, rupture, coupure.

Essayons de la prĂ©ciser, de maniĂšre un peu plus thĂ©orique :

Il s’agit du 4e mouvement « d’abstraction Â» ; aprĂšs les 3 prĂ©cĂ©dents analysĂ©s par Baudrillard dans L’échange symbolique et la mort.

Chaque nouveau mouvement « d’abstraction Â» passe par une coupure, « une rĂ©volution Â», Ă  la fois technique, de la mesure cadastrale Ă  la calculabilitĂ© la plus invasive (comme l’informatisation et les big data – la rĂ©volution informatique), ET politique, une « avancĂ©e Â» dans les techniques du Despotisme.

Introduisons le durcissement des formes : aliĂ©nation secondaire puis rĂ©ification congĂ©lation (en despotisme Éco-Nomique) – de la tradition au conformisme et au grand conformisme.

L’économie (et l’Éco-Nomie) correspond(ent) Ă  une Ă©tape de l’histoire du despotisme se perfectionnant (« le progrĂšs Â»), une Ă©tape de « l’histoire de l’abstraction Â».

Pour bien analyser cette abstraction il faut partir de son rĂ©sultat : la sociĂ©tĂ© numĂ©risĂ©e, comptable, mesurable, monĂ©taire, etc., incarnation mathĂ©matique appliquĂ©e.

Posons la question : comment est possible une sociĂ©tĂ© soumise Ă  la comptabilitĂ©, sociĂ©tĂ© qui rend possible la science sociale mathĂ©matique (et d’abord l’économique) ; ou, comment se dĂ©ploie le mouvement qui mĂšne du droit (romain) Ă  l’arithmĂ©tique politique, Ă  la statistique, Ă  la comptabilitĂ© nationale et aux modĂšles de gestion macroĂ©conomiques (dits keynĂ©siens, par exemple) ? Comment devient possible la constitution Ă©conomique (hayekienne) de style Maastricht et ses suites europĂ©ennes techno-Ă©conomiques (l’austĂ©ritĂ© infinie comme enfermement comptable) ?

Plusieurs gĂ©nĂ©alogies entremĂȘlĂ©es sont indispensables Ă  Ă©tudier :

— La gĂ©nĂ©alogie des organisations « rationnelles Â» modernes ou des « bureaucraties rationnelles Â» (d’entre-prise).

Ce thĂšme renvoie aux recherches de Pierre Legendre. Je ne citerai que l’un de ses premiers ouvrages (dĂ©coiffant !) et l’un des derniers (il y aurait beaucoup Ă  dire sur la dĂ©rive conservatrice Ă  rĂ©actionnaire de Legendre ; mais les Ɠuvres n’appartiennent pas Ă  leurs auteurs !) ; bien entendu tout le reste de l’Ɠuvre est Ă  mĂ©diter (en particulier sur l’importance du droit dans la gĂ©nĂ©alogie du despotisme Ă©co-Nomique) ; il faut toujours lire Giorgio Agamben AVEC Pierre Legendre.

Jouir du Pouvoir, traitĂ© de la bureaucratie patriote, Ă©d. de Minuit, 1976 ;

Dominium Mundi, L’Empire du Management, Mille et Une Nuits, 2007.

— La gĂ©nĂ©alogie de la comptabilitĂ©, comptabilitĂ© qui prend son envol dans la rĂ©publique mercantie de Venise.

À l’exosquelette militaire des sombres chĂąteaux forts moyenĂągeux (un chĂąteau fort Ă©tant une carapace idĂ©ologique projetant des individus cuirassĂ©s – exoprojection de la cuirasse caractĂ©rielle de W. Reich) succĂšde l’exosquelette numĂ©rique comptable monĂ©taire, beaucoup plus abstrait et « rationnel Â», l’exosquelette comptable de la rĂ©publique mercantile avec ses palais « ouverts Â». Certes la comptabilitĂ© exige le sombre chĂąteau (de Kafka) ; Venise a besoin d’une armĂ©e, mĂȘme mercenaire et peut faire la fortune de condottieri casquĂ©s (Bartolomeo Colleoni) ; mais le saut d’abstraction (de « rationalisation Â») dans la norme numĂ©rique comptable monĂ©taire ne peut se penser qu’au moyen de la gĂ©nĂ©alogie fracturĂ©e de la lignĂ©e juridique autoritaire.

Explicitons cela (trop) rapidement :

Posons : CommonWealth = Reich = Empire, Richesse = Puissance, Wealth = Reich (richard, riche) ; le processus de civilisation est un processus de durcissement, processus qui permet l’accumulation ; du point de vue royal (du rĂ©al de la rĂ©alitĂ©), on passe des dolmens aux pyramides (progrĂšs architectural) ; et la richesse (des tombeaux ! ˗ dĂ©jĂ  le travail mort !) est bien l’expression immĂ©diate de la domination (ici de l’esclavage – quand a dĂ©butĂ© l’esclavage ? dĂšs la construction des grands tombeaux, 50 000 avant JC ?). Le chĂąteau fort carapace des quasi-insectes sociaux (plaisanterie « latouriste Â») manifeste l’enfermement « nĂ©cessaire Â» dans la forteresse (aussi bien Kafka que Dick, La vĂ©ritĂ© avant derniĂšre). L’accroissement de la richesse (des riches) dĂ©note le renforcement des procĂšs de contrĂŽle (intensifs et extensifs), jusqu’à la crĂ©ation de la rĂ©alitĂ© virtuelle numĂ©rique comptable monĂ©taire (le chĂąteau fort (comme un coffre-fort) comptable monĂ©taire dĂ©guisĂ© en palais renaissance est notre monde).

On peut alors se reporter Ă  Jean Baudrillard, Ă  L’échange symbolique et la mort, 1976.

On doit se référer aux travaux de Baudrillard pour la pensée des simulacres (cf. encore Philip Dick), des abstractions réalisées ou incarnées en institutions (en chùteaux ou blockhaus exosquelettiques).

Toute rĂ©alitĂ© est un processus de colonisation qui TEND Ă  Ă©tablir un systĂšme ou une mĂ©ga-structure, au moyen d’une structuration (le processus de congĂ©lation) ; des opĂ©rations politiques de structuration tentent d’établir et de maintenir de telles systĂ©matiques (qu’il faut sans cesse enforcer).

Ces systĂ©matiques fragiles sont hypostasiĂ©es en lois, ordres, « nature sociale Â» (communautĂ© impĂ©rative ou identitaire), mĂȘme, et surtout, lorsque systĂšmes, lois, ordres sont incomplets (ils ne peuvent ĂȘtre qu’incomplets) et que la structuration colonisation interne n’arrive pas (jamais) Ă  la structuration « parfaite Â» (pour utiliser un terme d’économiste).

La structuration vise Ă  la complĂ©tude, la fermeture (identitaire), l’absorption complĂšte (du RĂ©el). En tendance, la structure se clĂŽt en systĂšme qui se substitue au RĂ©el (cherche Ă  se substituer au RĂ©el) et tend Ă  former un nĂ©o-rĂ©el, une rĂ©alitĂ© virtuelle.

Ce néo-réel réalité virtuelle est symbolique (imaginaire au sens de Castoriadis, constituant du social).

Il est donc important de distinguer des niveaux d’analyse :

1- La structuration, la Guerre, la conflictualitĂ© et la tentative sans cesse reprise de la colonisation (question : pourquoi la colonisation Ă©choue-t-elle et doit-elle ĂȘtre sans cesse reprise ; rĂ©ponse : parce que le RĂ©el dĂ©substructurant est dĂ©terminant en derniĂšre instance) ;

2- La structure structurĂ©e, la nĂ©o-rĂ©alitĂ© incomplĂšte, toujours formalisĂ©e en systĂšme de droit ;

3- La structure thĂ©orisĂ©e (par le structuralisme statique ou par l’Éco-Nomie) qui est la tentative de bouclage discursif idĂ©ologique de cette nĂ©o-rĂ©alitĂ© ; c’est Ă  ce niveau tertiaire que se situent les « sciences de police Â» (Ă©conomie, gestion, sociologie, psychologie, etc.).

En simplifiant si le RĂ©el est Chaos, le symbolique est un semblant, un simulacre, lui-mĂȘme brisĂ© par le Chaos. Toute sociĂ©tĂ© (du) simulacre, comme tout agent socialisĂ© (assujetti), est clivĂ©, cassĂ©, divisĂ©, etc.

On peut, sur cette base simpliste, Ă©tablir une gĂ©nĂ©alogie (elle-mĂȘme simpliste) de la rĂ©alitĂ© Éco-Nomique abstraite (du progrĂšs de la rationalisation) :

— Soit d’abord le rĂšgne de la loi, symbolique 1 ou simulation de 1er ordre ; le symbolique est hyperrĂ©alisĂ© comme contrainte irrĂ©fragable dĂ©clarĂ©e « naturelle Â» ; s’opĂšre la constitution d’un Ă©tat du monde, naturel ou Ă  la loi naturelle ; correspondant Ă  cette constitution se dĂ©ploie une sociĂ©tĂ© disciplinaire, inquisitoriale prĂ©-moderne.

— Sur la base nĂ©cessaire de cette rĂ©alitĂ© virtuelle 1 (posĂ©e naturelle ou comme nature) peut apparaĂźtre la science comme symbolisation du symbolique ou simulation de 2e ordre ; on peut parler d’hermĂ©neutique de 1er ordre ; la nĂ©o-rĂ©alitĂ© rĂ©gularisĂ©e Ă  la loi naturelle et rendue irrĂ©fragable par les procĂ©dĂ©s disciplinaires devient l’objet (« naturel Â») de la rĂ©flexion de second ordre ; d’oĂč la double fonction (ou tentation) permanente de la science : assurer le symbolique 1 (naturalisĂ©), renforcer ce symbolique 1 par un symbolique 2 encore plus incontestable (puisque « scientifique Â») ; dĂ©bute alors la sociĂ©tĂ© de contrĂŽle moderne et ses nouvelles mythologies (science & technique pour l’essentiel).

Nous trouvons lĂ  des Ă©lĂ©ments critiques pour analyser la science (Ă©conomique, par ex.) : la science Ă  la fois assure le symbolique dit naturel en proclamant « sa rĂ©alitĂ© Â», l’objet de la science est d’affirmer pĂ©remptoirement qu’il y a de la rĂ©alitĂ© naturelle, de la loi naturelle, de l’innĂ©, du biologique naturel, etc., et cette science Ă©galement renforce ce naturel sup-posĂ© ou im-posĂ©, Ă©nonce dogmatiquement la rĂ©alitĂ© symbolique de niveau 1 par une discursivitĂ© de niveau 2 qui ne passe pas pour une discursivitĂ© mais pour une certitude, l’irrĂ©fragable de la loi naturelle Ă©tant renforcĂ© par l’absolue certitude de la « dĂ©monstration scientifique Â».

Cette rĂ©alitĂ© virtuelle de 2e ordre, moderne, rationnelle, a un point d’ancrage fort dans les sciences qui sont bien policiĂšres.

— Un troisiĂšme dĂ©ploiement se met en place, le Spectacle, symbolique 3, simulation de 3e ordre ou dĂ©ploiement complet de la rĂ©alitĂ© virtuelle comme conformation.

Il est assez simple de placer dans cette esquisse de gĂ©nĂ©alogie de l’abstraction, la mesure, la comptabilitĂ©, la numĂ©ricisation, la monnaie, l’ordre Éco-Nomique qui correspond Ă  ce symbolique 3. L’aboutissement actuel du mouvement de l’abstraction est la science Ă©conomique nomothĂ©tique, analysĂ©e comme psychologie normative gĂ©omĂ©trique ou science normative du comportement tendant Ă  ĂȘtre rendu complĂštement prĂ©visible.

En rĂ©sumĂ©, par un mouvement d’approfondissement (avec des coupures) de « l’abstraction Â», nous arrivons Ă  l’étape nouvelle de « l’artificialisation Â», pour suivre le vocabulaire de l’EncyclopĂ©die des Nuisances.

Étape encore plus radicale (ou rĂ©volutionnaire), qui radicalise la radicalitĂ© (de « l’oubli du RĂ©el Â»).

Avec les effets indiquĂ©s, climat, virus, dĂ©sastres en tous genres dont l’émigration, ET la poursuite, « accĂ©lĂ©rĂ©e Â» ou « accĂ©lĂ©rationniste Â», de la fuite sans fin, style Elon Musk.

Donc :

Nous avons des Ă©lĂ©ments empiriques un peu thĂ©orisĂ©s, les Ă©tapes de l’abstraction et leurs effets ; chaque Ă©tape ou Ă©poque correspondant Ă  une coupure fracture avec des effets spĂ©cifiques.

En particulier des effets de pouvoir.

À chaque Ă©poque le Despotisme mute, en se renforçant tendanciellement (il devient « scientifique Â» ou « Ă©clairĂ© Â»).

« Notre Ă©tape Â» ou « notre Ă©poque Â» est celle « technopathique Â» du Despotisme autoritaire technocrate (sanitaire) ; avec, toujours, la figure d’Elon Musk, « le nouvel ingĂ©nieur conquĂ©rant Â», Robur le ConquĂ©rant.

Alors :

Le texte qui suit est la tentative de thĂ©orisation ou d’explication de ces Ă©lĂ©ments empiriques, d’abord bruts puis semi-Ă©laborĂ©s ou un peu thĂ©orisĂ©s, et, enfin, dans le texte lui-mĂȘme, complĂ©tement thĂ©orisĂ©s.

Théorisation qui implique la critique et la réflexivité.

Pour le dire d’une maniĂšre hĂ©gĂ©lienne (Hegel notre grand « inspirateur Â») l’abstraction rĂ©alisĂ©e radicalisĂ©e, la 4e Ă©tape de l’artificialisation irrĂ©versible et caractĂ©risĂ©e par une fuite vers une 5e Ă©tape, par exemple la « conquĂȘte de l’espace Â» (style Elon Musk), cette nouvelle abstraction, pour ĂȘtre analysĂ©e, exige une pensĂ©e critique rĂ©flexive de cette abstraction, pensĂ©e qui ne ĂȘtre qu’abstraite ou « spĂ©culative Â», encore un terme hĂ©gĂ©lien.

ThĂ©orie abstraite de l’abstraction !


L’Office de l’Abyme
Aux militants (fidĂšles) de la guerre Ă©ternelle
Future Unlimited

Miettes pour les corbeaux :

Miettes 1 : L’engagement.

Miettes 2 : Critique du programmatisme ;

Critique du principe de « l’éthique premiĂšre Â» (Ă  la LĂ©vinas).

Miettes 3 : Les difficultĂ©s de la pensĂ©e thĂ©orique,

Dans la structure axiomatique du monisme Ă  dualitĂ© ;

Immanence radicale et dualité.

Miettes 4 : SchĂ©ma restreint du monisme Ă  dualitĂ©, ou de la philosophie non standard,

En exploitant le matériau Agamben.

Miettes 5 : Le mouvement historique de la sĂ©cularisation de la thĂ©ologie nĂ©gative,

néoplatonicienne,

Comme introduction au monisme à dualité.

Miettes 6 : SchĂ©ma un peu plus dĂ©taillĂ© de la non dialectique,

Ou de la dynamique de la dualité.

Miettes 7 : Introduction Ă  la question de la rĂ©alisation ;

Que veut dire « rĂ©aliser Â» le RĂ©el en rĂ©alitĂ© ?

Toute rĂ©alisation est corruption ;

Retour sur le thĂšme, nĂ©oplatonicien, de « la dĂ©gradation Â».

Miettes 8 : SchĂ©ma restreint du monisme Ă  dualitĂ©,

En concassant le matériau Badiou.

Miettes 9 : Introduction Ă  l’axiomatique de la dualitĂ© non dialectique,

Comme « gĂ©nĂ©ralisation Â» de l’hermĂ©neutique heideggĂ©rienne.

Miettes 10 : Lecture anti-humaniste, Ă  la Badiou, de l’évĂ©nement qui (nous) Ă©choit,

Mais qui n’est pas choisi.

Attendre la révolution,

Ou s’engager dans le flux continu de l’évĂ©nement fragmentĂ© et constant.

L’évĂ©nement dĂ©multipliĂ© de la dĂ©construction.

Politique négative et Agir négatif, forment les principes an-archiques, du PUNK anarchism.

Annexe : exercice de critique.

La rĂ©volution n’est pas un problĂšme de technique.

C’est toujours un problùme de destitution de toute construction.

Épilogue


Miettes 1

L’engagement

Nous allons essayer de penser ce que pourrait-ĂȘtre « l’engagement Â», disons, pour simplifier, l’engagement pour la justice, lorsque cet engagement n’est plus « appuyĂ© Â» ou « fondĂ© Â» sur une perspective constructive ou affirmative.

Lorsque l’engagement ne se pense plus en termes de poursuite d’une fin, lorsque l’engagement n’est ni tĂ©lĂ©ologique ni sotĂ©riologique, lorsque l’engagement ne se pense plus en termes de « rĂ©alisation Â» d’une utopie ou d’un quelconque programme Ă©thique (prĂ©supposĂ©). Lorsque l’engagement n’est plus dans « la lumiĂšre Â» de l’utopie.

Depuis longtemps, maintenant, au moins depuis Sartre, se pose la question d’une morale ou d’une action morale au milieu du chaos.

Vieille question gnostique !

Nous allons dĂ©placer cette question ; ce que nous nommons « gĂ©nĂ©ralisation du gnosticisme Â».

La question de l’agir sans fondement, l’agir an-archiste, ou de l’engagement sans issue, hors de toute fin, sera divisĂ©e en deux analyses : axiomatique & critique.

Deux analyses entremĂȘlĂ©es, faits et valeurs ne pouvant se sĂ©parer, que nous reprendrons plusieurs fois au moyen de schĂ©mas, principalement de schĂ©mas restreints.

SchĂ©mas restreints qui dĂ©ploieront des critiques de pensĂ©es politiques standards ; et nous serviront de supports (et d’illustrations). Et permettrons, peut-ĂȘtre, de mieux nous situer.

Par exemple, parce que nous aimons beaucoup Giorgio Agamben, nous ouvrirons une carriĂšre oĂč nous exploiterons le matĂ©riau Agamben.

Partons de la dĂ©finition, Ă  la Derrida, de « la justice Â», la justice Ă©tant l’objet de l’engagement : l’engagement de justice, au sein du chaos monde.

La justice est la dĂ©construction, c’est-Ă -dire la critique illimitĂ©e, de la critique qui se critique elle-mĂȘme.

La justice n’est pas un « Ă©tat Â» (de justice) mais un mouvement, une dynamique.

Mouvement sans fin qui « entraĂźne Â» l’engagement.

Engagement qui devient l’Office de l’Abyme (Abgrund).

Au moyen d’allers et retours, de chemins de traverse, et, surtout, de chemins qui ne mĂšnent nulle part, de passages de l’axiomatique, comme expression de la justice, Ă  la critique, au commentaire et Ă  la glose (ou gnose), nous allons essayer de faire penser ce que peut ĂȘtre cet « Office de l’Abyme Â» (le militant engagĂ©, dans le flux de la justice ou de la dĂ©construction, devenant un « Officier de l’Abyme Â»).

Le militantisme classique, positiviste et qui vise une fin (nommĂ©e « Ă©tat de justice Â», une utopie ou un alter-monde), le militantisme affirmatif, doit ĂȘtre « dĂ©passĂ© Â» ou, plutĂŽt, dĂ©placĂ© (sorti de toute place ou emplacement).

Le sous-jacent ou l’arriĂšre-plan Ă©tant (ce que Badiou nomme) « la fidĂ©litĂ© Â». Mais fidĂ©litĂ© extraite de son histoire religieuse ou des cadres moraux (Ă©thiques stabilisĂ©s ou Ă©tatisĂ©s).

Comment ĂȘtre fidĂšle Ă  l’idĂ©e de « rĂ©volution Â» ou de « communisme Â» (Ă  l’évĂ©nement qui coupe, toujours pour reprendre Badiou) lorsque l’évĂ©nement semble Ă©vanoui ?

Et, d’abord, que signifie l’évanouissement ? Pourquoi l’évĂ©nement ou l’idĂ©e qu’il soulĂšve doit-il s’évanouir ?

La fidĂ©litĂ© doit se repenser : non pas fidĂ©litĂ©, positive ou positiviste, Ă  une construction idĂ©ale ou Ă  une espĂ©rance, trop corruptibles, mais fidĂ©litĂ© Ă  une puissance, Ă  une potentialitĂ© (Agamben), c’est-Ă -dire Ă  quelque chose d’indĂ©terminĂ© (et d’interminable), la puissance de justice qui est la puissance (nĂ©gative) de dĂ©construction illimitĂ©e.

Utilisons (le matĂ©riau) dĂšs maintenant (nous y reviendrons en dĂ©tail, Miettes 4), l’introduction de Giorgio Agamben au « poĂšme philosophique Â» de Carlo Levi, Peur de la libertĂ© (Éditions la TempĂȘte, 2021).

Tout mouvement de libĂ©ration qui ne serait pas conscient (et donc critique) du lien indĂ©fectible entre l’idolĂątrie Ă©tatique (ou l’idolĂątrie de la statique, de l’état de repos) et l’esclavage est condamnĂ© Ă  l’échec.

Chercher Ă  « rĂ©aliser Â» un Ă©tat de justice rĂ©active la rĂ©duction esclavagiste.

Passons alors de l’anarchie (schĂ©ma restreint) Ă  l’an-archie (gĂ©nĂ©ralisation).

Tout engagement pour la justice qui ne serait pas conscient (et donc critique) du lien indĂ©fectible entre la croyance idolĂątre en la possibilitĂ© de fixer un Ă©tat (dont l’État n’est qu’une figure), en la possibilitĂ© de construire une « utopie rĂ©alisĂ©e Â» (style Erik Olin Wright), ET la reconduction de l’esclavage, sera condamnĂ© Ă  l’échec, sera condamnĂ© Ă  tourner dans l’enfer monde.

La condamnation sera celle de « tourner Â», c’est-Ă -dire de reproduire les circuits et les circularitĂ©s qui font monde ; tourner indĂ©finiment dans les geĂŽles de l’enfer monde.

Comment alors Ă©chapper Ă  cette condamnation, Ă©chapper Ă  l’éternel retour infernal des constructions corrompues ?

Non pas en imaginant que l’on peut Ă©chapper au chaos ou Ă  l’enfer monde en « dĂ©couvrant Â», en portant au jour, un Ă©tat paradisiaque ou d’harmonie.

Mais en faisant souffler une tempĂȘte, un maelström qui va dynamiser, dynamiter (Ă  coup de « nihiline Â») le chaos, « l’accĂ©lĂ©rer Â», mais vers RIEN.

Non pas chercher Ă  « arrĂȘter Â» ou stabiliser, Ă©tatiser, mais, au contraire, mettre en mouvement indĂ©fini les institutions qui se pensent « justes Â» par leur simple stabilitĂ©.

Toute institution qui « s’arrĂȘte Â», qui s’incruste et cherche Ă  durer, ne peut qu’ĂȘtre de plus en plus « corrompue Â». Le pouvoir corrompt, le pouvoir stabilisĂ© corrompt encore plus.

Il n’y a aucune opposition Ă  avoir contre les programmes, les projets, les utopies, les utopies merveilleuses ; et leurs « rĂ©alisations Â».

Il n’y a qu’une conscience critique Ă  avoir : toute rĂ©alisation est corruption.

Et, donc, il ne s’agit pas de trouver la formule des « meilleures institutions Â», cette graduation (du pire au meilleur) ne serait qu’un rĂ©alisme de compromission (incapable de dĂ©faire la corruption) ; il ne s’agit pas plus de chercher Ă  imposer (et comment ?) de « bonnes institutions Â» dĂ©finies par un calcul Ă©thique (le problĂšme de LĂ©vinas avec l’État).

Il s’agit de « rester mobilisĂ©s Â».

À la fois de faire face au chaos ou Ă  la corruption, insurpassables, ET Ă  l’impossibilitĂ© radicale « d’éliminer Â» ce chaos.

Éliminer le chaos, si cela s’avĂšre simplement pensable, ce serait anĂ©antir le monde, et ses humains. La solution finale !

Peut rester la compromission des degrĂ©s de chaos ; mais qui, vite, dĂ©rape.

Revenons aux deux analyses liées, dont nous avons parlé plus avant.

Nous dĂ©velopperons une axiomatique, une thĂ©orie du monde et de son au-delĂ  (l’Être et l’ÉvĂ©nement) – une science critique.

Mais une telle axiomatique, qui adjoint un « en dehors Â» au monde, est directement une Ă©thique, ici une Ă©thique politique (anti-humaniste). La fameuse distinction faits / valeurs se complexifie.

Axiomatique, Ă©thique, critique, engagement, voilĂ  ce qu’il faut sĂ©parer, pour dĂ©velopper une analyse ; mais qui ne sont pas sĂ©parables.

Il ne peut donc ĂȘtre question de penser « l’éthique Â» au sens de LĂ©vinas, Ă  la fois comme norme et comme pensĂ©e premiĂšre ; la question de la « rĂ©alisation Â», qui fracasse le systĂšme de LĂ©vinas, reviendrait hanter l’éthique (ce pourquoi Derrida dĂ©veloppe une « hantologie Â» plutĂŽt qu’une « ontologie Â»).

Le normatif se dissout toujours dans la compromission, dans « la mission Â» de se rĂ©aliser (ainsi va l’enfer monde).

Il faut donc inverser les choses (ce que nous avons nommĂ© « rĂ©volution copernicienne opĂ©raĂŻste Â»).

L’éthique ne peut se penser que comme mouvement, engagement, lutte, Ă©thique politique ; « critique pratique Â» pour reprendre le vieux vocabulaire marxiste (althussĂ©rien).

L’éthique rendue Ă©thique politique se caractĂ©rise par la lutte ; lutte qui se sait sans fin ; et exige une fidĂ©litĂ© hĂ©roĂŻque.

Le combat, la lutte, l’antagonisme viennent toujours avant ; et se thĂ©orisent en termes de la dualitĂ© RĂ©el / rĂ©alitĂ©.

Poser l’éthique comme premiĂšre et dĂ©finie normativement (des tables de lois Ă©purĂ©es), cela est exclu.

L’éthique n’est pas une table des lois futures ; elle consiste en l’engagement dans la lutte, lutte qui se sait (critiquement ou rĂ©flexivement) « interminable Â», illimitĂ©e.

La lutte « prĂ©cĂšde Â» et dĂ©passe, de toujours, l’engagement ; qui est engagement dans la lutte.

Comprendre, voir, l’antagonisme, le poser axiomatiquement, en faire un « principe Â», la lutte d’abord, tout cela est dĂ©jĂ  un engagement Ă©thique politique (le pouvoir exigeant de dĂ©nier l’antagonisme et se prĂ©sentant comme pouvoir de paix).

L’éthique apparaĂźt nĂ©gativement et comme nĂ©gativitĂ©. Refus, rejet, opposition, contradiction, etc.

Autant que la justice est la critique illimitĂ©e, et, donc, une rupture, l’engagement de justice dans l’antagonisme consiste Ă  soutenir la rupture.

L’éthique politique se place toujours du cĂŽtĂ© du « dĂ©sordre Â» (que nous thĂ©oriserons comme RĂ©el) CONTRE, antagonisme, « l’ordre Â» (que nous thĂ©oriserons comme rĂ©alitĂ©).

L’éthique politique consiste Ă  rejoindre le flux de dĂ©structuration.

Jamais elle ne consiste Ă  se compromettre dans des structurations.

Encore une fois, non pas imaginer « stabiliser Â» ou « rĂ©soudre Â» le chaos, trouver une bonne sociĂ©tĂ© humaine, mais s’engager dans le flux destructeur.

L’invention de palais flottants ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© que comme un « support pĂ©dagogique Â» pour des enfants apeurĂ©s, support qu’il faut sans cesse critiquer. Et cette forme d’éthique, voire de morale « moralisante Â», est tout Ă  fait seconde.

L’invention Ă©thique de palais merveilleux, ou toute formulation de tables des lois futures, cela ne peut avoir aucun autre sens que celui d’accompagner, d’illustrer en images pieuses ou en chants Ă©piques entraĂźnants (et donc dangereux), la critique premiĂšre effectuĂ©e par la politique nĂ©gative.

Maintenant, il est temps de cesser de « positiver Â», il est temps d’abandonner le positivisme politique ou la politique des ingĂ©nieurs gestionnaires du social.

Finissons par un grand texte religieux, un Ă©vangile du monde moderne :

« Le rĂ©sultat gĂ©nĂ©ral auquel j’arrivai, et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur Ă  mes Ă©tudes, peut, briĂšvement, se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports dĂ©terminĂ©s et nĂ©cessaires, indĂ©pendants de leur volontĂ©, rapports de production qui correspondent Ă  un degrĂ© de dĂ©veloppement dĂ©terminĂ© de leurs forces productives matĂ©rielles.

L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure Ă©conomique de la sociĂ©tĂ©, la base concrĂšte sur laquelle s’élĂšve une superstructure juridique et politique et Ă  laquelle correspondent des formes de conscience sociale dĂ©terminĂ©es. Â»

Voilà le bréviaire. Celui du matérialisme tronqué en réalisme avec réductionnisme économique.

Mais c’est ce brĂ©viaire qui introduit « la dĂ©termination en derniĂšre instance Â» que nous placerons comme notion essentielle pour thĂ©oriser la diffĂ©rence RĂ©el / rĂ©alitĂ©.

Incitons à relire cette trop célÚbre préface.

Et laissons comme exercice sa critique (le passage du matérialisme réductionniste au matérialisme transcendantal ou spéculatif).




Source: Lundi.am