Janvier 24, 2022
Par Lundi matin
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La ville de Puits-sans-Fond, terre historique de l’industrie chimique sise sur les laborieux rivages rhodaniens, mais dĂ©sormais plus marquĂ©e encore par un chĂŽmage massif et prĂšs de la moitiĂ© d’une population vivant sous le seuil de pauvretĂ©, a vu aux derniĂšres Ă©lections municipales la victoire de la gauche ensemble unie derriĂšre le candidat DĂ©sĂ©pines. Lui le candidat vert et son adjointe communiste Ă  la culture, Madame Bourgeois, ont annoncĂ© trĂšs rapidement vouloir faire de la Culture une prioritĂ© de leur mandat. Tout, en effet, concourt depuis Ă  le confirmer.

La mĂ©diathĂšque municipale en est le fleuron, la pointe avancĂ©e. Sous l’impulsion d’un management innovant et moderne, le maire et son Ă©quipe, ayant Ă©tabli le constat d’un personnel de mĂ©diathĂšque trop nombreux et coĂ»teux, entreprennent selon leurs mots « d’optimiser l’équipement Â» : remplacement Ă  venir d’une partie du personnel par des bĂ©nĂ©voles tout Ă  fait aptes Ă  rĂ©aliser des tĂąches « ingrates Â», rĂ©duction du personnel, normalisation subsĂ©quente des vacances de permanences auprĂšs du public et exigence d’extension toujours plus ample des horaires d’ouverture, imposition d’un d’accroissement du nombre d’actions culturelles, Ă©loge de la polyvalence ou transversalitĂ© se traduisant par l’interchangeabilitĂ© des mĂ©tiers – une personne formĂ©e Ă  l’animation numĂ©rique peut devenir du jour au lendemain spĂ©cialisĂ©e dans l’accueil de la petite enfance et les actions pĂ©dagogiques Ă  son endroit – , rigueur comptable de l’équipe municipale qui fait le choix raisonnable, aprĂšs avoir rĂ©duit le nombre d’employĂ©s dĂ©sormais pas assez pour tout faire, d’une diminution des achats de livres, et par-lĂ  du budget affĂ©rent ainsi que leur traitement, car il faut bien “prioriser” en faveur de la vitrine que sont les animations, quitte Ă  rabougrir la base
Les employĂ©s, qui pensaient tirer profit de l’établissement l’étĂ© dernier d’un cadre horaire pour ne plus travailler avec zĂšle et sans compter leurs heures supplĂ©mentaires, sont encouragĂ©s sous une bĂ©nĂ©fique contrainte Ă  anticiper les besoins, Ă  se livrer, sans regarder au temps, Ă  la beautĂ© morale de l’action publique. Les cas de burn-out relevĂ©s les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes ne sont qu’incidences privĂ©es et personnelles. DĂ©jĂ  d’aucuns confrĂšres avaient rapportĂ© il y a un an le tĂ©moignage d’un bibliothĂ©caire de l’Ouest français sur ce management dĂ©bridĂ©. Depuis, les mĂ©thodes d’encadrement dans la fonction publique ont progressĂ©, Ă  l’instar de la mise au pas sereine des bibliothĂ©caires indolents de Puits-sans-Fond, onĂ©reux bradypes, par un management usant des meilleurs procĂ©dĂ©s : report par les dirigeants d’une responsabilitĂ© inassumĂ©e de leurs choix et ordres politiques sur les employĂ©s, chantage, verbiage Ă©dulcorant, Ă©tourdissement par l’urgence permanente, mensonge et docte pression psychologique, dĂ©valorisation d’un mĂ©tier privĂ© de toute expertise et lĂ©gitimitĂ© propre, menace enfin de mise Ă  pied ou de limogeage selon le statut. Il est navrant que l’équipe tout entiĂšre de la mĂ©diathĂšque, entraĂźnant avec elles d’autres employĂ©s municipaux naĂŻfs, ait optĂ© pour la grĂšve annoncĂ©e cette semaine. Le maire parle Ă  cet Ă©gard de « prise d’otages Â». Il est bien le seul Ă  porter l’étendard du service public. Heureusement les directions administratives donnent le la aux chefs d’établissements : il leur est demandĂ© de « taper fort Â» et « d’avoir un coup d’avance Â». Il n’y a pas Ă  rougir de l’intransigeance salutaire d’esprits managĂ©riaux pĂ©tris d’une discipline toute militaire. Reportage.

Le maire de Puits-sans-Fond

Le maire de Puits-sans-Fond

A pour parrain Janus

A sa chemise ourlée

L’aspic noir de Charlus

Le maire de Puits-sans-Fond

Frappe du poing sur la table

“Le livre mes mots dĂ©font

La chose doit ĂȘtre rentable

Voyez je suis un vert

Un vert-de-gris passé

Je suis Ă  mon hiver

Mon esprit est racé

J’ai connu la grandeur

Mais vous neuve jeunesse

Il n’est plus pour vous l’heure

Je sais par droit d’aünesse

Ma parole politique

Est un vain consensus

Une lùcheté étique

Mon verbe est un rébus

Mais aux gens opiniĂątres

ParaĂźt ma vĂ©ritĂ© :

Je suis un idolĂątre

Des rentabilités

Cette bibliothĂšque

OĂč vous vous prĂ©lassez

Votre tribu d’Aztùques

Je la prends au lacet

Je sabre gentiment

Ses rangs d’improductifs

Et tandis que je mens

L’émoi en pendentif

Et la culture au front

Frémissant des bacchantes

Je vous fais un affront

Du profit je m’enchante

Au pas ces hommes du livre !

Ouvrez plus soyez moins !

Je remplacerai ivre

Par de bénévoles mains

Sans autre Ă©molument

Que leur retraite chiche

J’entaillerai crĂ»ment

Vos trop-perçus de riches

Ainsi diminueront

En nombre les ouvrages

Et nous Ă©toufferons

Vos petits cris de rage

Je vous l’ai dit dĂ©jĂ 

Mon adjointe communiste

Voudrait qu’on allĂ©geĂąt

Cette coûteuse liste

D’employĂ©s fonctionnaires

Ou pour partie seulement

Payés tous à rien faire

A lire douillettement

Moi le sieur Désépines

Et mon bras droit Bourgeois

Faisons courber l’échine

En un grand feu de joie

Je suis un homme de gauche

Un humaniste connu

Mais en sous-main j’ébauche

La mine du parvenu

Je chĂ©ris l’apanage

Que confĂšre ma fonction

Je n’aime pas le partage

Sur moi tombe l’onction

Habile Ă  manager

Sur mes agents je jette

Responsabilité

Fonction publique en miettes”

PCF, Ă©colos, et autres volatiles

Voyez comme ils sont beaux

En comptables serviles

Libéraux au jabot

Chassez-les donc du temple

Qu’importe l’étiquette

La révolte sera ample

DĂ©chirons leurs liquettes

Ingrid Sanbra




Source: Lundi.am