Février 8, 2021
Par Attaque
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reçu par mail / samedi 6 février 2021

Le premier numéro de la revue Caligine est sorti.
Caligine, des mots négatifs dans cette sombre réalité.
36 pages en A4.
4 euros à copie, 3 euros pour ordres de plus de 5 copies

Pour nous écrire et en demander des copies : caligine@riseup.net
Caligine
Sobborgo Valzania, 27
47521 – Cesena (Italie)

Sommaire :

Abbracciare il caos [Enlacer le chaos]
Una straordinaria normalità [Une extraordinaire normalité]
Radici senza piante [Racines sans plantes]
Alcuni spunti di riflessione a partire dall’intervista ad Alfredo Cospito « Ma quale internazionale? » [Quelques éléments de réflexion à partir de l’entretien à Alfredo Cospito « Quelle internationale? »]
Sulla civiltà, sui corpi, sulle malattie, il cielo ed altre visioni [Sur la civilisation, sur les corps, sur les maladies, sur le ciel et d’autres visions]
Negatività queer [Négativité queer]
…Ha un nome che fa paura […Il a un nom qui fait peur]
Attacco incendiario agli uffici dell’Ente Nazionale delle Foreste [Attaque incendiaire des bureaux de l’ONF]

Éditorial :

La misère de la survie amène la pensée à se réfugier dans la commune banalité du rationalisme. La technique envahi la vie, la transformant en une séquence d’opérations, en une correspondance linéaire de causes et d’effets, en une interprétation machinale du monde, étrangère à soi.

Cependant il y a quelque chose qui échappe. La méga-machine n’est qu’une interprétation, un concept, un projet irréalisable. La quantité ne pourra jamais se superposer à la qualité, elle ne coïncident pas et ne coïncideront jamais. Nous conservons encore la conviction, que certain.e.s considèrent peut-être une illusion naïve, que la domination ne pourra jamais être totale, il y a une dimension incontrôlable qui lui échappe. C’est là qu’on trouve l’unicité propre de l’individu.

Le parcours de chaque individu est parsemé de regards, de pensées, de connaissances, de capacités, de réflexions, d’instincts soudains, de délires incompréhensibles, d’action créatives… la tentative de faire rentrer la complexité de ce monde dans une revue est en soi une limitation, mais aussi une façon de la valoriser, de la disperser afin que quelqu’une d’autre puisse en cueillir les fragments et donner vie à une unicité nouvelle. Voilà pourquoi naît cette revue, pour donner libre cours à cette dimension encore sauvage, que quelques individualités nourrissent avec passion et affect.

Une revue sans mode d’emploi, pour savourer, lentement, en dehors du temps frénétique qui entoure nous vies, des écrits et des idées qui ne vivent pas forcément dans le temps présent, parfois non plus dans le passé et encore moins dans l’avenir.

Il est difficile d’expliquer quelque chose qui n’a pas, et ne veut pas avoir, une définition en soi, une détermination. Nos voulons nous mettre en discussion, à partir du langage, nous voulons expérimenter. Poésie, prose, chants, images, récits, dissertations qui sentent la philosophie… tout ce qui travers nos corps et qui peut devenir parole écrite veut trouver son espace dans cette publication.

Vous n’y trouverez donc pas des Certitudes, qui ne sont que des tristes carcans, mais des idées exprimées avec détermination, la volonté de rester en dehors de l’instantanéité communicative, le refus de la dimension technologique. Les Certitudes sont des ennemis. Elle sont des dogmes, comme la Religion, y comprise la religion de la Science, de l’État e de l’Humanité. Nous voulons profaner la sacralité. En descendant, ou en montant (qui nous dit que le chemin sera en descente ?) dans l’abîme du doute.

Il n’y a pas de recettes (peut-être quelques unes quand-même, hé hé). On n’a pas la présomption d’énoncer aucune Vérité, un autre triste carcan. Celles/ceux qui liront cette revue pourront, s’ils/elle le voudrons, savourer librement chaque mot et trouver un sens (ou plusieurs sens), sans besoin de manuels. Il n’y a pas tout et son contraire, ou peut-être si. Parce que le chaos est propice. Il n’y a sûrement pas la volonté de faire passer l’idée que tout va bien, que toute interprétation est belle, parce que les personnes qui écrivent partent d’un point de vue individuel qui, en tant que tel, se heurtera à celui d’autres personnes. Les perspectives sont claires, dans nos têtes.

Un auteur contemporain, méconnu par le grand public, que quelqu’un.e a questionné sur le sens de l’écriture, dans cette époque, après des si nombreux siècles de littérature, a répondu que chaque chose peut être dite de milles manières différentes : voici le sens de continuer à écrire, encore et encore, pour dire toujours mieux, avec encore plus de lucidité, de force, de poésie, ce que nous voulons exprimer. Comme l’individu d’où elle jaillit, égal.e seulement à soi-même, sa production littéraire est unique, elle aussi.

Nous pensons que le sens de cette revue puisse être résumé dans cette citation paraphrasée : il y a et il y a eu des analyses pointues, des philosophies entraînantes, des littératures percutantes, mais il reste toujours quelque chose à nous, que nous pouvons dire. Nous nous reconnaissons dans la critique radicale de cette réalité et dans une approche non-positive dans l’analyse de l’existant et dans l’action que nous voudrions encourager et pratiquer ; d’autant plus à une époque où le slogan est en train de remplacer la réflexion et où la critique peine à trouver une légitimité, écrasée par les mégaphones du pouvoir et par les bouches grises de ses servants, qui suivent le scénario avec de plus en plus d’arrogance, avec de plus en plus de véhémente surdité.

Nous nous adressons à quiconque fasse de la guerre contre ce monde aussi un instrument d’introspection et de critique : dans le désir de voir le ciel rempli de la fumée épaisse montant des décombres fumantes, nous n’épargnons pas le défi de faire de nous-mêmes un champ de bataille.

Conscient.e.s que même dans le meilleur des mondes (im)possibles il y aurait des personnes réfractaires au statu quo et convaincu.e.s que ce meilleur des mondes n’arriver pas, nous nous préoccupons du temps présent, des dévastations provoquées par le pouvoir et des petites et grandes misères que nous aussi portons en nous. Détruire pour construire ensuite ?

Certainement, mais détruisons, pour l’instant. Le demain n’existe pas, mais la joie éprouvée dans l’instant de la chute d’un mur, ou d’un dogme, ou d’un ennemi, est l’affirmation du fait que la vie peut se découvrir heureuse.




Source: Attaque.noblogs.org