DĂ©cembre 9, 2021
Par Dijoncter
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Le groupe de soutien psy, aussi appelĂ© Psy psy, existe depuis 2011 sur le plateau de Millevaches dans le Limousin. Ce groupe se mobilise pour apporter du soutien ponctuel ou de longue durĂ©e Ă  des personnes en souffrance psychique, en faisant notamment appel aux pratiques d’entraide cultivĂ©es dans cette rĂ©gion et cette communautĂ©. En 2019, un entretien a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© avec Lucie, une des membres du groupe, Ă©ditĂ© en brochure en 2021. Elle prĂ©sente le dispositif de soutien pensĂ© par le groupe et les principes qui sous-tendent leur pratique, et revient sur leur rapport aux professionnel·le·s de la santĂ©, aux proches et aux souffrances psychiques plus largement. L’article ci-dessous reproduit les premiĂšres pages de la brochure.

Entretien avec Lucie Rivers-Moore du groupe de soutien psy, juillet 2019.

Est-ce que tu peux nous raconter comment le groupe Psy psy a vu le jour ?

C’est une histoire qui a dĂ©marrĂ© en 2011 Ă  l’occasion de rencontres organisĂ©es sur le Plateau de Millevaches par l’association Pivoine, association d’éducation populaire qui fait notamment de la formation et aussi des Ă©vĂ©nements en lien avec les besoins repĂ©rĂ©s sur le territoire. En 2011, on a estimĂ© qu’il y avait plusieurs personnes et groupes qui nous contactaient ou qu’on entendait discuter de la question des souffrances psychiques, et de comment faire avec ça. Des questionnements sur la folie et comment elle peut exister dans les espaces dans lesquels on vit ; mais aussi comment on fait quand un·e proche ne va pas bien et qu’on veut pouvoir l’accompagner tout en se protĂ©geant de ce que ça peut ĂȘtre comme poids ; ou encore des rĂ©flexions autour de lieux d’accueil, de refuge, de repli pour des personnes qui traversent des moments douloureux… Ce sont les raisons principales qui nous ont amenĂ©es Ă  prĂ©parer ces journĂ©es lĂ .

On les a appelĂ©es Trois jours autour des souffrances psychiques. On a montĂ© un groupe de travail quelques mois avant ces rencontres avec des gens de sensibilitĂ©s diffĂ©rentes, pour imaginer trois jours qui puissent ĂȘtre ouverts autant Ă  des professionnel·le·s de la santĂ© qui sont dans l’institution de maniĂšre trĂšs classique qu’à des gens du rĂ©seau anti-psy y compris hors rĂ©gion. Et entre ces deux pĂŽles, il y a des habitant·e·s du Plateau de Millevaches qui Ă©taient soit concerné·e·s par ces questions, soit proches de gens qui allaient mal et avaient envie de questionner ça. C’était une douzaine de personnes qui se sont rĂ©unies pour prĂ©parer et porter ces trois jours de rencontres. Les rencontres en elles-mĂȘmes ont rĂ©unis pas loin d’une centaine de personnes Ă  certains moments Il y a eu des ateliers, des discussions, du thĂ©Ăątre, des dĂ©bats contradictoires, des grandes bouffes, des Ă©coutes collectives d’émissions de radio…

Suite Ă  ces rencontres sont nĂ©s deux groupes de travail, trĂšs diffĂ©rents du groupe qui avait organisĂ© les rencontres : un premier groupe lancĂ© par LoĂŻc [une personne du groupe Psy psy] qui a invitĂ© des professionnel·le·s de la santĂ© Ă  parler de leurs pratiques, avec une diversitĂ© de soignant·e·s : de la naturopathe en passant par l’ostĂ©o, jusqu’à l’infirmier·Úre psy, psychothĂ©rapeute, psychologue, psychiatre, mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste. Le prisme Ă©tait large : des pratiques de soin dites alternatives Ă  des gens plutĂŽt dans l’institution avec des pratiques mĂ©dicales plus classiques. Pendant plusieurs mois, ce groupe s’est rencontrĂ© et ces personnes ont crĂ©Ă© un espace de parole qui n’existe pas dans leur cadre professionnel. Elles ont pu questionner ensemble leurs pratiques, ce qui semblait absolument nĂ©cessaire. Et pour LoĂŻc [autre membre du groupe], ce fut l’occasion de les travailler au corps pour qu’iels puissent ĂȘtre ouverts Ă  travailler avec le groupe de soutien psy en devenir.



Pourrais-tu entrer dans les dĂ©tails du fonctionnement, et du dispositif de soutien que vous mettez en place lorsque vous intervenez auprĂšs de personnes ?

ConcrĂštement aujourd’hui, quand on est interpellé·e·s soit par les proches d’une personne, soit par la personne elle-mĂȘme, on commence par une premiĂšre rencontre. Dans le cas oĂč on serait contacté·e·s par des proches, on ne met pas le pied dans la porte, on a besoin de l’accord de la personne. Mais on peut accompagner les proches pour qu’iels posent leurs limites et que tout le monde puissent trouver de l’aide. On est toujours deux personnes de Psypsy et on appelle ça le « binĂŽme de rĂ©fĂ©rence Â». Ce binĂŽme, ce sont les personnes qui feront le premier entretien et qui seront en charge du suivi, ainsi que de la crĂ©ation et coordination d’une sorte de rĂ©seau, rhizome, trame, ou toile de fond autour de la personne en souffrance. Ce rĂ©seau est constituĂ© de tout un tas d’autres personnes hors du groupe Psypsy. Des professionnel·le·s de la santĂ© ou des voisin·e·s, ami·e·s, parfois inconu·e·s qui sont d’accord d’ĂȘtre dans ce rĂ©seau d’appui.

« Ce rĂ©seau est constituĂ© de tout un tas d’autres personnes hors du groupe Psypsy. Des professionnel·le·s de la santĂ© ou des voisin·e·s, ami·e·s, parfois inconu·e·s qui sont d’accord d’ĂȘtre dans ce rĂ©seau d’appui. Â»

Le dispositif s’est affinĂ© au fil des annĂ©es puisque chaque expĂ©rience est formatrice. On a essayĂ© de penser Ă  quelque chose de trĂšs contenant, structurant, rassurant pour des gens qui sont dans une pĂ©riode de flottement parfois maximale. Mais Ă  la fois, ça doit ĂȘtre suffisamment souple pour que les personnes puissent y naviguer Ă  la hauteur de leur capacitĂ© d’autonomie – c’est-Ă -dire en Ă©tant toujours en contact avec le maximum d’autonomie possible. On cherche Ă  ce que la personne soit toujours considĂ©rĂ©e au maximum de ses capacitĂ©s. Parfois elle sera elle-mĂȘme en gestion de son rĂ©seau de soutien ; ou alors la participation de la personne Ă  cette organisation se fera progressivement, et le binĂŽme de rĂ©fĂ©rence fera simplement la supervision.

Pour lire la suite : https://syndicat-montagne.org/wp-content/uploads/2021/08/2021-brochure_-psy_psy.pdf

Pour contacter les autrices de la brochure : [email protected]

Pour prendre soin, au mieux, du tissu qui nous lie et pour défier les logiques libérales, individualistes et capitalistes qui nous abßment.




Source: Dijoncter.info