La Commission europĂ©enne, dĂ©sormais prĂ©sidĂ©e par Mme Ursula von der Leyen – qui a, dit-on, Ă©tĂ© placĂ©e lĂ  par M. Macron, avec le soutien et la complicitĂ© de M. Orban [1] – vient donc de se doter, en la personne de M. Margaritis Schinas, d’un commissaire chargĂ©, cela figure en toutes lettres dans sa feuille de route, de la « protection de notre mode de vie europĂ©en Â».


On ne sait ce que sont, prĂ©cisĂ©ment, les signes distinctifs de cet art de vivre qu’il convient de capitonner : est-ce, par exemple, « notre Â» si rĂ©cente – c’était dans le siĂšcle dernier – et si furieusement europĂ©enne propension Ă  perpĂ©trer, dans les limites d’un continent comme dans le plus vaste cadre d’expĂ©ditions coloniales, de monstrueux gĂ©nocides ?

Ou bien : serait-ce « notre Â» difficultĂ©, aujourd’hui, Ă  ne pas hĂ©risser ledit continent de camps (de rĂ©tention) et de barbelĂ©s, de Calais Ă  KĂŒbekhĂĄza ?

Ou bien encore : la facilitĂ© avec laquelle, dans l’espace de quelques annĂ©es, nous avons laissĂ© se noyer dans « notre Â» si chĂšre et si prĂ©cieuse MĂ©diterranĂ©e, ĂŽ-berceau-de-tant-de-civilisation(s), des dizaines de milliers de rĂ©fugié·e·s – pour mieux nous gargariser d’en accueillir parfois trente, sur cent qui errent de port en port, chassĂ©s de partout, refoulĂ©s d’ailleurs ?

Cela n’est pas dit.

Mais on sait du moins, et en revanche, contre qui et contre quoi il doit ainsi ĂȘtre protĂ©gĂ©, car M. Schinas, qui est en charge de l’éducation et de la culture, « supervisera aussi les questions migratoires Â» [2].

Dans l’esprit des gens (disons comme ça pour ne pas basculer dans la grossiĂšretĂ©) qui ont confectionnĂ© cet intitulĂ© appelant Ă  le « protĂ©ger Â», ce sont donc les migrations, qui menaceraient « notre Â» scintillant « mode de vie Â» – et non le dĂ©tricotement continu de nos sĂ©curitĂ©s sociales par cette (mĂȘme et) si protectrice Europe.

C’est contre les migrant·e·s, qu’il faudrait se cuirasser – exactement comme dans les divagations xĂ©nophobes de MM. Camus (Renaud) et Zemmour (liste non exhaustive).

Et M. Macron (le trĂšs cauteleux M. Macron, qui continue cependant, lorsqu’il n’est pas occupĂ© Ă  accepter Ă  Bruxelles le soutien de M. Orban, Ă  se poser en dernier rempart contre l’extrĂȘme droite) s’y emploie, sans mesurer sa peine – Ă  moins que ce ne soit sa Pen. Car c’est sous sa houlette que, dans le moment prĂ©cis oĂč les Talibans bombardent Kaboul, « la France veut accĂ©lĂ©rer les expulsions d’Afghans Â» [3] vers « un pays oĂč la situation sĂ©curitaire s’est Â» donc, comme le souligne Amnesty international, « encore aggravĂ©e Â» : preuve, s’il en fallait, que son Europe sait aussi protĂ©ger des modes de mort.


Article publié le 25 Sep 2019 sur Lmsi.net