Décembre 4, 2021
Par Paris Luttes
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La prison Modelo de Barcelone a ouvert momentanément ses portes au public après sa fermeture définitive en juin 2017 et 113 ans d’existence, et avant les travaux de réaménagement. Victor Simal, l’ancien détenu, la revisite in extremis en 2020. Ce film remet en situation, plus de quarante ans après, un libertaire français incarcéré en 1978 pendant près de neuf mois à La Modelo. Il relate les circonstances politiques de la fin des années 1970, son propre engagement, et la situation sociale et insurrectionnelle à l’œuvre au sein de La Modelo.

Il s’agit d’une histoire singulière car, bien sûr, c’est son histoire personnelle mais aussi parce que Victor est un personnage à lui tout seul. Son caractère prodigue et chaleureux ouvre la parole aux autres et scelle un attachement presque immédiat. Cette convivialité imprègne le récit de sa période d’emprisonnement. Sa narration est fréquemment farcie d’anecdotes, pour certaines truculentes, pour d’autres tragiques, mais cette chronique du monde carcéral nous assène aussi la situation funeste et violente de l’enfermement. Sa jovialité n’obère pas la partie sombre de ses souvenirs, elle la raconte… singulièrement.

C’est un témoignage historique car la fin des années 1970 en Espagne est truffée d’événements, pas toujours bien connus en France, qui vont marquer le devenir de la péninsule. La mort de Franco n’a pas représenté la fin de la dictature. Pendant presque une décennie toutes les marques du passé sont encore présentes. La répression et sa violence produisent les mêmes effets : la rébellion et la désobéissance (civile ou pas) restent les seuls moyens de lutte. La mémoire de cette période est plus que précieuse, car sans elle, on ne peut comprendre les ornières brunes du futur qui pourrait nous advenir.

Contexte : Après la mort de Franco le 20 novembre 1975, le régime espagnol maintient un appareil policier et militaire guère différent de celui du régime franquiste. Au cours de la « transition démocratique » , le gouvernement espagnol ouvre des discussions avec les partis politiques et les syndicats. Elle aboutissent aux pactes de La Moncloa signés en 1977. Seule la Confédération Nationale du Travail (CNT, syndicat anarcho-syndicaliste) refuse de les parapher, ce qui entraînera une violente répression à son encontre, et une énième criminalisation du mouvement libertaire en son entier.

En février 1978, douze membres des Groupes autonomes libertaires et/ou sympathisants espagnols et français sont arrêtés lors d’une rafle sur le territoire espagnol. Victor est piégé dans les Pyrénées, à la frontière espagnole, ainsi que trois autres compagnons le 3 février 1978. Bernard Pensiot est appréhendé à Barcelone le 4 février 1978 avec deux autres personnes. Dans les deux cas, le rôle déterminant de confidentes travaillant pour la Guardia Civil est patent. Avant d’être incarcérés à La Modelo, nos deux amis perpignanais (et bien d’autres) seront durement torturés pendant 72 heures lors des « interrogatoires » dans la caserne San Pablo de la Guardia Civil.

Plus d’informations sur le film sur le site des Giménologues.

Vendredi 10 décembre à partir de 19h, projection du film documentaire “Amis, dessous la cendre”, réalisé par le collectif Les amis d’abord (2021), en présence de Victor Simal, à la bibliothèque associative de Malakoff (14, impasse Carnot 92240 Malakoff – métro ligne 13 Rue Etienne-Dolet).
site de la bibliothèque : https://b-a-m.org
catalogue de la bibliothèque : https://bi.b-a-m.org/opac_css/




Source: Paris-luttes.info