La « bleuïte » est la plus grosse opération d´infiltration, de désinformation, d´intoxication et de manipulation jamais montée par les services secrets militaires français contre l´appareil du Front de Libération Nationale (FLN) et sa branche armée, l’Armée de Libération Nationale (ALN) durant la guerre d’Algérie. Dans la Casbah d’Alger et dans la Wilaya III en Kabylie, le capitaine Paul-Alain Léger et ses « bleus de chauffe » officiant pour le Groupe de Renseignements et d’Exploitation (GRE) parviennent à faire croire à l’état-major rebelle que ses troupes sont gangrénés par des traîtres et des espions à la solde des français. Composé essentiellement d’anciens militants du FLN retournés, le GRE profite de la structure autoritaire de l’organisation ennemie pour y déclencher des purges en faisant courir des rumeurs et en trompant ses cadres. Le FLN utilise contre ses éléments soupçonnés de traîtrise des méthodes de tortures et d’exécutions semblables à ceux employés par l’armée française.

57 ans après l’indépendance de l’Algérie, cet épisode de la « bleuïte » est un bon moyen de se rappeler de l’ADN des États français et algériens : d’un côté un État colonialiste en guerre permanente en Afrique et au Moyen-Orient, de l’autre un État tout aussi autoritaire exploitant sans vergogne les populations présentes sur son territoire. Les armées et polices de ces deux États usent ainsi des mêmes méthodes de répression. Cette projection aura donc pour objectif de se demander par quels moyens doit-on aujourd’hui s’employer à la disparition de ces institutions qui ne se nourrissent que de notre exploitation.

Entrée libre


Article publié le 22 Juin 2019 sur Paris-luttes.info