Mai 17, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Il y a tous ces gens qui cultivent le mépris et les avocats des firmes américaines en font partie. Nous sommes-nous jamais demandé s’il n’y avait pas un homme derrière le P.D.G. d’une multinationale. Question stupide n’est-ce pas. L’homme s’est effacé derrière son statut. Pouvons-nous demander à une multinationale d’avoir une conscience morale dans la mesure justement où son édifice pyramidal évacue la notion d’humanité donc de vulnérabilité, synonyme de faiblesse au profit du pouvoir synonyme de supériorité.

La multinationale par la voix de ses représentants eux-mêmes soutenus par des politiques, lorsqu’elle est mise en cause lâche toujours le même argument, à savoir qu’elle fait vivre beaucoup de gens. Peut-elle autant s’absoudre d’un crime contre l’humanité. Parce qu’une usine d’armes fait vivre beaucoup de gens, faut-il fermer les yeux sur les guerres qu’elle approvisionne. Viendrait-il à l’esprit d’absoudre les responsables de la Shoah parce qu’ils ont agi dans un contexte de guerre et ont obéi aux ordres d’Hitler ? Pour définir un crime contre l’humanité, il faut évidemment quelque recul et certainement un degré de conscience. Que cette conscience fasse peu de poids par rapport aux enjeux politiques déterminés par des relations commerciales entre états, nous ne sommes pas suffisamment naïfs pour l’occulter.

Que pensez-vous de l’humain en général, quel est son avenir ? Y aura-t-il un homme ou une femme derrière le P.D.G. pour répondre ? Il est évident que sans horizon, dans le brouillard, en faisant abstraction de l’humain mais pas de l’ennemi, ceux qui continuent à agir aveuglément pour le mal de l’humanité, se moquent éperdument des réactions de ceux qui les subissent.

Faut-il rêver d’un temps où toutes ces multinationales sans conscience seront boycottées ? Il faut non seulement le rêver mais penser que cela est possible. L’extinction de l’humain n’est pas une fatalité.

La liste doit être longue des crimes contre l’humanité. Crime contre l’humanité, cela résonne dans nos oreilles mais qu’est-ce que cela signifie. Ce n’est pas dans Wikipédia que nous trouverons une définition susceptible de conforter nos convictions. Il s’agit d’une émotion, d’un ressenti, d’une réaction naturelle. Ceux qui parlent de crime contre l’humanité à propos des écocides, des victimes de l ’agent orange, de Tchernobyl, de Fukushima, expriment une révolte, une émotion réelle.

Lorsque Tran To Nga invite les avocats des multinationales à rencontrer les victimes de l’agent orange, c’est parce qu’elle sait que retranchés dans le déni le plus total, ils n’y ont même pas pensé.

Je tiens à citer Edgar Morin (cf. Dialogue sur notre nature humaine de Boris Cyrulnik et Edgar Morin. Ed. Marabout) « Certaines conditions culturelles et sociales libèrent les monstres que l’être humain porte en lui. Je pense que la régulation doit venir des deux côtés, d’une part de la société, d’autre part de notre capacité individuelle d’examen et d’autocritique ».

Le procès historique qu’intente Tran To Nga contre les multinationales constitue un premier jalon d’un combat qui doit durer des années.
Les faits sont là, ils sont odieux. Aujourd’hui les victimes de l’agent orange nous regardent. Leurs corps sont devenus monstrueux parce que des humains se sont comportés comme des monstres.

Alors tous ceux qui luttent pour un monde meilleur, pour faire réagir la conscience collective entendent résister contre une vision pessimiste et délétère de l’humanité.

Partout où nous nous trouvons, il faut chercher l’humain, cet être vulnérable qui fuirait notre regard, qui refuserait d’être sondé. Regardez bien en face tel Pape, tel Président, tel P.D.G., tel patron ou tel quidam, en espérant qu’il ne craigne pas de vous répondre : Je suis un homme ou une femme comme vous EN CHAIR ET EN OS.

Eze, le 17 Mai 2021
Evelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr