Jeudi 19 septembre 2019 au soir, l’agence immobilière Citya organisait « Les Halles by Citya » dans le marché couvert mais aussi sur la place des Halles. Cet endroit était choisi car c’est un « lieu rassembleur, fédérateur, mettant à l’honneur l’échange, le partage, les relations et les partenariats ». Un « partage » restreint tout de même, puisque la soirée était gratuite mais réservée aux personnes munies d’une invitation. Quatre mille convives étaient attendus, six mille seraient venus selon La Nouvelle République.

Privatiser l’espace public, en faire son espace le temps d’une soirée, pour un entre-soi en toute tranquillité : logique pour une boîte dont le slogan proclame : « Et si la plus grande aventure c’était d’être bien chez soi ? ». Pour celles et ceux qui n’avaient pas d’invitation, la place était donc interdite d’accès par des barrières et de nombreux vigiles. Interdite aussi aux regards puisque les barrières étaient flanquées de tissus pour cacher les convives dégustant petits-fours et bonnes bouteilles. Pour les passant·es, il fallait se contenter du son et des spots lumineux. Et faire tout le tour de la place pour passer son chemin, sous l’œil de vigiles et de maîtres-chiens.

Les festivités offertes allaient bien au-delà d’une simple privatisation d’un lieu central de la ville, puisque l’évènement proposait également des tours en petit train flanqué du logo de l’évènement. Et pour l’occasion, le stationnement de véhicules sur le terre plein central du Boulevard Béranger était autorisé : aucun invité ne risquait d’amende, ni de voir sa cylindrée abîmée car il y avait même des vigiles pour surveiller ce parking hors des clous. Là, le message est clair : les propriétaires et investisseurs se sont factuellement approprié tout le centre ville de Tours l’espace d’une soirée. Non contents d’imposer leur musique à tous ceux qui n’avaient pas l’entregent ou le capital pour y être convié, de fermer un espace public par des barrières et de se protéger par une garde privée sur l’espace public, ils s’offraient aussi la possibilité d’effectuer des safaris en train touristique.

Un gueuleton à 200 000 euros

Si on peut légitimement être énervé par cette privatisation de l’espace par une entreprise, on peut l’être d’autant plus quand cette entreprise est celle de Philippe Briand, président de la Métropole [1]. Le mélange des genres et le clientélisme d’une soirée mêlant élus et partenaires commerciaux avaient déjà été soulignés lors de la précédente édition de 2017. Pour la troisième fois, la boîte du président de la métropole organisait donc une fastueuse fête, privatisait l’espace commun pour sa clientèle, régalait de musique [2], installait des spots lumineux à faire pâlir les étoiles, histoire que même les gens sans invitation le sachent : lui et ses copains propriétaires sont bien chez eux… et le reste de la populace n’a rien à y faire à part admirer et rêver devant les tenues de soirée et les luxueuses berlines.

Sur le site dédié à la soirée, Citya annonce avoir invité « clients, propriétaires, copropriétaires, membres des conseils syndicaux, investisseurs, professionnels du secteur, partenaires, élus ». La vidéo de l’événement montre en effet des têtes connues de notables locaux [3]. Quant à toutes les personnes locataires de Citya, qui paient un loyer à l’agence et qui n’ont pas pu profiter de la fête, elles pourront toujours se consoler « chez elles » en jouant au jeu concours de Citya « Gagner votre crémaillère » et espérer être tirées au sort pour recevoir un chèque de 300 euros [4]. Philippe Briand voit plus grand : la facture annoncée par La Nouvelle République pour la soirée de jeudi est de l’ordre de 220 000 euros [5], une bien belle crémaillère !

Illustration : Citya Immobilier


Article publié le 27 Sep 2019 sur Larotative.info