Ces derniers mois, les journaux de confinement ont fleuri : des contes de confiné·es dans une maison de campagne contemplant avec nostalgie des couchers de soleil. Mais un détenu nous conterait-il le ballet des rats dans sa cour de promenade ou les conditions de son incarcération  ? Il est temps de faire le point sur la situation carcérale en temps de pandémie.

Au début du confinement, les détenu·es étaient environ 70 000 dans les prisons françaises, souvent surpeuplées et insalubres. Par un arrêt du 30 janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a d’ailleurs condamné l’État «  pour l’absence de recours permettant de faire cesser des conditions de détention inhumaines et dégradantes  ».

Le confinement a durci les conditions de vie des détenu·es. L’arrêt des activités (travail, cours, sport…) signifie un enfermement 22 heures sur 24 dans une cellule exiguë et surpeuplée. Dans certaines prisons, les cantines (livraisons payantes de tabac, de denrées alimentaires) ont été stoppées et l’accès aux soins s’est complexifiée. La communication avec les services pénitenciers d’insertion et de probation (SPIP) s’est raréfiée ou est devenue impossible.
La fermeture des parloirs a fait monter la pression. Le parloir maintient les liens familiaux durant la peine, et permet aux détenu·es de recevoir du linge propre, des livres, des CD… L’inquiétude liée au coronavirus se fait sentir des deux côtés des barreaux  : surveillant·es et prisonnier·es ne portent ni masques, ni gants et n’ont aucune information. Face à cette situation, l’Observatoire international des prisons (OIP ) a mis en place une permanence téléphonique pour informer les détenu·es et leurs proches et recueillir leurs témoignages  [1].

À l’annonce de la fermeture des parloirs, certaines prisons explosent. Comme en Italie quelques semaines plus tôt, les détenu·es se révoltent et refusent de remonter dans leurs cellules. Très vite réprimé·es par les équipe régionales d’intervention et de sécurité (ERIS, l’équivalent des CRS en prison), des mutiné·es sont condamné·es à des mois ou années de plus pour l’exemple.

Des prisons déjà invivables hors pandémie

Le ministère de la Justice s’est résolu à libérer 5 300 de détenu·es face à l’impossible mise en œuvre de gestes barrières et le manque de matériel de protection disponible. Le taux d’occupation des prisons est désormais inférieur à 100 % (contrairement à quelques maisons d’arrêt qui affichent encore un taux d’occupation de 150 %). Le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) estime que cette baisse spectaculaire a été permise par deux phénomènes  : 5 300 détenu·es sont sortis de prison et moins de détenu·es y sont entrés (l’activité des tribunaux étant réduite).

Cependant, lorsque les activités judiciaires auront repris leur rythme habituel, les prisons se rempliront à nouveau. Comme l’ont montré les sociologues Gilles Chantraine  [2] et Grégory Salle  [3], les sorties sèches, sans préparation, comme ce fut le cas durant le confinement, entraînent un plus grand risque de récidive.

Il aura fallu une pandémie mondiale pour que l’État mette fin provisoirement à la surpopulation en prison. La comparaison facile entre prison et confinement n’est donc qu’une illusion car ce qui distingue un ou une prisonnière d’une ou un autre mem­bre de la société n’est pas la privation d’aller et de venir, mais l’absence de dignité.

Pauline (Génépi)


Article publié le 24 Juin 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org