DĂ©cembre 5, 2020
Par CRIC Grenoble
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Nous souhaitons revenir sur l’article de mediapart intitulĂ© “Pas en prison, mais enfermĂ©es” Ă©crit par Natacha Chetcuti en avril 2020.

Nous ne sommes pas sociologues mais nous connaissons bien le “sujet”. Et il y a des

comparaisons hĂątives que nous trouvons bien maladroites.

Cet article dit notamment :

“Pour revenir Ă  nous autres, qui sommes confinĂ©es chez nous. Cette drĂŽle d’expĂ©rience, en dehors des murs de la prison, ressemble au temps de la prĂ©ventive car nous sommes condamnĂ©es Ă  rassembler toutes nos forces pour tenir, sans savoir de quelle durĂ©e sera la peine ni comment nous en

sortirons. À la diffĂ©rence prĂšs que nous n’avons pas de surveillantes Ă  la maison, bien sĂ»r. Mais d’autres formes de surveillances existent…”

Natacha Chetcuti soulĂšve des questions intĂ©ressantes, que nous nous sommes probablement toutes posĂ©es : quelles sont les ressemblances entre la prison et le confinement ? Comment se dĂ©ploient hors de prison des « processus disciplinaires Â» utilisĂ©s en prison ? Comment arrivons-nous Ă 

accepter toute cette surveillance et notre auto-enfermement, « au nom de la santĂ© publique et de la protection des vies Â» ?

Oui ce virus permet une accĂ©lĂ©ration vers la sociĂ©tĂ© de surveillance totale, nous infantilise et entrave nos libertĂ©s. Mais surtout soulĂšve la question : c’est quoi notre libertĂ© ?

Ok, on peut comparer certaines rĂ©alitĂ©s vĂ©cues par les prisonnier.es et les confinĂ©.es, on peut essayer de comprendre cette accĂ©lĂ©ration de nos « enfermements Â» dehors Ă  la lumiĂšre de l’expĂ©rience et de l’organisation carcĂ©rale.

D’ailleurs en disant qu’elle ne veut pas faire de comparaison, Natacha Chetcuti les accumule au long de son article, mettant au mĂȘme niveaux des choses qui ne peuvent pas l’ĂȘtre, ou balayant rapidement certains aspects centraux dans l’enfermement pĂ©nitentiaire.

Par exemple le fait de s’habituer Ă  faire des attestations et en parler ne veut pas dire qu’on adopte le langage de l’enfermement… et celles-ci ne sont pas comparables aux bons de circulations de l’administration pĂ©nitentiaire.

Car justement, nos attestations nous les remplissons nous mĂȘmes, nous avons la possibilitĂ© de gruger avec. On peut se permettre de sortir un moment de plus si on pĂšte un cĂąble, et mĂȘme rentrer 5h plus tard.

Ce n’est pas un bon de circulation remis par l’administration pĂ©nitentiaire. Nous pouvons aussi choisir de sortir sans ce bon, car nous ne sommes pas dans une cellule que seul.e un.e maton.ne peut ouvrir, et pour nous rendre dans un autre batiment nous n’avons pas Ă  attendre devant une grille que seul.e un.e maton.ne peut ouvrir.

En prison on ne sort qu’à l’heure prĂ©vue par l’administration pĂ©nitentiaire. Et pour ca on attend que les maton.nes viennent ouvrir la porte, quand il veut bien le faire… La majoritĂ© des prisonnier.es n’ouvrent JAMAIS une porte eux/elles mĂȘme pendant des annĂ©es.

En prison, si on refuse de remonter de promenade, on risque de se faire casser la gueule par des maton.nes, le mitard, un transfert… En prison si on ne rentre pas d’une permission de sortie, on prend une lourde peine supplĂ©mentaire. Et si on tente de s’évader, les maton.nes ont le droit de nous tirer dessus, de loin, dans le dos, tranquille. Ils, et elles, n’hĂ©sitent pas Ă  le faire.

Tout comme ĂȘtre confinĂ©.e dans des logements indĂ©cents et dans un quartier oĂč les flics vous harcĂšlent quotidiennement n’est pas comme ĂȘtre confinĂ©.e dans une maison avec jardin
 Etre confinĂ©.e Ă  la maison n’est pas comme ĂȘtre en prison. On peut faire des liens pour rĂ©flĂ©chir Ă  des situations, mais faire certaines comparaisons hĂątives, c’est cracher Ă  la figure des prisonnier.e.s et de leurs proches, qui sont actuellement dans une situation massivement dramatique.

Contrairement à ce qui est dit dans l’article, dehors nous pouvons toujours aller faire nos achats dans des magasins.

Les prisonnier.es n’ont bien sĂ»r pas cette possibilitĂ©, et ne peuvent pas non plus commander en ligne, ils et elles n’ont pas accĂšs aux mĂȘmes denrĂ©es que nous, et les prix sont surtaxĂ©s par rapport Ă  l’extĂ©rieur.

Quand la cantine de tabac n’est pas livrĂ©e, il n’y a de tabac pour personne, et non ce n’est pas comme dehors.

5:38 PM

Avoir des flics qui patrouillent, voir l’essor des moyens de controles numĂ©riques, des drĂŽnes etc, ce n’est pas comme vivre sous le regard et l’arbitraire des maton.nes 24h/24. Etre sous contrĂŽle permanent, n’avoir plus aucune intimitĂ©, savoir que ta vie peut devenir un enfer si l’uniforme le dĂ©cide ainsi, ce n’est pas une « petite diffĂ©rence Â»…

A cela on pourrait ajouter encore une longue liste de diffĂ©rences fondamentales, comme par exemple le manque d’accĂšs aux soins, les conditions d’hygiĂšne dĂ©plorables de nombreux Ă©tablissements pĂ©nitentiaires, la promiscuitĂ© imposĂ©e…

Non, contrairement Ă  ce qui est dit dans l’article, le temps du confinement ne ressemble pas Ă  celui de la prĂ©ventive, car le confinement n’est pas comme la prison.

De la mĂȘme maniĂšre on peut remarquer que l’école, le travail, sont des enfermements avec des similaritĂ©s avec la prison
 Mais dire que l’école et le travail sont des prisons, ça serait nier Ă  quel point la prison est une torture, une entreprise de destruction des personnes.

Le confinement ne ressemble mĂȘme pas Ă  une assignation Ă  rĂ©sidence, car nous sortons quand nous le dĂ©cidons ; nous ne devons pas aller pointer au commissariat ; et en cas d’infraction, nous encourrons une amende, nous n’allons pas en prison…

Oui, des personnes ont Ă©tĂ© condamnĂ©es Ă  de la prison suite Ă  un non respect du confinement rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois ; ce sont principalement des personnes dĂ©jĂ  considĂ©rĂ©es comme de la “chair Ă  prison” ; en galĂšre, en condi, vivant dans des zones dĂ©jĂ  stigmatisĂ©es par la police… On pourrait en Ă©crire des tonnes Ă  ce sujet, mais on prĂ©fĂšre renvoyer Ă  quelques liens internet qui permettent de s’informer sur le sujet, en relayant ce qui se passe en prison actuellement, qui donnent la parole Ă  des prisonnier.e.s et leurs proches
 les premier.es spĂ©cialistes !

Les auteur.es et participant.es sont majoritairement des hommes ; pour autant, nous pensons que cela permettra mieux de comprendre ce qui se joue actuellement en prison, pour les dĂ©tenu.es, quel que soit leur genre, qu’à travers l’analyse prĂ©citĂ©e.

Chaque jour l’Observatoire International des Prisons relaye les appels tĂ©lĂ©phoniques des dĂ©tenu.es et de leurs proches

https://oip.org/breve/crise-du-coronavirus-en-prison-journal-dappels-de-loip/

Chaque jour l’émission anti-carcĂ©rale l’EnvolĂ©e fait un topo de 15mn pour relayer ce qui se passe en ce moment dans les prisons. Cela peut s’écouter Ă  la radio ou sur le net.

http://lenvolee.net/

NB : contrairement au premier confinement l’OIP ne fait pas de journal de bord, et l’EnvolĂ©e ne fait pas de quotidienne car les parloirs n’ont pas Ă©tĂ© suspendus. (Ils sont par contre trĂšs restrictifs, temps limitĂ© et derriĂšre des plexiglas, car depuis mars les parloirs n’ont jamais retrouvĂ©s des conditions “normales”.)

Mais les liens indiqués continuent à donner des infos réguliÚres sur le sujet.

Une page et un groupe facebook existent sur St Etienne pour diffuser des infos et favoriser l’entraide des proches de dĂ©tenu.es Ă  saintĂ©

La page :

https://www.facebook.com/Infos-et-entraide-pour-proches-de-d%C3%A9tenu-e-s-de-la-prison-de-Saint-

Etienne-108886224105548/

Le groupe : https://www.facebook.com/groups/212932550038184/




Source: Cric-grenoble.info