Septembre 10, 2021
Par Dijoncter
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Dans l’opposition au pass sanitaire, il n’y a pas que des paranoĂŻaques du complot ou des partisans de « Debout la France Â». Voici quelques communiquĂ©s qui prennent position contre le pass sanitaire depuis des situations concrĂštes, dĂ©crivant la policiarisation des espaces publics que son instauration engendre.

En guise de protestation locale face Ă  l’instauration du pass sanitaire, nous avons eu l’appel Ă  fermeture des bars, restaurants, cinĂ©mas, salles de concerts, bibliothĂšques, etc. lancĂ© par le cafĂ© Chez nous pour le 14 aoĂ»t :

Pass sanitaire
 Ça passe plus !

Nous sommes serveur.euses, restaurateur.trices et professionnel.les de la culture,

Nous ne sommes ni flics, ni contrĂŽleurs.

Les derniĂšres annonces gouvernementales portant sur l’obligation de contrĂŽler le pass sanitaire des client.es, usager.es et spectateur.trices nous posent sĂ©rieusement problĂšme. Nos mĂ©tiers consistent en l’accueil de tou.te.s et reposent sur la convivialitĂ© et le lien social.

« Nous sommes des lieux ouverts Ă  toutes et tous sans distinction (…). L’accueil sans condition, l’entraide et l’échange sont des notions fondamentales, inscrites dans notre socle de valeurs Â» comme l’écrivent nos collĂšgues bretons. Or, l’État, en nous demandant d’exclure les personnes ne possĂ©dant pas le pass sanitaire, dĂ©nature complĂštement notre travail.

De plus, l’application qui permet de contrĂŽler les pass sanitaires nous donne accĂšs Ă  des infos mĂ©dicales (vaccinĂ© ou non, ou pas vaccinĂ© pour des raisons mĂ©dicales) que nous n’avons pas Ă  connaĂźtre ainsi qu’au nom, prĂ©nom et date de naissance de la personne. Ne pas respecter le secret mĂ©dical et la protection des donnĂ©es personnelles est, pour nous, encore une fois contraire Ă  ce pour quoi nous avons Ă©tĂ© embauchĂ©s et ce pour quoi nous avons ouvert un cafĂ©, un restaurant, une salle de spectacle, etc


Par ailleurs, ces obligations imposĂ©es par le gouvernement au nom de la crise sanitaire crĂ©ent un climat anxiogĂšne au sein de nos Ă©quipes. Les conditions de travail depuis les rĂ©ouvertures, l’application des mesures sanitaires, font peser sur les salariĂ©.es un stress important. Le contrĂŽle des pass sanitaire ne fera qu’augmenter ce stress. Nous ne voulons pas aller travailler la boule au ventre. Aussi, nous sommes Ă©puisĂ©.es par ces conditions de travail et ne pouvons pas travailler sereinement.

Pour toutes ces raisons nous (patron.nes et salariĂ©.es) dĂ©ciderons de fermer notre Ă©tablissement le samedi 14 aoĂ»t, pour protester contre cette loi qui nous plombe le moral et nous fait faire un boulot de flic. Nous appelons tous les bars, restaurants, cinĂ©mas, salles de concerts, bibliothĂšque, etc. (tous lieux Ă  qui le gouvernement impose le contrĂŽle du pass sanitaire) Ă  faire de mĂȘme.

Le cafĂ© « Chez nous Â»

Cet appel n’a pas eu beaucoup d’échos et la seule fermeture contestataire dont on a eu vent en CĂŽte d’Or est celle du restaurant Aux Vieux PavĂ©s Ă  Semur-en-Auxois le 20 aoĂ»t. Son dirigeant ayant mĂȘme entamĂ© une grĂšve de la faim.

Ce mercredi 8 septembre, deux communiquĂ©s plus lointains ont Ă©tĂ© publiĂ©s par des lieux d’accueil de public pour prendre position contre l’instauration du pass sanitaire dans leurs espaces. Il nous semblait intĂ©ressant de les relayer et de s’en inspirer.

Le premier vient de diffĂ©rents lieux culturels de GenĂšve :

À propos du pass sanitaire et de sa probable extension

La raison d’ĂȘtre de nos structures est l’accueil d’un public sans discrimination, sans distinction de genre, de race, de classe ; de s’iels sont de bon.ne.s citoyen.ne.s ou non ; s’iels sont d’Europe ou d’ailleurs ; s’iels possĂšdent des papiers d’identitĂ© ou non ; une assurance maladie ou non.

Nous sommes des lieux d’ouverture. Ce n’est pas notre rĂŽle d’exclure des personnes parce que leur situation ne leur permet pas l’accĂšs au pass sanitaire, ni sur aucune autre base administrative. Nous n’aspirons pas Ă  devenir des instances de contrĂŽle et de tri, nous ne voulons pas ĂȘtre les acteur.ices.s d’un glissement vers une sociĂ©tĂ© oĂč la surveillance est de plus en plus gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

Nous craignons que ces mesures d’exception ne durent dans le temps et qu’on s’habitue Ă  une forme de surveillance latente. Nous craignons que les outils qui sont Ă©tablis aujourd’hui au nom de la santĂ© publique ne puissent ĂȘtre plus facilement remis en place demain Ă  des fins sĂ©curitaires, que soient normalisĂ©s le fait de dĂ©cliner son identitĂ© et enregistrer ses dĂ©placements, que les mailles du contrĂŽle social ne soient dangereusement resserrĂ©es durant la gestion de cette pandĂ©mie.

Ce que nous dĂ©nonçons n’a rien Ă  voir avec de la santĂ© publique. Nous avons toujours prĂŽnĂ© la solidaritĂ© avec les plus vulnĂ©rables et mis tout en oeuvre pour accueillir notre public de la maniĂšre la plus safe possible. L’extension du pass sanitaire n’est pour nous pas une question de santĂ© ou de vaccination, c’est une question de contrĂŽle social, qui implique – entre autre – le dĂ©veloppement de pratiques de fichage Ă  grande Ă©chelle qui nous parait dangereuse dans le contexte d’une sociĂ©tĂ© tendant depuis des annĂ©es vers un idĂ©al sĂ©curitaire. Et c’est une charge qu’on veut faire porter, avec tout le poids logistique, financier et organisationnel qu’elle comporte, Ă  des secteurs dĂ©jĂ  lourdement mis Ă  mal et systĂ©matiquement pris pour cible depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie. Au-delĂ  de l’aspect Ă©thique, nous imposer encore la responsabilitĂ© d’un chantage censĂ© encourager la vaccination, c’est se foutre ouvertement de nous.

Nous avons jouĂ© le jeu et respectĂ© les mesures covid – parfois au-delĂ  des limites de l’absurde – qu’impliquait l’accueil du public durant toute la pandĂ©mie, soucieux de prendre soin les un.e.x.s des autres et de ne pas ĂȘtre des foyers de contamination. Aujourd’hui nous tenons Ă  exprimer notre opposition Ă  la gĂ©nĂ©ralisation du pass sanitaire et Ă  ce qu’elle comporte : exclusion, surveillance, fchage, et un rĂŽle policier qui n’incombe pas aux lieux de culture.

L’Ecurie / La Makhno / Le Rez / Le Spoutnik / Le TU / Le Zoo / … 8.9.2021

Le second a Ă©tĂ© distribuĂ© par les employĂ©s de la bibliothĂšque municipale Lucie-Aubrac de Seyssins, prĂšs de Grenoble, en grĂšve contre le pass sanitaire :

Bibliothécaires en grÚve contre le pass sanitaire

Aujourd’hui les portes de la bibliothĂšque municipale Lucie-Aubrac de Seyssins sont fermĂ©es mais les bibliothĂ©caires sont prĂ©sent.e.s pour vous expliquer pourquoi : nous sommes en grĂšve contre le pass sanitaire.

Depuis de nombreuses annĂ©es, nous sommes engagĂ©s Ă  vous proposer un service public de qualitĂ©, un lieu que nous voulons vivant, accueillant et convivial. Depuis le dĂ©but de la crise sanitaire, nous nous sommes adaptĂ©.e.s Ă  tous les changements et tous les diffĂ©rents protocoles pour rester en contact avec vous : contenus sur internet lors du premier confinement, puis service de retrait de livres sur commande, rĂ©ouverture de la bibliothĂšque au public avec une jauge limitĂ©e, mise en quarantaine et dĂ©sinfection des livres et des locaux, port du masque, lavage des mains, organisation de l’accueil favorisant la distanciation physique, aĂ©ration des locaux, dĂ©placements dans les Ă©coles quand les enfants n’avaient plus le droit de venir
 Nous avons tout fait, parce cela faisait sens, pour maintenir un service public Ă  la fois accessible et attentif Ă  la sĂ©curitĂ© de ses usagers, quand bien-mĂȘme nous Ă©tions le seul lieu de culture encore ouvert.

A notre connaissance, et parce que nous, bibliothĂ©caires, avons fait preuve de conscience professionnelle et avons sans relĂąche apportĂ© notre pierre Ă  l’édifice de la lutte contre le Covid-19, aucune bibliothĂšque n’a Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©e comme un foyer de contagion depuis le dĂ©but de l’épidĂ©mie.

Aujourd’hui, on nous oblige Ă  contrĂŽler le pass sanitaire Ă  l’entrĂ©e de la bibliothĂšque, c’est-Ă -dire Ă  en refuser l’accĂšs Ă  certaines personnes. Cette mesure va Ă  l’encontre de nos missions, du rĂŽle social des bibliothĂšques et des obligations que nous devons respecter, Ă  savoir un accĂšs Ă©gal Ă  toutes et tous aux services publics. Par ailleurs, pour nous qui nous battons au quotidien pour faire tomber les barriĂšres qui entravent un accĂšs libre Ă  l’éducation, au savoir et Ă  la culture, la bibliothĂšque sous contrĂŽle d’accĂšs est un non-sens.

Pour que les bibliothĂšques restent des lieux ouverts, nous sommes aujourd’hui en grĂšve, Ă  l’instar de nos collĂšgues de Grenoble, Fontaine, Saint-EgrĂšve, et de bien d’autres villes en France. Nous continuons Ă  nous engager pour vous, comme tou.te.s les « premier.e.s de corvĂ©e Â» qui nous ont tenu.e.s Ă  bout de bras depuis un an et demi.

Depuis ce lundi, la loi a Ă©tĂ© modifiĂ©e et on peut entrer dans la plupart des centres commerciaux de France sans pass sanitaire. On pourrait donc aller consommer Ă  plusieurs milliers de personnes au mĂȘme endroit, et ĂȘtre obligĂ©.e.s de prĂ©senter son pass Ă  la bibliothĂšque municipale qui n’accueille jamais plus de 20 personnes Ă  la fois ?

Nous demandons tout simplement le maintien des gestes barriÚres et le retour à la jauge de 50 personnes dans les bibliothÚques. Nous demandons tout simplement à exercer notre métier.

Parce que les temps sont difficiles et parce que nous pensons que nous avons encore beaucoup de choses à vivre en commun, sans se faire scanner. L’accùs à la bibliothùque est libre, c’est un droit.

Vous pouvez nous soutenir en signant la pétition et en en parlant autour de vous.

Merci de votre compréhension et de votre soutien.

L’équipe de la bibliothĂšque, mercredi 8 septembre 2021




Source: Dijoncter.info