Avril 19, 2016
Par Paris Luttes
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Le mouvement social du printemps 2016 émergeant d’un contexte inédit et extrêmement tendu, ses modalités ne s’inscrivent naturellement pas dans les schémas de ceux qui l’ont précédé. L’offensive de la bourgeoisie est telle que les balises posées ces dernières décennies par les luttes sociales se trouvent désormais déplacées et que la question du “Comment faire ? ” est plus que jamais d’actualité. Dans une perspective de victoire, toujours, quels sont les enjeux dont ce mouvement est porteur et comment relever les défis qu’ils posent ?

Le mouvement social du printemps 2016 résonne comme un coup de semonce de la part de la bourgeoisie : la violence répressive (médiatique, policière et syndicale) n’a d’égale que la violence politique de la Loi Travail. Face à cette double violence, et au nombre croissant d’interpellé.e.s / blessé.e.s / condamné.e.s en manifestation, l’autodéfense devient une évidence collective : les lycéen.ne.s et étudiant.e.s « de centre-ville », fraction pacifiée du précariat, ne sortent plus en manif sans banderole renforcée, casques, lunettes et masques contre les gaz. Legal Team et Medical Team sont autant de structures de lutte auto-organisées qui se multiplient dans toutes les villes. Mais la répression demeure sociale : conseils de discipline, avertissements ou blâmes pour les jeunes scolarisé.e.s qui osent se dire grévistes ; tandis que la désillusion sociale d’une génération et la seule certitude d’un avenir de misère accroissent la colère.

La première des victoires de ce mouvement doit consister en ceci : la colère doit être sociale et politique, c’est-à-dire collective. Seule la perspective révolutionnaire d’une contre-attaque de tous les précaires contre la logique capitaliste et ses besoins peut contrer la marche forcée vers l’atomisation individualiste et nihiliste dans laquelle la bourgeoisie veut nous noyer.

En cela, les chômeur.se.s ne sont pas des non-travailleur.se.s, mais des travailleur.se.s sans travail. Avec ou sans travail, nous sommes tous précaires. Avec ou sans travail, nous sommes tous en proie à la voracité patronale et à la férocité répressive. Quant aux travailleur.se.s, dont la colère gronde dans tous les secteurs de travail, il est devenu crucial qu’illes s’émancipent du joug des centrales syndicales pacificatrices.

La seconde des victoires de ce mouvement sera l’émergence d’une autre évidence collective à renforcer : droite et gauche ne sont que deux facettes de la même bourgeoisie. Les élections représentatives et plus généralement la démocratie bourgeoise sont les outils d’un mode de gouvernement étatique établis pour nous écraser. Nous, les anonymes. Nous, les petites gens. Nous, qui ne possédons que notre force de travail à vendre au moins offrant. Et l’Etat n’est rien d’autre que le bras armé du Capital : on ne peut détruire l’un sans détruire l’autre. Ne plus voter, ne plus croire, ne plus espérer, ne plus rien attendre désormais de ce mode d’organisation sociale et politique de domination et d’exploitation : voilà la nouvelle évidence collective à développer. Dans un an se reproduit la mascarade des élections présidentielles qui doit nécessairement marquer l’étape d’un abstentionnisme record et historique. Cette abstention générale est déjà politique, elle doit aussi être révolutionnaire. Déjà en 2007, lors du sacre présidentiel de Sarkozy, des dizaines de milliers de personnes sont descendues spontanément dans les rues de tout le pays et se sont affrontées à la police en tentant d’investir hôtels de ville et préfectures. Cela doit se reproduire, avec plus de monde encore, appuyé par une grève générale spontanée dans toute la France. Cela peut-il être un mot d’ordre d’ici le printemps 2017 ? Le versant offensif du mouvement social ne doit alors plus s’arrêter.

La troisième des victoires de ce mouvement résidera justement dans le versant affirmatif et offensif de la désillusion politique qui balaie la croyance naïve en la pacification sociale. Autrement dit, la victoire d’être parvenu.e.s à assumer collectivement qu’il n’y a pas de « solution » à ce merdier général dans les cadres qui ont rendu possible un tel merdier.

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