Octobre 15, 2021
Par Archives Autonomie
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Réuni un an après le Congrès précédent (juillet 1920), le IIIe Congrès de l’Internationale enregistrait des progrès considérables sur le plan quantitatif : 602 délégués (dont 291 avec voix délibérative) contre 218 l’année précédente, venant de 48 pays ou nationalités différentes [1] contre 37. De nouveaux partis importants étaient présents comme le PCF (fondé en décembre 1920) et le Parti Communiste d’Italie (constitué en janvier 1921), nés de la scission d’avec les partis socialistes de leurs pays respectifs, tandis qu’en Allemagne s’était constitué en octobre 1920 le Parti Communiste Unifié (VKPD) fort de plusieurs centaines de milliers de membre, par la fusion du KPD(S) (Parti Communiste d’Allemagne-Spartakus) et d’une majorité des membres du Parti Socialiste Indépendant. L’aile gauche du KPD qui s’était constituée en parti (KAPD, Parti Communiste Ouvrier d’Allemagne) en avril 1920 après on expulsion, était présente au Congrès en tant que parti sympathisant. Par ailleurs dans la nouvelle Tchécoslovaquie née sur les ruines de l’empire austro-hongrois, était en train de se former un Parti Communiste de 300.000 membres (!) par la fusion de divers groupes et qui avait voté son adhésion à l’Internationale (il sera officiellement constitué en octobre 1921) ; ses futurs responsables étaient venus à Moscou pour en discuter.

Mais la situation internationale avait changé ; le capitalisme mondial, s’il n’était pas encore sorti de la crise d’après-guerre, s’était néanmoins “stabilisé” comme on disait à l’époque ; il avait pu repousser avec succès les assauts du prolétariat dont une bonne partie restait encore sous l’influence des partis et organisations réformistes, notamment les partis social démocrates et les syndicats qu’ils dirigeaient. Dans son fameux rapport sur la situation mondiale [2], Trotsky dira : “Aujourd’hui, pour la première fois, nous voyons que nous ne sommes pas si immédiatement près du but, à savoir la prise du pouvoir, la révolution mondiale. En 1919 nous disions ; “c’est une question de mois”. Aujourd’hui, nous disons : “c’est peut-être une question d’années””.

Devant ce retard de la révolution internationale, les bolcheviks en Russie même étaient obligés d’abandonner le “communisme de guerre”, ensemble de mesures et pratiques de toute façon temporaires prises pour faire face à la guerre civile et aux interventions militaires impérialistes, et d’accepter des compromis : c’était la ” NEP” (Nouvelle Politique Economique) qui autorisait un certain jeu aux forces du marché en permettant aux paysans propriétaires de vendre leurs produits.

La circulaire de convocation au “IIIe Congrès Mondial” fixait officiellement 9 points à l’ordre du jour de celui-ci [3] : le rapport de l’action du Comité Exécutif (point 1) ; la situation économique mondiale et les tâches de l’Internationale (point 2) ; la tactique de l’Internationale pour tirer le bilan des luttes des derniers mois (points 3 et 4) ; la question syndicale (points 5 et 6) ; les questions d’organisation de l’Internationale et des Partis communistes (points 7 et 8) ; la question de la révolution en Orient sans laquelle “il n’y a pas de victoire possible pour la révolution prolétarienne universelle” (point 9). Le dixième et dernier point de cette liste, était la question italienne. Après la constitution du PC d’Italie, reconnu officiellement comme section de l’Internationale Communiste, le Parti Socialiste Italien en avait été logiquement exclu ; mais il avait fait appel de cette décision et une délégation du PSI avait donc été invitée pour en débattre. La circulaire rappelait que la question italienne avait acquis “une importance internationale”, la droite du parti en Allemagne autour de son ancien dirigeant Paul Lévi [4], s’étant plus ou moins solidarisée avec le PSI contre le PC d’I qu’elle dénonçait comme gauchiste.

La circulaire ajoutait qu’il faudrait discuter en outre du cas du KAPD, du mouvement de la jeunesse, etc. et de la NEP en Russie.

La situation en Allemagne

En réalité le Congrès fut en bonne partie dominé par les problèmes liés à la situation en Allemagne. Pour les marxistes en général et pour les révolutionnaires d’alors, ce pays était destiné à être le centre de la révolution prolétarienne en Europe. Son développement industriel rapide au cours des décennies précédant la guerre mondiale qui avait fait de l’Allemagne la première puissance européenne, avait eu pour conséquence le développement d’une classe ouvrière nombreuse et souvent concentrée dans de gigantesques entreprises. Or les ravages de la guerre et les conséquences de la défaite, avaient fortement ébranlé le pouvoir bourgeois en prise en plus à la crise économique ; la paix sociale qui avait reposé sur l’amélioration continue des conditions de vie des travailleurs, était mise à rude épreuve. Les révoltes des soldats et des ouvriers qui avaient conduit à la chute du gouvernement impérial en 1918, comme la grève générale qui en mars 1920 avait provoqué l’échec du coup d’Etat de Kapp, étaient des preuves de la force des prolétaires allemands. Les luttes sociales en Allemagne avaient inévitablement des retentissements directs sur le mouvement ouvrier international et en particulier sur l’Internationale Communiste qui cherchait à diriger ce mouvement vers la révolution.

Malgré le nombre de ses adhérents qui en faisait le plus grand parti de l’IC après le parti russe, le VKPD restait minoritaire ; les “socialistes majoritaires” du SPD, en dépit de leur participation à l’union sacrée avec la bourgeoisie pendant la guerre et leur répression sanglante des spartakistes en 1919, conservaient une partie de leur influence sur les masses, de même que la fraction des “Socialistes indépendants” qui avaient refusé la fusion avec les communistes pour continuer l’existence de leur parti (USPD). C’est dans cette situation qu’en janvier 1921 la “centrale” (direction) du VKPD, dirigée par Paul Lévi, publia une “lettre ouverte” adressée aux deux partis socialistes et aux directions syndicales : elle leur demandait d’arriver à une unité d’action “contre le capitalisme et la réaction”.

Cette initiative sensationnelle de proposer une action unitaire aux bureaucraties syndicales et aux partis dénoncés jusqu’alors pour leur soumission aux intérêts capitalistes, suscita inévitablement des remous dans le parti allemand et dans les autres sections de l’Internationale ; ces partis s’étaient en effet récemment constitués par la rupture d’avec les partis socialistes “traîtres”. Le Comité exécutif de l’IC réagit négativement à la “lettre ouverte”, mais il fut finalement décidé que la question serait tranchée lors du IIIe Congrès [5]. En fait cette “politique de la lettre ouverte” anticipait ce qui quelque temps plus tard allait devenir la règle tactique de l’Internationale, la politique dite du “Front Unique”, avec laquelle l’IC entendait démasquer les réformistes aux yeux des masses en leur proposant des actions communes…

Un autre point brûlant de discorde éclata dans le VKPD à propos de l’attitude de Lévi sur la constitution du PC d’Italie à Livourne : il critiquait la scission d’avec le Parti Socialiste Italien (membre de l’IC) qui avait abouti à la formation du PC comme s’étant faite trop à gauche et il défendait le dirigeant “centriste” Serrati [6] ; en fait il redoutait qu’une scission “à l’italienne” ne soit organisée dans le VKPD par la direction de l’IC. Finalement Lévi, Clara Zetkin et ses autres partisans, désavoués par le Comité central du parti, démissionnèrent le 22 février en protestant contre une politique suivie en Italie visant à “créer des partis plus solides et plus purs par la méthode des scissions mécaniques” et une nouvelle direction fut élue à leur place.

L’échec de “l’action de mars”

Quelques semaines à peine plus tard le parti se trouvait engagé dans une épreuve de force frontale contre le gouvernement, la “Marzaktion”, “l’action de Mars”. A la mi-mars le président SPD de la Saxe prussienne, en Allemagne centrale, annonçait l’intervention de la police dans les zones industrielles et minières de la région pour y “rétablir l’ordre” à la demande des patrons locaux ; en fait c’était une attaque dirigée contre le VKPD et les ouvriers les plus combatifs par le ministre de l’intérieur, lui aussi membre du SPD ; le parti socialiste auquel le mois précédent le parti communiste avait adressé son appel “tactique” à une action commune contre le capitalisme, montra, une fois de plus !, lors de “l’action de mars”, qu’il n’hésitait pas à se faire le bourreau des prolétaires pour défendre le capitalisme…

Face à cette attaque anti-prolétarienne des autorités prussiennes à laquelle répondirent spontanément les mineurs et les ouvriers de la région, la nouvelle direction qui, poussée par des émissaires de l’IC (à commencer par le hongrois Bela Kun, membre du présidium de l’Internationale, etc.), voulait “activer” le parti en rompant avec sa passivité antérieure, décida de riposter en déclenchant une offensive révolutionnaire dans toute l’Allemagne. Le quotidien du VKPD lançait quotidiennement des appels enflammés non seulement à la grève générale, mais à la lutte armée tandis que des accords étaient passés avec le KAPD pour coordonner les actions. Des petits groupes armés dirigés par Max Hölz et d’autres se livraient à des actions de guérillas (sabotages de voies ferrées, attentats à la dynamite, etc.) pour entraver les mouvements des forces de l’ordre, etc. Cependant la classe ouvrière restait dans l’expectative en dehors de la région de Hambourg, où le président (SPD) proclama l’état d’urgence, dans la Ruhr et en Saxe : les appels ultimatistes du VKPD aux travailleurs n’eurent pas les résultats escomptés. Il n’y eut pas de grève générale, mais au total seulement 200 à 500.000 grévistes selon les sources. Les ouvriers armés qui occupaient les usines chimiques de Leuna furent obligés de se rendre après un bombardement de l’armée ; isolés, les ouvriers grévistes la Ruhr décidèrent la reprise du travail au bout de quelques jours avant que finalement, le premier avril, le VKPD appelle à l’arrêt du mouvement.

La répression fut massive : des dizaines de milliers de grévistes furent licenciés, des centaines de personnes, militants ou grévistes, condamnés à la prison [7], 4 à la peine de mort. De nombreux journaux du VKPD furent interdits et le parti perdit en quelques semaines 200.000 adhérents.

Malgré cette terrible défaite, et après avoir exclu Lévi pour avoir dénoncé publiquement dans une brochure “l’action de mars” comme “le plus grand putsch bakouniniste de l’histoire”, au moment même où le gouvernement accusait le parti d’avoir organisé un putsch, la direction du VKPD persista à défendre la justesse de la “théorie de l’offensive”. Un des dirigeants du parti écrivit : “Si l’on nous demande ce qu’il y a vraiment de nouveau dans l’action de mars, il faut répondre : précisément ce que nos adversaires nous reprochent, le fait que le parti soit entré en action sans se poser la question de savoir qui le suivrait”  [8]. Cette théorie de l’offensive fut précisée dans des “Thèses sur la tactique de l’Internationale Communiste” que la direction du VKPD prépara pour les proposer au IIIe Congrès.

La lutte contre “la théorie de l’offensive”

Pour les dirigeants bolcheviks, si de telles positions étaient adoptées par le Congrès, elles entraîneraient à coup sûr des défaites encore plus terribles qui pourraient déboucher sur l’écrasement de l’Internationale.

Dans son rapport sur l’activité du CEIC, Zinoviev commença par traiter longuement la question italienne en démasquant les “centristes” à la Serrati qui s’alignaient de fait sur les réformistes déclarés ; il fut plus bref sur l’Allemagne en relevant cependant la “stupidité” de la théorie de l’offensive. La lutte contre cette théorie eut lieu d’abord en commission, menée principalement par Lénine, avant de se poursuivre dans les débats du Congrès. La question de la tactique fut sans aucun doute le point le plus saillant des travaux : les discussions tournant autour de ce sujet occupèrent la majorité des 3 semaines du Congrès : les 14 première sessions y furent consacrées.

Après avoir ratifié l’exclusion de Lévi (qui avait fait appel devant l’IC de son exclusion) , les “Thèses sur la tactique” finalement adoptées, réaffirmaient la condamnation de la théorie de l’offensive ; elles stipulaient que l’objectif des partis communistes devait être de conquérir la majorité de la population laborieuse avant de se lancer dans un assaut décisif. Lénine défendit la politique de la “lettre ouverte” et, avec Trotsky, il critiqua vertement les positions de gauche [9], par exemple lorsque les délégations allemandes, autrichiennes, polonaises et italiennes déposèrent des amendements à ces thèses, bien qu’elles aient été élaborées en commission après de nombreuses discussions.

De leur côté, les “Thèses sur la structure les méthodes et l’action des partis communistes” détaillaient, de façon quasi minutieuse, comment devaient fonctionner les partis ; elles stipulaient en particulier l’obligation de mener un travail illégal. Leur objectif était d’en finir avec les méthodes dilettantes découlant d’une pratique pacifiste et parlementaire, héritées de la IIe Internationale.

Lénine dira plus tard que pour combattre la “phrase de gauche” il s’était situé à l‘extrême droite du Congrès. Dans une lettre au Congrès du VKPD d‘août 1921, il s’expliqua pourquoi il avait “défendu” Lévi (parce que, expliqua-t-il, nombre de ses critiques de l’”action de mars” étaient justes) en reconnaissant que ceux qui l’accusaient ce dernier de “menchévisme” avaient eu en définitive raison.

Cependant dans sa vive réplique à Terracini, le représentant du PC d’I qui défendait les amendements aux Thèses sur la tactique, Lénine déclara : “s’il y a des centristes ou des centristes camouflés qui contestent la théorie de l’offensive [en tant que principe général de l’activité du parti et non en tant que mot d’ordre à suivre à tout moment], il faut les exclure sur le champ”  [10]. Et lors d’une réunion avec les délégués des partis d’Europe centrale, il affirma : “L’erreur de gauche, c’est simplement une erreur, elle n’est pas grave et elle est facile à corriger. Mais une erreur qui met en cause la résolution d’engager l’action, ce n’est pas une erreur, c’est une trahison. Il n’y a pas de commune mesure avec ces deux sortes d’erreurs. (…) Notre seule stratégie, maintenant, c’est de devenir plus forts et par conséquent plus sages, plus réfléchis, plus ’opportunistes’ et nous devons le dire aux masse. Mais lorsque, grâce à notre sage tactique, nous aurons gagné les masses, alors nous appliquerons la tactique de l’offensive, et dans son sens le plus strict” [11].

Et les “Thèses sur la situation mondiale et les tâches de l’Internationale Communiste” se terminaient ainsi :

Que le mouvement révolutionnaire au cours de la prochaine période suive un cours plus animé ou plus ralenti, le parti communiste doit, dans les deux cas, devenir un parti d’action. Il est à la tête des masses combattantes, il formule fermement et clairement des mots d’ordre de combat, il dénonce les mots d’ordre équivoques de la social-démocratie, basés toujours sur le compromis. 

Le parti communiste doit s’efforcer, au cours de toutes les alternatives du combat, de renforcer par des moyens d’organisation ses nouveaux points d’appui ; il doit former les masses aux manœuvres actives, les armer de nouvelles méthodes et de nouveaux procédés, basés sur le choc direct et ouvert avec les forces de l’ennemi. En profitant de chaque répit pour s’assimiler l’expérience de la phase précédente de la lutte, le parti communiste doit s’efforcer d’approfondir et d’élargir les conflits de classe et de les relier sur une échelle nationale et internationale dans l’idée du but et de l’action pratique, de façon qu’au sommet du prolétariat soient brisées toutes les résistances dans la voie de la dictature et de la Révolution sociale.

Notes :

[1Cf Pierre Franck, “Histoire de l’Internationale Communiste”, Ed. La Brèche, 1979. Des chiffres légèrement différents se trouvent chez d’autres auteurs : Jane Degras (509 délégués venant de 48 pays) dans “The Communist International. 1919-1943. Documents”, Oxford University Press, 1956 ; Broué dans son “Histoire de l’Internationale Communiste. 1919-1943”, Fayard 1997 et Aldo Agosti (605 délégués de 52 pays) dans “La Terza Internazionale. Storia documentaria. Ed Riuniti, 1974 ; John Riddel (« plus de 600 délégués” de 55 pays) dans “To The Masses. Proceedings of the Third Congress of the Communist International “, Haymarkets Books, 2015, etc.

[223/6/1921. Ce rapport ouvrit le Congrès dont il fut l’un des clous ; Trotsky prononça son discours successivement en 3 langues : russe, français et allemand.

[3Cf L’Internationale Communiste n°17 (juin 1921), p.3947-3952 (sic).

[4Avocat issu d’une famille de la bourgeoisie juive, Paul Lévi avait été avant la guerre le défenseur de Rosa Luxemburg lors de retentissants procès en Allemagne. Pendant la guerre il fut membre du groupe Die Internationale dirigé par Luxemburg ; mobilisé, il profita de quelques mois de convalescence en Suisse en 1916 pour connaître Lénine et militer à ses côtés. Après la répression sanglante des Spartakistes et l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht au début de 1919, il fut propulsé à la tête du jeune KPD-S (Parti Communiste d’Allemagne-Ligue Spartakus), où il s’emploiera à éliminer l’aile gauche. De nombreux militants étaient heurtés par son comportement personnel à la fois hautain et dilettante. Il fut expulsé du VKPD (Parti Communiste d’Allemagne Unifié) en avril 1921 pour violation de la discipline à la suite de la publication d’une brochure contre l’action du parti et de de l’IC lors de la “Marzaction”. Il retourna ensuite à la Social Démocratie (USPD, puis SPD).

[5Lors de la réunion du Comité Exécutif de l’IC (CEIC) du 22/2/21, Zinoviev et surtout Boukharine critiquèrent la “Lettre ouverte”, défendue par Radek, représentant du CEIC en Allemagne (ni Lénine, ni Trotsky n’étaient présents). Pour Boukharine la lettre n’était que du “bla-bla opportuniste de Lévi” : (…) ” Ils ont déjà plus de 500.000 membres. Nous, c’est seulement maintenant que nous en avons autant, et au moment de la Révolution d’Octobre nous avions beaucoup moins de membres. Le parti échoue dans la lutte réelle et il veut y remédier de manière fantastique et artificielle en faisant des concessions à d’autres partis”. cf . John Riddel, op. cit. p.1064.

[6Dirigeant le PSI, Serrati avait, avec ses partisans, refusé au Congrès de Livourne de rompre avec les réformistes ; ils avaient donc été exclus de l’IC dont la section était dès lors le Parti Communiste d’Italie. Présent à Livourne en tant que représentant du parti allemand, Lévi s’y était vainement efforcé de combler les divergences entre les partisans de Serrati et la Fraction communiste qui allait fonder le PC d’I. Pour Lévi ce dernier n’était qu’un rassemblement d’ “éléments semi-anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires” alors que le gros des ouvriers révolutionnaires serait resté avec Serrati. Il accusait les dirigeants de l’IC d’être responsables de ce fait, en raison de la tradition du bolchevisme, formée dans l’illégalité, qui préférait les scissions à l’éducation politique progressive des masses.

A l’inverse l’un des délégués de l’IC à Livourne, Rakosi, écrivait dans la quotidien du VKPD, Die Rote Fahne, que la scission de Livourne devait “servir d’exemple” et que si c’est nécessaire, il faudra “pour la clarté politique” (…) “faire des scissions dix fois au besoin que ce soit en Italie, en France ou en Allemagne” cf P. Broué, “Révolution en Allemagne. (1917-1923)”Ed. de Minuit, 1971, p. 470-472.

[7Brandler, le président du parti, fut condamné à 4 ans de prison pour “haute trahison”, bien que lors de son procès il ait affirmé que la dictature du prolétariat que les juges l’accusaient de vouloir, pouvait se réaliser dans le cadre de la constitution allemande…. Cf Broué, op. cit., p.486.

[8Die Internationale n°4, avril 1921. Cité dans Broué, op. cit. p. 504.

[9Les attaques de Lénine contre Bela Kun, l’ancien dirigeant de la révolution hongroise de 1919, qui était l’un des défenseurs les plus en vue de la théorie de l’offensive, furent un jour si chaudes que ce dernier fit un malaise cardiaque dans la rue à l’issue d’une discussion sur les évènements d’Allemagne. Par ailleurs les délégués allemands appartenant à la majorité du parti, protestèrent contre le ton d’un discours de Trotsky contre leurs actions, etc.

[10Cf Lénine, Œuvres, tome 32, p. 503.

[11Cf Lénine, “Discours à la Conférence des membres des délégations allemande, polonaise, tchécoslovaque, hongroise et italienne du 11 juillet”, Œuvres, tome 42, p.330. La tactique préconisée par le CEIC avait été qualifiée d’ “opportuniste” par certains partisans allemands de la théorie de l’offensive. Lénine dans ce discours visait en particulier les dirigeants du PC.




Source: Archivesautonomies.org