Septembre 2, 2021
Par Archives Autonomie
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La première revue que le Groupe communiste de conseils publie est datée de septembre 1962. Dans ce premier numéro, on peut lire cette profession de foi [1] :

“Une double conviction pourrait être invoquée pour justifier le “lancement” de ces cahiers :

— sans une transformation totale et profonde des structures sociales (économiques et politiques) qui caractérisent l’ensemble des Etats dans le monde où nous vivons, l’humanité connaîtra une nouvelle catastrophe, plus meurtrière que les précédentes

— les mouvements sociaux et politiques qui tentent aujourd’hui de s’opposer à cette marche absurde des affaires humaines sont dans leur presque totalité (bien que de manières très diverses) complices des forces destructrices qu’ils prétendent combattre.

Ce disant, nous n’exceptons pas le mouvement ouvrier, ou ce qu’il en reste. Et pourtant nous pensons que la cause peut encore être sauvée.

Cette manière de voir est partagée par divers groupes révolutionnaires. Nos cahiers s’efforceront de contribuer à un renouveau de la pensée révolutionnaire en orientant ses efforts vers l’étude et la discussion du socialisme des conseils. Nous faisons nôtre la devise de la première Internationale : “L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes“.

De toutes les formes du mouvement ouvrier, le socialisme ou communisme des conseils nous semble le plus fidèle à l’esprit et à la lettre de cette devise. Ces cahiers se proposent donc de répandre les idées du socialisme des conseils ou plus exactement d’ouvrir le débat sur les buts et l’organisation du mouvement des conseils.

Nous ne voulons pas imposer nos idées comme des dogmes intouchables. Bien au contraire, nous sommes prêts à apprendre et nous ne faisons que proposer des thèmes d’étude, avec l’espoir que la pensée théorique du socialisme des conseils sera le résultat de discussions sérieuses et patientes. Tout ne sera pas nouveau dans ce que nous aurons à dire : la pensée des conseils a un passé, une histoire. Cette pensée et cette histoire formeront la principale matière de ces cahiers.”

Ngô Van écrit : “de 1962 à 1969, le groupe publie une série de Cahiers de discussion pour le socialisme des conseils”, essentiellement consacrés à deux problèmes : “Pourquoi les conseils ?” et “Les conseils ouvriers et la révolution socialiste”. Nous y présentons, en traduction partielle, Worker’s Council, ains que les Cinq thèses sur la lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme d’Anton Pannekoek, du groupe des communistes de conseils de Hollande.” [2]

Jusqu’au n°6, cette problématique des Conseils est développé au fil des numéros. On y retrouve outre des notes de lecture, un “Questionnaire sur le socialisme” avec des réponses.

Le n°7 développe le thème de la “Paupérisation et le mouvement ouvrier” avec des textes de discussions exprimant des positions divergentes.

Lors de cette année, le groupe est présent à la première réunion internationale de Taverny organisée par ICO du 29 au 31 juillet 1966 [3], en la personne de M. Rubel, qui n’intervient pas [4]. Nous mettons en ligne le compte-rendu rédigée par “Bubi” (fils de P. Mattick).

Le N°8 aborde les questions d’actualité comme la guerre du Vietnam et les différentes prises de positions sur le nationalisme. L’autre question d’importance touche à l’organisation puisque s’est tenu à Taverny en 1967 la 2ème rencontre internationale à l’initiative d’ICO et de Solidarity [5]. Des militants du groupe hollandais Actes et Pensée, de Marseille ou encore Montpellier sont présents. Des débats animés et passionnés se déroulent entre les différents groupes présents, en particulier sur la question de l’organisation et du rôle que doit ou ne doit pas jouer un groupe politique antérieurement, pendant et postérieurement à tout processus de lutte. On peut résumer ce qui s’est dégagé de cette réunion ainsi : L’essentiel des discussions se concentrent sur la question du rôle joué par les groupes révolutionnaires dans le processus de maturation des luttes ouvrières, et plus largement des luttes des prolétaires contre leur conditions d’exploitations. Dans l’ensemble, tous les participants s’accordent sur quelques points. Ils rejettent tous l’action minoritaire, au sens où elle s’inscrit au service de la constitution d’un parti, qui se substituerai à l’action des travailleurs ou chercherait à prendre le contrôle de leurs luttes. Pour la presque totalité des participants de Taverny, le terme d’organisation et le débat qui en découle ne font pas référence à la nécessité de prendre la direction du mouvement mais s’inscrit comme forme de structuration d’une intervention collective en vue de favoriser à la fois l’auto-émancipation de ses membres et celles en direction desquels elle est amené à intervenir ou avec lesquels elle entre en contact.

La position du Groupe communiste de conseils fut la suivante : “Pour préparer un tel regroupement des volontés révolutionnaires, nous proposons aux camarades de créer, dans leurs pays respectifs, des comités de correspondance et de discussion pour un mouvement international des conseils ; leur tâche sera d’étudier et de discuter l’ensemble des problèmes du mouvement ouvrier sur la base de l’autonomie de la lutte revendicative des ouvriers et des paysans et du principe fondamental de l’auto-émancipation des travailleurs. L’exemple de la Première Internationale qui, voilà un siècle, a rassemblé des travailleurs de tendances parfois ennemies autour de ce principe, montre qu’une telle entreprise n’est pas fatalement vouée à la bureaucratisation et à l’échec. Pour coordonner les différentes expériences et maintenir un lien vivant et permanent entre les différents comités, on peut envisager, pour chacun d’eux, la publication d’un bulletin dont la ligne directrice serait de fournir les éléments de cette charte d’un mouvement international des Conseils ouvriers.”

Le dernier numéro, daté de novembre 1968, revient sur les événements de mai 1968 et dans une deuxième parti analyse le rôle des syndicats et des partis qui sont au “service de l’exploitation capitaliste”. Ce numéro sera republié en mai-juin 1969 par les Cahiers du Centre d’études socialistes dans une version remaniée pour ce qui est du texte “réflexions à propos de la révolte de Mai” [6].




Source: Archivesautonomies.org