Octobre 23, 2021
Par Le Monde Libertaire
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21.10.2021
Il me semble opportun de faire le point sur certains aspects de l’antimilitarisme qui ne sont pas toujours sous les feux de la rampe mais qui ont nĂ©anmoins Ă©tĂ© soulignĂ©s au cours des rencontres qui se sont tenues, l’assemblĂ©e antimilitariste de Milan les 9 et 10 octobre derniers et ensuite le “convegno” [note] de la FAI.

Il y a deux Ă©lĂ©ments dĂ©cisifs qui dessineront le futur panorama de la militarisation : les nouvelles donnes gĂ©opolitiques et l’évolution de l’industrie militaire. D’un point de vue gĂ©opolitique, les facteurs de nouveautĂ© sont d’une part la MĂ©diterranĂ©e, qui repousse ses frontiĂšres gĂ©ographiques, dessinant une nouvelle dimension – la MĂ©diterranĂ©e Ă©largie – et d’autre part, l’Afrique au centre de l’attention des puissances mondiales.

La MĂ©diterranĂ©e devient un Ă©lĂ©ment dĂ©cisif dans la rivalitĂ©, non seulement rĂ©gionale mais internationale. Dans les documents officiels de la DĂ©fense, ainsi que dans le lexique des analystes, la notion de “MĂ©diterranĂ©e Ă©largie” est de plus en plus prĂ©sente. Ce n’est pas un hasard si le refinancement des missions Ă©trangĂšres a Ă©tendu la prĂ©sence militaire du bassin mĂ©diterranĂ©en au continent africain jusqu’au dĂ©troit d’Ormuz. Un scĂ©nario gĂ©ographique dont le centre nĂ©vralgique est le bassin mĂ©diterranĂ©en (l’Italie ne peut qu’en ĂȘtre le sommet) avec, d’un cĂŽtĂ©, le continent africain du Sahel au golfe de GuinĂ©e pour ensuite, Ă  travers la Corne de l’Afrique, se dĂ©ployer de l’autre cĂŽtĂ© jusqu’à le dĂ©troit d’Ormuz. Ce triangle idĂ©al contient de fait une grande partie des ressources Ă©nergĂ©tiques mondiales.

L’Europe, historiquement prĂ©sente Ă  travers certains pays ou leurs multinationales (Ă  titre d’exemples non exhaustifs, l’Italie et la France Ă  travers ENI et Total), surtout au nord de l’Afrique et dans la zone subsaharienne, a aujourd’hui besoin d’ĂȘtre plus largement prĂ©sente gĂ©ographiquement. Cette prĂ©sence a un double objectif : s’assurer les ressources Ă©nergĂ©tiques et contrer le dynamisme de la Russie qui, depuis les thĂ©Ăątres d’opĂ©rations du Moyen-Orient, oĂč elle est prĂ©sente depuis des dĂ©cennies grĂące aussi aux hĂ©ritages historiques de l’ex-URSS, elle a Ă©largi son influence militaire et commerciale en Afrique, du Sahel Ă  la Corne de l’Afrique en passant par l’Afrique centrale.

L’expansion de Moscou sur le continent africain, Ă  son tour, crĂ©e les contours d’un grand triangle gĂ©ographique et gĂ©opolitique qui se superpose de fait Ă  la prĂ©sence europĂ©enne. Non seulement Moscou mange l’espace politique de l’Europe mais, surtout, cette prĂ©sence est en plein essor sur le plan Ă©conomique. Poutine est en train de signer des accords importants dans la Corne de l’Afrique, au Sahel et en Afrique centrale, pour fournir deux composants industriels, pour lesquels la Russie est l’un des leaders mondiaux : l’énergie nuclĂ©aire et l’armement. Pour faire face Ă  une expansion russe inĂ©dite et sans prĂ©cĂ©dents, dans des zones jusqu’ici hors de l’influence moscovite, il faut donc opposer une prĂ©sence militaire structurĂ©e qui ne peut plus ĂȘtre assurĂ©e par un seul pays (jusqu’à prĂ©sent la France) mais par une prĂ©sence conjointe de toute l’Europe. Preuve en st trĂšs concrĂštement la nouvelle mission Takuba au Mali oĂč l’Italie, conjointement Ă  d’autres pays europĂ©ens, aux cĂŽtĂ©s de la France, joue un rĂŽle technique militaire absolument fondamental.

L’Afrique est de plus en plus au centre de l’attention des puissances mondiales et par consĂ©quent de la prĂ©sence militaire internationale. Un aspect, peu soulignĂ©, fait du continent africain un vĂ©ritable hub stratĂ©gique, celui des cĂąbles Internet. 97 % du trafic via le WEB transite par des cĂąbles sous-marins et l’Afrique en est l’épicentre, notamment sa rive orientale. La mer Rouge et le dĂ©troit de Suez ne sont pas seulement l’un des nƓuds du transit international des marchandises, notamment celui qui part de l’Orient et va vers l’Orient (la Chine au premier chef) mais c’est aussi le point gĂ©ographique (plus exactement ses fonds marins) oĂč sont placĂ©s les cĂąbles par lesquels transitent une grande partie des donnĂ©es europĂ©ennes. Il va de soi que le contrĂŽle des cĂąbles sous-marins a et aura toujours un poids stratĂ©gique dĂ©cisif ; en ce sens, les marines russe et britannique, parmi les mieux Ă©quipĂ©es au monde, sont en train de dĂ©velopper des systĂšmes d’armes Ă  la fois sous-marins et de surface pour le contrĂŽle, la surveillance ou le sabotage du rĂ©seau de cĂąbles sous-marins.

Si Takuba reprĂ©sente un premier noyau timide de l’armĂ©e europĂ©enne, du moins sur le plan pratique, ce n’est pas un hasard si le dĂ©troit d’Ormuz est prĂ©sent dans les derniĂšres nouvelles missions Ă  l’étranger. La mission dans cette zone, oĂč transite non seulement une grande partie de l’énergie consommĂ©e par l’Europe mais aussi du trafic de fret maritime via les super porte-conteneurs, a conduit la communautĂ© europĂ©enne Ă  mettre un piquet trĂšs stable dans la zone, Ă  travers cette mission dans une zone qui est de fait l’un des pĂŽles stratĂ©giques les plus importants (avec le dĂ©troit de Malacca pour le transit des marchandises en provenance et Ă  destination de la Chine).

Les journĂ©es milanaises ont Ă©galement permis de souligner le caractĂšre permanent des missions militaires Ă  l’étranger et l’engagement global de la CommunautĂ© europĂ©enne. La gĂ©opolitique n’ayant plus de points permanents mais en constante Ă©volution, le contenu des missions militaires Ă©trangĂšres change donc aussi. Elles s’inscrivaient jusqu’à il y a quelques annĂ©es dans une logique de protection exclusive des intĂ©rĂȘts nationaux (c’est encore en partie le cas aujourd’hui) ou rĂ©pondaient Ă  l’exigence d’une stratĂ©gie dans et dans l’orbite des alliances politiques et militaires traditionnelles, autrement dit de l’OTAN. Nous nous trouvons maintenant face Ă  un nouveau scĂ©nario.
L’Europe dans son ensemble, avec tous ses problĂšmes politiques et Ă©conomiques, doit jouer ses cartes Ă  une plus grande table que par le passĂ© et avec des rĂšgles du jeu en constante Ă©volution. Pour faire face Ă  cette situation, les ressources nationales et les forces armĂ©es respectives sont absolument insuffisantes. L’affaire de la Mission Takuba pour laquelle la France a sollicitĂ© les autres pays europĂ©ens est en elle-mĂȘme Ă©loquente. Les coĂ»ts Ă©levĂ©s de la prĂ©sence française au Sahel (4 000 hommes) ne sont plus tenables et ont conduit la France (Ă  regret) Ă  demander une nouvelle structure opĂ©rationnelle Ă  participation europĂ©enne.

Cela montre que, pour faire face Ă  la concurrence mondiale, les initiatives militaires des pays de l’UE doivent ĂȘtre coordonnĂ©es. Cela signifie non seulement une direction commune mais, surtout, un flux unique de financements qui ne peut venir d’un seul pays europĂ©en. Il est nĂ©cessaire de trouver des ressources plus importantes et de nouvelles structures organisationnelles des moyens militaire de façon Ă  ĂȘtre compĂ©titif sur le nouvel Ă©chiquier mondial. La solution qui se met en place est un projet europĂ©en de dĂ©fense par la crĂ©ation d’organes permanents pouvant donner le jour Ă  un premier noyau d’armĂ©e europĂ©enne.

L’idĂ©e n’est pas nouvelle en soi : depuis les annĂ©es cinquante l’hypothĂšse d’une armĂ©e europĂ©enne est apparue mais l’idĂ©e avait Ă©tĂ© aussitĂŽt abandonnĂ©e en raison des dynamiques internationales de l’époque. DĂ©sormais, la possibilitĂ© d’une force armĂ©e sous la banniĂšre du drapeau bleu Ă©toilĂ© se concrĂ©tise davantage et ce n’est pas un hasard si nous sommes passĂ©s de la phase de planification Ă  la phase de mise en Ɠuvre. Trois facteurs ont contribuĂ© Ă  la relance du projet : les nouvelles donnes gĂ©opolitiques, la rĂ©cente rĂ©organisation financiĂšre de l’Union europĂ©enne et le dĂ©veloppement de la recherche scientifique et technologique. Des facteurs apparemment sans rapport les uns avec les autres mais qui interagissent en rĂ©alitĂ© dans leur configuration et leur devenir.

Un Ă©lĂ©ment dominant et dĂ©cisif est le dĂ©veloppement de systĂšmes d’armes de plus en plus orientĂ©s vers le numĂ©rique, dont les coĂ»ts et la complexitĂ© ne peuvent ĂȘtre gĂ©rĂ©s par un seul pays. L’évolution de l’art de la guerre requiert des compĂ©tences en amont de l’appareil militaire et rĂ©side dans la capacitĂ© d’un pays Ă  organiser l’ensemble de ces savoirs et spĂ©cialisations (formation et ressources allouĂ©es Ă  la recherche et le dĂ©veloppement) qui sont la clĂ© pour avoir l’avantage dans la compĂ©tition internationale. Ce n’est pas un hasard si les quelques ressources provenant du Fonds de relance et destinĂ©es aux Ă©coles sont allouĂ©es principalement aux instituts techniques, c’est-Ă -dire Ă  ce secteur qui, grĂące Ă  la connaissance numĂ©rique, peut plus immĂ©diatement servir le systĂšme industriel.

La recherche technologique est le vĂ©ritable enjeu stratĂ©gique de l’appareil militaire : qui saura ĂȘtre plus innovant aura un avantage certain dans la compĂ©tition militaire. Les principaux axes d’intervention dans le domaine numĂ©rique sont dĂ©taillĂ©s dans le document de programme pluriannuel de dĂ©fense pour la pĂ©riode triennale 2021-2023, dans sa partie consacrĂ©e Ă  la recherche scientifique et technologique. La recherche se dĂ©veloppe aussi sur un large rayon, impliquant non seulement les lieux traditionnellement assignĂ©s Ă  ces missions, tels que les universitĂ©s et les organismes nationaux, mais aussi le secteur privĂ©, aussi bien dans le secteur des industries que des petites et moyennes entreprises, ce qui prouve que l’appareil militaire dans son ensemble implique l’ensemble du secteur de la production.

Une partie non nĂ©gligeable du document est rĂ©servĂ©e aux programmes d’application et de dĂ©veloppement technologique europĂ©ens, et leur caractĂšre international en est le dĂ©nominateur commun : la participation conjointe des membres de l’UE. L’appareil militaire repose sur la formation Ă  la recherche et au dĂ©veloppement, preuve en est le rĂ©cent Fonds europĂ©en de dĂ©fense (FED) dĂ©bloquĂ© le 21 juin 2021 et pour la mise en Ɠuvre duquel l’Italie a jouĂ© un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant.
La dotation financiĂšre est de 7,9 milliards d’euros jusqu’en 2027. La vĂ©ritable nouveautĂ© est son mode de financement : un fonds unique a Ă©tĂ© crĂ©Ă© grĂące Ă  un cofinancement europĂ©en, c’est la dĂ©monstration du fait que l’Europe entend, sur le plan financier et sur le modĂšle du Fonds de relance, un partage de la collecte et rĂ©partition des ressources. Le FED a deux objectifs : ĂȘtre un stimulant pour chaque État en matiĂšre de recherche et de dĂ©veloppement, et coordonner les projets, pour Ă©viter le gaspillage de ressources ou les doublons dans la recherche. Une attention particuliĂšre est portĂ©e aux petites et moyennes entreprises (PME) qui pourront accĂ©der aux appels d’offres en s’associant en groupes constituĂ©s d’au moins trois initiatives de production.

Le FED hĂ©rite de l’expĂ©rience mĂ»rie au cours des deux derniĂšres annĂ©es grĂące Ă  des projets pilotes prĂ©cĂ©dents, notamment l’EDIP (Programme europĂ©en de dĂ©veloppement de l’industrie de dĂ©fense) dont le budget pour 2019-2020 s’élevait Ă  500 millions d’euros. L’architecture du FED sera complĂ©tĂ©e par deux autres structures, la CARD qui se chargera de la rĂ©vision annuelle et coordonnĂ©e des projets et la Boussole StratĂ©gique qui Ă©laborera les orientations stratĂ©giques hors des frontiĂšres de l’UE. La boussole stratĂ©gique pourrait ĂȘtre le premier noyau d’une politique Ă©trangĂšre europĂ©enne unique, Ă©lĂ©ment qui jusqu’à prĂ©sent fait dĂ©faut et empĂȘche l’Europe de parler d’une seule voix dans les grandes enceintes internationales et, surtout, d’ĂȘtre prĂ©sente de maniĂšre unitaire lors de scĂ©narios de crise (l’affaire libyenne en est un exemple clair avec l’affrontement indirect entre l’Italie et la France).

Le FED va en fait plus loin que la premiĂšre timide tentative europĂ©enne de coopĂ©ration militaire europĂ©enne qui fut Ă  l’époque mise en Ɠuvre Ă  travers la PESCO (Permanent Structured Cooperation). Celle-ci se bornait en fait Ă  la recherche d’une coopĂ©ration entre les diffĂ©rents États membres de l’UE dans le domaine de l’industrie militaire. Le FED, tout en hĂ©ritant des expĂ©riences de la PESCO, introduit le concept totalement nouveau de cofinancement et donc d’une base financiĂšre commune aux pays membres de façon non seulement Ă  consolider et Ă  encourager de plus en plus de projets de recherche et dĂ©veloppement de maniĂšre coordonnĂ©e mais surtout, Ă  impliquer financiĂšrement chacun des États.
Le cofinancement europĂ©en est le miroir de la future armĂ©e communautaire et la Next Generation EU en reprĂ©sente le prĂ©alable fondamental dans le concept d’une caisse unique europĂ©enne unique. Ainsi, le lancement du Fonds europĂ©en de la dĂ©fense implique tout Ă  la fois une vision politique (l’Europe qui essaie de se coordonner en interne pour se prĂ©senter sur la scĂšne internationale avec une seule voix), une vision financiĂšre (le partage entre les États membres d’une dette europĂ©enne commune) et stratĂ©gique (non plus des programmes militaires de pays individuellement mais un dĂ©veloppement commun).

La Commission europĂ©enne a lancĂ© les premiers appels Ă  1,2 milliard d’euros pour l’acquisition de systĂšmes d’armes. Les premiĂšres demandes concernent les nouvelles stratĂ©gies de combat, Ă  savoir le secteur aĂ©ronaval et, surtout, le dĂ©partement spatial pour l’identification et l’application de nouveaux matĂ©riaux. Si l’on rentre dans le dĂ©tail, les appels majeurs s’adressent aux secteurs Cyber, Espace et AĂ©rien.

L’espace est proposĂ© comme l’avenir proche de la stratĂ©gie militaire. Il existe deux projets de dĂ©veloppement, des systĂšmes de surveillance pour la navigation dans des scĂ©narios de guerre (NavWar) et des protections Ă©lectroniques pour satellites, de mĂȘme que des appels d’offres pour le dĂ©veloppement de la « supĂ©rioritĂ© de l’information ». Pour l’espace aĂ©ronautique, on trouve le secteur des missiles, notamment les intercepteurs endo-atmosphĂ©riques. Cependant, c’est le secteur de l’aviation qui joue un rĂŽle majeur. Les nouveaux scĂ©narios de guerre se concentrent sur le concept d’interopĂ©rabilitĂ© des forces : en somme, les forces d’intervention terrestres (de plus en plus spĂ©cialisĂ©es et de plus en plus limitĂ©es en effectifs) doivent se coordonner avec les forces navales et surtout aĂ©riennes.

La partie la plus importante des appels, aprĂšs l’aviation et le secteur de l’aviation, est rĂ©servĂ©e aux projets de dĂ©veloppement de la transition environnementale et de la rĂ©silience Ă©nergĂ©tique, des questions qui, sans surprise, constituent une tranche importante de la Next Generation EU. Les projets concernent les systĂšmes Ă©nergĂ©tiques pour les bases militaires et pour la propulsion des systĂšmes de combat aĂ©rien. La vraie nouveautĂ© et l’avenir proche de la stratĂ©gie militaire sont reprĂ©sentĂ©s par l’avenir des systĂšmes numĂ©riques ou systĂšmes FCS et des avions de sixiĂšme gĂ©nĂ©ration.

Encore une fois le changement est le rĂ©sultat de l’interaction de diffĂ©rents Ă©lĂ©ments, gĂ©opolitique et technologie se nourrissant l’une l’autre. Les thĂ©Ăątres des conflits ont profondĂ©ment changĂ© ces derniĂšres annĂ©es et, surtout, un Ă©chiquier international en constante Ă©volution amorce des tensions et des possibilitĂ©s d’intervention aux quatre coins du globe. Les initiatives FCS (Future Combat System) sont lancĂ©es depuis un certain temps pour mieux rĂ©pondre Ă  un tableau en constante Ă©volution. L’armĂ©e doit dĂ©sormais articuler ses opĂ©rations avec les forces aĂ©riennes et maritimes. Pour ce faire, un « systĂšme de systĂšmes » appelĂ© FCS est requis. La nouvelle plate-forme comprend 18 systĂšmes distincts. Chaque systĂšme est reprĂ©sentĂ© par une typologie d’unitĂ©s, Ă  la fois classiques et tĂ©lĂ©opĂ©rĂ©es, qui doivent intĂ©grer les opĂ©rations terrestres aux opĂ©rations spatiales et maritimes.

Les conflits se joueront de moins en moins sur les champs de bataille, tels que nous les avons historiquement connus, mais rĂ©pondront de plus en plus Ă  des scĂ©narios urbains ou menĂ©s par des formations de guĂ©rilla. Des unitĂ©s stratĂ©giques plus petites sont donc indispensables, plus agiles mais surtout intĂ©grĂ©es aux opĂ©rations aĂ©riennes ou maritimes, opĂ©rations qui seront surtout menĂ©es de plus en plus Ă  distance. Les drones seront, en somme, les systĂšmes d’intĂ©gration des opĂ©rations de guerre.

A partir de ces concepts, une rĂ©volution systĂ©mique profonde a Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e dans les systĂšmes d’armes et l’art de la guerre. Les amĂ©liorations technologiques ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sentes et ont accompagnĂ© l’évolution des moyens matĂ©riels militaires. Parfois, les innovations Ă©taient appliquĂ©es directement aux systĂšmes d’armes prĂ©cĂ©dents, aĂ©riens ou navals. Les “amĂ©liorations”, comme par le passĂ©, ne suffisent plus : un saut gĂ©nĂ©rationnel s’impose aujourd’hui. La conception, en particulier dans le domaine de l’espace aĂ©ronautique, doit prendre en compte un scĂ©nario complĂštement diffĂ©rent du passĂ©. Les systĂšmes d’armes, notamment aĂ©riens, doivent ĂȘtre en synergie avec les aĂ©ronefs tĂ©lĂ©pilotĂ©s, avec les satellites et plus gĂ©nĂ©ralement avec tous les systĂšmes militaires. La piĂšce de la guerre ne peut ĂȘtre un monologue confiĂ© Ă  un seul acteur, le scĂ©nario doit inclure le panel le plus large et le plus coordonnĂ© possible.

Dans cette perspective, le systĂšme 6G appelĂ© « systĂšme des systĂšmes » reprĂ©sente l’avenir proche, conçu pour connecter des plateformes avec pilote Ă  bord et drones. Le dĂ©veloppement de la 6G avec sa capacitĂ© Ă  interagir avec d’autres systĂšmes d’armes est particuliĂšrement adaptĂ© aux thĂ©Ăątres des missions internationales italiennes. Le contrĂŽle de la MĂ©diterranĂ©e ainsi que de la “Grande MĂ©diterranĂ©e” requiert la capacitĂ© de la 6G Ă  Ă©changer des informations en temps rĂ©el Ă  partir d’autres sujets militaires et ainsi donner une vue Ă©largie et complĂšte du champ de bataille assurant ainsi un avantage tactique dans les cas les plus complexes, tels que le suivi d’un grand territoire ou le suivi de scĂ©narios urbains.
Pour conclure, telles sont les lignes directrices qu’a l’intention de suivre le systĂšme militaire dans son ensemble et la mission qu’il se donnera ; si l’Europe veut ĂȘtre une voix unique Ă©galement dans les forces armĂ©es, la premiĂšre rĂ©alisation concrĂšte, bien que sobre en effectifs, est reprĂ©sentĂ©e par la Force d’expĂ©dition. La nouvelle structure opĂ©rationnelle a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e par Von Der Leyne le 15 octobre lors du discours sur l’état de l’Union europĂ©enne. C’est une force d’environ 6000 hommes dont le commandement est Ă  Bruxelles. Au-delĂ  de l’augmentation dĂ©jĂ  prĂ©visible des effectifs, l’Expedition Force est d’ores et dĂ©jĂ  au cƓur de la question de l’organisation et la structuration d’un l’appareil de guerre vouĂ© Ă  ĂȘtre de plus en plus orientĂ© vers une utilisation technologique des ressources.

Tout d’abord, l’idĂ©e que les interventions dans les zones de crise doivent ĂȘtre l’apanage exclusif des forces terrestres est dĂ©passĂ©e. Elles doivent savoir associer harmonieusement la marine et l’armĂ©e de l’air. Cependant, la coordination sur les thĂ©Ăątres d’opĂ©rations ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas des deux facteurs qui reprĂ©sentent aujourd’hui le saut qualitatif de l’appareil de guerre, la « Cyber-guerre » et « l’espace ». Les volet numĂ©rique et aĂ©rospatial sont donc non seulement en projet mais dĂ©jĂ  aujourd’hui l’élĂ©ment gagnant dans la compĂ©tition internationale.

Traduction de l’italien : Monica Jornet Groupe Gaston CoutĂ© FA




Source: Monde-libertaire.fr