Mardi 8 octobre, 4h du matin :

L’occupation de la place du Châtelet dure depuis lundi 7 octobre 15h via 6 points de blocages représentés par des étoiles rouges sur cette carte.

On sent que ça négocie beaucoup avec la police dans notre dos. Les « contacts police » nous ont annoncé que la préfecture avait prévu de garder l’itinéraire du cortège funéraire des flics assassinés par leur collègue Mickaël Harpon, via la place du Châtelet ! Elle s’est bien sûr abstenue de trouver un itinéraire alternatif alors qu’elle le fait « si bien » dans le cadre des manifestations (par exemple Gilets jaunes).

Dans le même temps, l’assemblée générale principale et les assemblées secondaires en chaque point de blocage sont tombées grossièrement dans le piège de ne parler que de ça pendant des heures et des heures et des heures… selon les principes d’un assembléisme intégriste prétendument démocratique. Il est 4h du matin. Ça a fini il y a une heure. On est tous exténués. On est beaucoup à être dégoutés sauf les professeurs de la théorie du consentement/consensus/objection façon Nuit debout.

Faut-il :

  • laisser passer le cortège sans condition
  • laisser passer le cortège sous condition : pas d’arme et pas de représentant politique
  • ne pas laisser passer le cortège

Voilà la question, apparemment primordiale, qui était posée par la section française du mouvement international Extinction-Rebellion.

Une réponse logique à la préf aurait été : « Non, mais vous vous foutez de la gueule de qui ? On se bat pour la protection de l’environnement, contre le réchauffement climatique, la misère et les dangers que vont subir les migrant·e·s climatiques, une pollution irréversible des océans, l’artificialisation de toute la terre, la fin de la biodiversité, l’extinction de masse, la destruction de la vie, et ce, le premier jour du lancement de notre campagne internationale qu’on prépare depuis des mois. Et vous venez nous parler de débloquer notre campement pour un cortège funéraire alors que vous êtes les chiens de garde des politiques et des patrons qui rendent nos vies misérables et accessoirement, vous êtes responsables de la mort de dizaines de personnes chaque année, de milliers de blessés récemment. En tant qu’obstacle au changement et à l’émancipation, nous affirmons que nous nous porterions mieux sans vous. On ne lâchera rien. On se rebelle d’où notre nom Extinction-Rebellion. Ceci n’est pas une plaisanterie. Votre grossier chantage, votre instrumentalisation de la douleur des familles endeuillées ne marche pas sur nous. »

Au lieu de ça, l’AG s’est empêtrée de manière grotesque dans des débats sans fin sur « on les laisse passer sous conditions, quelles conditions ». Quelle bande de bouffons. Toujours à parler de com, d’image dans les médias, de com, d’image dans les médias. Parce que tu vois « nous on respecte la vie, toutes les vies, et on condamne la violence, toutes les violences… ». Ça n’arrête jamais avec XR. Incapable d’être à la mesure des enjeux et ne respectant pas un de leur propre principe « Nous ajustons notre mission à la mesure de ce qui est nécessaire ». L’AG de blocage de ce soir a donc voté, après avoir exténué tout le monde, de débloquer pour laisser un cortège funéraire de flics qui n’a AUCUNE raison de passer par là, il suffit de tourner au coin de la rue comme l’ont fait tous les autres ambulances et improbables corbillards de la journée.

Voilà ce qu’il se passe quand on parle de violence et de non-violence à longueur de journée, en adoptant une posture morale et abstraite. Voilà ce qu’il se passe quand on n’a aucun discours sur l’État, son bras armé, ses violences systémiques, les rapports de force, les intérêts de classe, les structures de domination, de répression, d’exploitation, de coercition.

XR a pris le risque réel ce soir de casser tout le travail accompli depuis début septembre : la dynamique engagée dans la manifestation climat du 21/09 et l’occupation du 5/10. Pourtant ces interrogations ont été évoquées en AG :

  • « vous vous rendez compte des conséquences sur l’avenir de XR et des futurs recrutements ? »
  • « que vont penser les comités contre les violences policières ? le comité Adama ? »
  • « on a déjà une réputation de bisounours, ne risque-t-on pas de briser la convergence d’Italie2 ? »

Leurs petites inquiétudes auront vite été balayées. Communication et image de marque obligent. S’il y a bien un moment où il faut venir discuter, débattre, s’engueuler, se foutre sur la gueule avec ces « rebelles » en carton, c’est maintenant, à la place du Châtelet.

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Article publié le 08 Oct 2019 sur Paris-luttes.info