Septembre 30, 2022
Par CQFD
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Le gilet orange, le fusil, les balles, les chiens qui aboient et le coup de feu qui part. Avec Le Sang de Ginette, très chouette documentaire sonore, Sonia Cabrita suit le chemin de son aïeule et s’initie à la chasse. Plutôt Bambi ou odeur de poudre ? En essayant de dépasser le clivage, une autre vision de cette pratique se dessine, loin des caricatures.

« J’ai entendu un coup de feu mais j’ai pas entendu la mort.  » Banal coup de fil entre une grand-mère et sa petite-fille. La première est en pleine chasse aux sangliers. La deuxième n’en perd pas une miette et enregistre tout : les conversations, les balades en forêt, les conseils pratiques. Les deux habitent la Creuse. Et la plus jeune a décidé de passer outre ses doutes. « Manipuler du gibier à peine mort, fréquenter des personnes souvent infréquentables, être une femme au milieu de tant de mâles » : elle embrasse désormais à fond la tradition familiale. Quand elle passe le permis, sa propre fille l’aide même à réviser la théorie – façon code de la route. «  Ce faisan s’est levé sur mon terrain de chasse, il paît sur la propriété voisine. Je tire ou pas  » Le tout est drôle et bien réalisé. On la suit dans l’obtention du sésame, ses premières sorties et les moments de transmission à haute valeur symbolique – ainsi du fusil récupéré chez le grand-père violent il y a des décennies.

Devant un sujet si hautement inflammable, Sonia Cabrita, la réalisatrice du docu sonore Le Sang de Ginette, met en avant la connaissance de la nature et l’empowerment acquis «  T’es pas moins prédisposée que les autres à le faire.  » On est loin d’une représentation vote facho et gâchette facile qui sied habituellement à la pratique. Mais son documentaire radiophonique n’élude pas les cas de conscience : l’élan qui pousse à tuer et le plaisir de porter une arme. « Ça y est j’ai un fusil, je me sens plus, ça me donne envie de me venger. » Il rappelle aussi l’importance sociale de cette pratique, de la « fédé » aux sorties dominicales : mieux vaut ne pas refuser une première invitation à chasser en groupe. « Tu sais, on est assez susceptible, nous, le monde chasseur », dixit la grand-mère. Sans être un manifeste pro-chasse, Le Sang de Ginette introduit un peu de complexité et d’intimité dans des débats souvent binaires et reste, avant tout, l’histoire d’une transmission familiale et féminine. La grand-mère, encore : « Tu sais, c’est toujours une biche qui mène la harde de cerfs.  »

Margaux Wartelle

Le Sang de Ginette, documentaire sonore de Sonia Cabrita à écouter sur le Soundcloud de So Rita, ici.





Source: Cqfd-journal.org