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Chom’dû ?

En 2018 le réforme de l’assurance chômage modifiait son financement, et depuis les salariés ne versent plus de cotisations d’assurance chômage, comme ils le faisaient jusqu’alors sur le mode assurantiel. Avec la fin des cotisations salariales et un financement par l’impôt (CSG activité) cumulé il est vrai à la part patronale, l’Allocation de Retour à l’Emploi devient assistancielle. A l’heure d’une nouvelle attaque programmée sur la durée de l’allocation (-25 % annoncés pour février 2023, voire – 40% si le taux de chômage est à 6%), dans le cadre du très spectaculaire et entêtant projet présidentiel du « retour au plein-emploi », les chômeurs dans leur ensemble rejoignent la grande famille de ceux qui perdent progressivement un « droit » auquel ils contribuaient, et que l’on assistera désormais charitablement, avec tout le poids de la culpabilité que l’on voudrait faire aller de paire, dans une « générosité » bien relative puisqu’elle se traduira aisément en contre-parties obligatoires, en montants et calculs différents. Je coupe et je surcoupe.

Sur cette baisse annoncée de la durée de l’allocation, le gouvernement prévoit qu’elle sera soumise aux fluctuations du marché du travail. En gros, l’objectif étant d’arriver à 5 % de chômeurs, tant qu’on sera sous la barre des 9 % on grattera sur notre dos parce que la période est dite favorable : la période de stress et de chantage appuyé au turbin (conditionnalité de la prestation au refus maximum de deux offres d’« emplois raisonnables ») sera appelée « verte ». De fortes radiations sont en approche, merci de vous jeter illico presto sur le premier CDD de un jour (ou moins) venu, sur les micro-tâches payées 11 centimes pièce, et de rejoindre la team micro-entreprise en plein boom. On notera sans surprise qu’il avait été initialement promis une durée d’indemnisation plus longue pour contrebalancer la baisse de l’allocation ; et que rien n’a jamais démontré que durcir les règles de l’assurance-chômage soit efficace dans un domaine où le rapport entre nombre de chômeurs et offres d’emploi est en moyenne de 10 pour 1.

Le repas frugal ­ Emile Friant (1863­1932)

Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée : « Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir… ? » sur le marché de l’emploi …

Les « seniors », cette catégorie de bientôt-vieux employables (et déjà bien usés déjà par le chagrin), particulièrement touchés par cette réforme d’automne de l’ARE, avaient déjà leur compte -comme bien d’autres- avec le projet des TZCLD (les plus de 50 ans représentaient en 2021 un gros tiers de cette catégorie qui concerne 700000 personnes).

L’escroquerie (le dispositif) initiée dans 10 territoires en 2017 et élargie depuis (objectif : 200), si elle continue de se généraliser, constituera bien l’accomplissement victorieux et une tête de pont incontournable de la grande entreprise moderne du précariat total. Car là où les initiateurs du projet tels qu’ATD Quart Monde ont semé la culpabilité d’avoir à bénéficier des subsides de la nation (dépenses sociales versées comme l’aide personnalisée au logement (APL), le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation aux adultes handicapés (AAH)…, dépenses liées à l’emploi comme l’allocation de solidarité spécifique (ASS), la formation professionnelle ou l’accompagnement…) ne poussent évidemment que les fruits acides    et attendus du néolibéralisme : concurrence directe sur le marché de l’emploi, flexibilité (lire polyvalence imposée et mortifère), dégradation violente des conditions formelles (absence de conventions collectives) et pratiques (blocage du salaire au minimum, formations hypocrites et sabrées).

Le futur proche pour le plus grand nombre peut dorénavant se lire dans le fonctionnement juridique et pécuniaire des établissements et services d’aide par le travail (ESAT) ce qui, convenons-en, n’est sans doute pas la meilleure raison d’établir une jonction. Ils ont pourtant tellement à nous apprendre…

Il faut bien que jeunesse se passe, mais au travail

Saint-Nazaire nous en parlait le mois dernier au travers de l’article sur la réforme gouvernementale concernant l’enseignement et les lycées professionnels (annoncée début 2023, voilà un gouvernement qui ne chôme pas) : les « juniors » sont mis bien plus qu’à contribution dans le grand chantier en cours. L’école, cette grande machine capitaliste à trier, à broyer, reproduire et fabriquer de la classe, ne suffit plus au système. Muriel Pénicaud voulait en 2018 que la jeunesse soit « libre de choisir son avenir professionnel » (sic), cette dernière est    désormais cernée de toute part : par le service civique, les stages « découverte » de l’entreprise, ou les stages tout court, le pré-apprentissage, les tremplins bidons, le service national universel (SNU), la réforme de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel, le dispositif « 1 jeune 1 solution », travail gratuit, etc…

Encouragée par l’Éducation Nationale ou la caisse d’allocations familiales (CAF), avec les complicités des missions locales d’insertion, d’ATD Quart Monde (décidément) et autres engeances du même acabit, c’est une véritable armada de discours et de moyens qui est mobilisée pour mettre nos gamins au boulot et les habituer à perdre leur vie pour ne même plus la gagner, si tant est que cela a pu avoir un sens. Et qu’importe pour eux que des jeunes meurent en stage et en apprentissage, venant grossir les rangs des « accidents » du travail, la mise à l’étrier est un business sans doute aussi juteux que celui de l’insertion.

Formations pour adultes. La réalité plus forte que les discours. Attention : jargon !

Imaginez-vous en Bretagne, lors d’une formation mi-payante mi-financée (et non diplômante s’entend) en charpente marine, étalée sur 6 mois ; à la mi-parcours un aréopage d’entrepreneurs locaux, en accord avec le département la région et les directives nationales, en parfaite adéquation avec les nécessités d’adapter les qualifications des personnes, soucieux qu’ils sont d’opérer la synergie nécessaire entre compétences territoriales et offres d’emploi disponibles dans le bassin, se pointent. Les gugusses vous proposent ici un CDD de 6 mois, à poncer des carénages en polyester de corvettes en provenance d’Asie et à destination des Amériques, mais à la condition expresse d’acquérir le savoir-faire spécifique à ce « métier » durant le laps de temps restant de la formation. Huit places sont disponibles, vous levez donc la main par l’odeur alléché, et le formateur fera le tri entre vos autres collègues. Le résultat de l’opération est sans surprise : un travail de chien, masques peu performants et combinaison pendant 8 heures par jour, un salaire bof-bof qui peinera à vous remettre à flots, une formation (qui vous a coûté temps et argent) inachevée, sacrifiée, et enfin un patronat local qui vous met donc sur sa la liste noire des charpentiers marins puisque votre formation est incomplète. Direction Pôle-emploi !

Vous avez dit flexibles et corvéables ?


Haro sur le RUA (revenu universel d’activité), bientôt ex-futur RSA. Déjà 19 départements pilotes !

Le travail gratuit existe déjà partout et souvent (comme elle doit être monstrueuse la somme des minutes et des heures supplémentaires non payées, mendiées, arrachées, consenties bon gré mal gré aux patrons et autres chefs d’atelier), mais pas encore de manière institutionnalisée. Or depuis que Macron s’est mis généreusement en tête lors de son précédent mandat de lutter contre la pauvreté, et qu’il insiste, pérorant régulièrement sur les droits ET le devoirs des allocataires du RSA (entre autres), il se pourrait que ce serpent de mer qui a commencé de montrer le bout de ses nageoires finisse par émerger bel et bien.

Nous parlions plus haut avec l’ARE de changement de paradigme ; si comme prévu et ainsi qu’il est déjà expérimenté dans plusieurs départements les allocataires du RSA voient son versement conditionné à l’acceptation d’« offres d’activités » jugées « raisonnables » par l’administration, à des heures de travail hebdomadaires bénévole (forcé), dans et pour une démarche d’ « insertion par l’emploi », alors le travail obligatoire et gratuit sera officiellement institué.

« Il y aura, dans cette réforme, l’obligation de consacrer quinze à vingt heures par semaine à une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle, soit de formation en insertion, soit d’emploi » E.Macron

Il est à noter que, réforme ou pas, les radiations du chômage à prévoir, consécutives aux attaques que cette allocation subit, vont venir faire grossir le nombre de demandes de RSA-RUA et donc a priori rogner sur les budgets des minimas sociaux qu’il n’est pas prévu d’augmenter. Le risque est bien pour les allocataires de devoir se partager des miettes à plus nombreux, étouffés seulement par la honte d’être des mauvais sujets.

Rappelons aussi ici que la majorité des aides actuelles, avec l’efficacité qu’on leur connaît, sont liées à un niveau de vulnérabilité (Allocation aux adultes handicapés AAH, Allocation supplémentaire d’invalidité ASI), ou de ressources (APL). Car un    risque supplémentaire pointe son nez, inhérent à l’avènement du RUA : la potentielle fusion de l’ensemble des minima sociaux au prétexte de « simplification » : certaines aides comme les APL ou l’AAH, en étant intégrées au RUA, risqueraient de devenir elles aussi conditionnées à une démarche d’insertion. Outre Manche le crédit universel britannique fonctionne depuis 10 ans sur ce modèle et ses conséquences y sont proprement désastreuses.

Mais rien n’est sûr of course, en tout cas    pas grand-chose n’est acté, si ce n’est la volonté tenace maintes fois assénée, l’expérimentation en cours, les 19 départements candidats, et quand même une belle totalité de jean-foutre au parlement prompte à encenser très hypocritement la valeur-travail (les communistes du dit parti n’ont jamais craché dessus et La France Insoumise n’avait pas déjà pas trop rechigné à voter le TZCLD).

Peut-être que RMI et RSA ont fait long feu, et avec eux alors les niches où étaient tolérés    les contournements et les petits « jeux » que certains d’entre les allocataires les plus débrouillards pratiquaient par nécessité, signant les uns derrière les autres des contrats d’insertions foireux, errant péniblement de conseillers en radiations en spécialistes du CV, et surtout alimentant de fait l’énorme business de l’insertion, celui qui fait vivre hypocritement tant de salariés plus ou moins compétents et impuissants, celui qui s’appuie sur les registres de la culpabilité et sur les argumentations fallacieuses autour des questions de rentabilité ou de charges, celui qui fait se tenir droites dans leurs bottes les vocations sociales. Mais peut-être pas. L’avenir proche (le calendrier ministériel des 49.3) nous en dira plus, même si on peut prédire sans trop se tromper qu’après le mix énergétique on nous vendra le mix allocation, et qu’évidemment demain autant qu’hier il ne fera pas bon d’être pauvre.

En tout état de cause, contre ceux dont le métier est de réduire dans la pratique les « coûts » sociaux de l’indigence que leurs capitalistes de patrons créent de toutes pièces, il nous faut manifester, et nous organiser, travailleurs, précaires, chômeurs, toute la cohorte des exploités, des « assistés », des réfractaires et des laissés pour compte ; pour d’abord nous protéger le plus efficacement possible contre le harcèlement dans et hors le travail, contre le flicage et les radiations, contre les conditions de notre exploitation au quotidien. Et pour ensuite dire bien haut et fort qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde et que c’est un fait exprès, que de toutes façons leur travail tue, blesse, avilit.

Leur travail rend pauvres ceux qui l’exécutent, et riches ceux qui l’organisent. Refusons-le collectivement pour l’abolir.

Alex – Moulins

Pour des informations plus détaillées sur ces sujets on peut se rendre là :

https://rapportsdeforce.fr/classes-…

https://www.youtube.com/watch?v=XWq…

https://chomeurs-precaires-cgt.fr/t…




Source: Oclibertaire.lautre.net